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La fable de la crise

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« La crise existe comme les monstres sous les lits des enfants » écrivait l’anthropologue Éric Chauvier après celle de 2008, une manière de dire que le mot cache mal sa filouterie financière

C’est ainsi qu’on pourrait résumer le bilan du « sauvetage », négatif pour l’investissement et l’emploi, que dresse Joseph Stiglitz dans Les Échos. « La politique monétaire et le secteur financier ne remplissent pas leur rôle – souligne le Prix Nobel d’économie. Le flux massif de liquidités a servi à créer de la richesse financière et à gonfler les bulles d’actifs plutôt qu’à renforcer l’économie réelle. » Selon lui, la crise a eu un effet pervers : pour sauver le secteur financier américain « la loi d’urgence sur la stabilisation économique de 2008 a autorisé la Fed à verser des intérêts sur les réserves dès le 1er octobre 2008 ». Du coup, « les institutions financières ont préféré laisser leurs fonds auprès de la Fed plutôt que de prêter à l’économie réelle, gagnant ainsi sans aucun risque près de 30 milliards de dollars au cours des cinq dernières années. Cela revient à une subvention généreuse de la Fed au secteur financier. » Avec pour conséquence mimétique que la baisse des taux d’intérêt, qui « aurait dû encourager les pays développés à emprunter pour investir dans les infrastructures, l’éducation et le social » n’a pas eu l’effet escompté, contraction budgétaire oblige. Et même les entreprises qui ont emprunté pour profiter de taux d’intérêt très faibles ont utilisé ces sommes « pour racheter leurs propres titres ou se procurer d’autres actifs financiers », plutôt que d’investir. C’est la même question qui revient dans les pages Débats de La Croix, opposant les arguments de Denis Ferrand, partisan du redressement de la compétitivité par la réduction des dépenses publiques, à ceux de Philippe Askénazy, l’un des signataires de l’appel Pour une autre politique économique, proposant « un plan de sortie de crise destiné à soutenir l’investissement public, l’activité et l’emploi, et à remettre en cause les règles européennes jugées trop rigides et monolithiques ». « Aujourd’hui, les règles européennes font que les seuls pays qui obtiennent un desserrement de leur contrainte budgétaire sont ceux qui engagent des réformes de dérégulation du marché du travail, de baisse des salaires… Cela comprime la demande intérieure, y compris dans des pays comme l’Allemagne qui est pourtant prospère et affiche des excédents budgétaire et commercial – estime l’économiste. Le seul discours aujourd’hui vise à devenir toujours plus concurrentiel que le voisin en réduisant les coûts. Ce n’est pas un projet pour l’Europe, c’est une logique de survie. »

Aux Etats-Unis, dans la primaire démocrate, c’est Bernie Sanders le « sexy boy » des Inrockuptibes

A 74 ans, le socialiste « était considéré comme un produit d’exportation du Vermont, inoffensif comme le sirop d’érable, jusqu’à ce qu’il dynamite ce début de campagne – rapporte le correspondant de l’hebdomadaire. Les discours agressifs sur les droits sociaux, les négociations collectives et tous ces trucs de saboteurs, les Américains sont de plus en plus nombreux à s’y intéresser. » C’est particulièrement vrai chez les jeunes. Dans le New Hampshire, les moins de 30 ans ont voté pour lui à 85%. Et les femmes de moins de 65 ans l’ont préféré à Hillary Clinton. Avec sa proposition d’instaurer le congé maternité obligatoire dans un pays où il est encore laissé à la discrétion de l’employeur, Bernie Sanders apparaît plus féministe que sa rivale. Alors « feu de forêt ou feu de paille ? se demande Maxime Robin. Sanders fait un meilleur départ qu’Hillary mais sans quitter sa zone de confort : les Etats blancs et ruraux. C’est dans le Nevada, le 20 février et en Caroline du sud, le 27, qu’on verra ce que Bernie a dans le bide. Le vote noir et latino est déterminant et, dans le Vieux Sud, l’aura des Clinton égale presque celle des Kennedy. » Quoiqu’il en soit, conclut le journaliste « il force Hillary Clinton à orienter son discours à gauche, déjà une victoire en soi ».

L’homme tire son inspiration de combats syndicaux oubliés, en particulier celui d’Eugène Debs, candidat socialiste à la Maison Blanche en 1920

Depuis sa prison, où il purgeait une peine de dix ans pour « activités séditieuses », il avait eu le culot de se présenter aux élections et avait tout de même obtenu près d’un million de voix. Dans La Quinzaine littéraire, Bernard Traimond évoque le dernier livre paru du grand historien britannique Edward Thompson Les usages de la coutume, où il montre comment les traditions populaires ont pu animer la résistance aux logiques comptables de l’économie libérale et constituer « un puissant instrument pour négocier leur place dans un monde en train d’être redéfini malgré elles » par les classes populaires. Edward Thompson est également l’auteur d’un ouvrage de référence consacré à la formation de la classe ouvrière anglaise où il disait vouloir sauver « de l’immense condescendance de la postérité le pauvre tricoteur sur métier, le tondeur de drap luddite », briseur de machines ou le tisserand indépendant.

Par Jacques Munier

Les Usages de la coutume propose la traduction en français de Customs in Common, ouvrage dans lequel l’historien britannique Edward P. Thompson avait rassemblé en 1991 ses articles majeurs. Tous ont marqué la réflexion historiographique depuis près de cinq décennies. À l’aide de notions comme l’histoire vue d’en bas, l’agency, l’économie morale ou la discipline du travail industriel, Thompson, à partir du cas anglais, y analyse les transformations des sociétés européennes entre le XVIIe et le XIXe siècle. Dans une société travaillée par le paternalisme de la noblesse, les tensions sur le marché des subsistances, la privatisation des biens communs ou l’impossibilité du divorce, Thompson scrute les luttes des hommes et des femmes du peuple pour conserver leur place et leurs droits, batailles dont il n’a cessé de rappeler l’actualité. La défense de la coutume y apparaît alors comme le principal moyen pour s’opposer aux réformes qui ouvrent la voie à la société libérale.

Intellectuel peu conventionnel, aux marges de l’Université britannique, E. P. Thompson (1924-1993) n’a jamais séparé la rigueur et l’inventivité de ses recherches de son engagement militant au service d’un socialisme humaniste, depuis la nouvelle gauche des années 1950 jusqu’à la campagne européenne pour le désarmement nucléaire à partir de 1980. La Formation de la classe ouvrière anglaise (1963, trad. fr. 1988), Whigs and Hunters (1975) ou Albion’s Fatal Tree (1975) comptent parmi les livres les plus lus et les plus discutés à l’échelle mondiale, aussi bien dans les pays émergents, Inde, Chine, Amérique latine, qu’en Europe et en Amérique du Nord. Ses analyses et ses propositions restent au cœur des débats intellectuels et politiques contemporains. Présentation de l’éditeur

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