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Frontière gréco-macédonienne, 1er mars 2016

La "déconstruction" européenne

5 min
À retrouver dans l'émission

La crise des réfugiés est en train de précipiter l’implosion du continent européen

Frontière gréco-macédonienne, 1er mars 2016
Frontière gréco-macédonienne, 1er mars 2016 Crédits : Marko Djurica - Reuters

C’est un terrible paradoxe. L’Europe symbole du continent ouvert dont l’expansion s’appuyait sur l’intégration à marche forcée de nouveaux membres, jusqu’à la Turquie et même, il n’y a pas si longtemps la Syrie, qui frappaient à sa porte, est aujourd’hui déroutée par les ressortissants égarés de ce pays qui déboulent en masse en fuyant une guerre atroce sans parvenir pour autant à faire progresser l’utopie communautaire. « Les gouvernements agissent dans la panique – observaient il y a quelques jours Adéa Guillot depuis Athènes, et Cécile Ducourtieux de Bruxelles dans Le Monde. Ils sont tétanisés par les arrivées depuis janvier (110 000 migrants, dont 102 000 par la Grèce), et par la perspective de flux encore plus élevés au printemps. Alors ils ferment leurs frontières, contreviennent au droit européen et aux conventions de Genève sur l’asile, comme l’Autriche avec ses quotas journaliers de réfugiés, pour répondre à des opinions publiques rétives et contrer des partis populistes de plus en plus écoutés. » Crise des réfugiés : la mort clinique de l’Europe, le titre de l’article a fait réagir Étienne Balibar. Dans les pages idées de Libération il pointe la responsabilité de notre pays, dont on peine à rappeler la réputation de « patrie des droits de l’homme » au milieu de la cacophonie des discours xénophobes et nationalistes. Le philosophe peu favorable à l’argument du marché unique élève la voix sur la question éthique et politique. Il dénonce la duplicité de la France qui a officiellement soutenu les initiatives allemandes et le plan Juncker de répartition des réfugiés, tout en sabotant sa mise en œuvre. « A ce jour, sur 24000 réfugiés qu’elle aurait dû accueillir, quelques dizaines l’ont été. On nous dit que les réfugiés «ne souhaitent pas» venir en France. A supposer que ce soit vrai, on ne se demande pas pourquoi la «terre d’asile» de naguère est devenue si dissuasive pour ceux qui manquent de tout au monde. Oui, l’Europe se décompose chaque jour davantage, et nous y sommes pour quelque chose. Nous en subirons donc les conséquences sur tous les plans: l’honneur, qui commande une part moins négligeable qu’on ne croit de la légitimité historique des constructions politiques, mais aussi la sécurité collective ou la protection des individus, qui sont les conditions de la vie civile. » Pour retrouver cette légitimité Étienne Balibar énonce deux conditions : « La première, c’est de dire enfin haut et fort que Merkel a eu raison, et que son initiative ne doit pas échouer. La question n’est pas de ses motivations, dans lesquelles on continuera de disséquer la part de l’intérêt économique et celle de la moralité. C’est de reconnaître la justesse politique d’une décision, la ligne de démarcation qu’elle trace entre deux conceptions de l’Europe, et l’importance des responsabilités qui en découlent pour nous tous. La seconde, c’est de refuser immédiatement et activement l’isolement de la Grèce où se déverse la masse des réfugiés – c’est-à-dire son exclusion du système des nations européennes, que les diktats politico-financiers de la troïka n’avaient pas réussi à obtenir, et que le bouclage des frontières, descendant depuis la Hongrie et l’Autriche jusqu’à la Macédoine et l’Albanie, est en train de réaliser dans les faits. » Et concrètement « Il faut des mesures d’urgence et de grande envergure, comme en d’autres temps de catastrophe collective, préconise le philosophe. La plus évidente consisterait à transférer par avions ou par bateau ceux des réfugiés qui ont déjà été recensés et ceux qui vont l’être dans les pays du Nord –dont le nôtre– qui ont les moyens de les accueillir. »

Michel Rocard s’en prend quant à lui à ce qu’il considère comme la comédie du Brexit

Quelque chose comme la comédie du remariage dont parlait Stanley Cavell à propos d’Hollywood… « Et pendant que les pays membres de l’Union européenne règlent leurs affaires avec la Grande-Bretagne, l’Europe n’existe pas ou si peu sur la scène internationale. » Tout au long des semaines consacrées à cette discussion, « l’Europe ne parla que d’elle-même et de ses affaires purement internes. Elle s’attache à régler des mini-mécanismes sans rapport avec le reste du monde. Pendant ce temps il n’y eut pas de présence européenne en tant que telle à la COP 21, on enregistra un nouveau tassement bancaire et boursier mondial, qui ne fut pas évoqué. La voix européenne ne se fit pas non plus entendre dans les débats d’application de l’accord sur le nucléaire iranien. La guerre en Syrie continua à faire rage. L’Europe est absente de l’activité diplomatique pour tenter d’y mettre fin. » Michel Rocard évoque également la crise du pétrole : « La dépendance énergétique est pour l’Europe une menace dominante. Or, on n’en a pas parlé et l’Europe est absente du champ de négociations… parce que ce ne sont pas des questions que la Grande-Bretagne accepte que l’on pose… » Enfin, conclut-il « La question de la coopération de l’Euro à la réorganisation financière du monde est une des urgences du moment. Elle se pose avec une acuité croissante que même les Chinois ont évoquée…De cela non plus il ne fut pas question. Or, l’avenir de l’Europe en dépend aussi… »

Par Jacques Munier

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