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Jean-Paul Sartre au Musée Grévin

La fin des intellectuels?

4 min
À retrouver dans l'émission

Shlomo Sand au chevet des « intellos » : le titre de L’Express illustre l’étiolement du débat d’idées dans notre pays

Jean-Paul Sartre au Musée Grévin
Jean-Paul Sartre au Musée Grévin Crédits : Jean-Michel Emportes Sylvestre - Maxppp

L’historien des idées, volontiers déconstructeur de mythes, publie un livre à paraître après-demain à La Découverte sous le titre La Fin de l’intellectuel français ? L’invention hexagonale – et essentiellement parisienne – de cette « figure de penseur laïque qui entretient un rapport spécial et toujours critique au pouvoir » nous ramène avant-hier, au Grand Siècle des intellos, le XVIIIe. À l’époque déjà, une ligne de faille sépare les habitués des salons, comme Voltaire, et les promeneurs solitaires adeptes de la nature en ses provinces, comme Rousseau. Il y a évidemment aussi dans cette histoire le moment crucial de l’affaire Dreyfus et la naissance de l’intellectuel collectif. Et toujours cette puissante polarité parisienne qui apparaît aujourd’hui, selon Shlomo Sand, comme l’une des faiblesses du modèle. « La capitale concentre comme dans aucun autre pays l’activité intellectuelle. Du coup, l’émulation, la rivalité font défaut. En Grande-Bretagne, de multiples pôles se disputent la primauté : Oxford, Cambridge, Edimbourg, etc. Même chose aux Etats-Unis ou en Allemagne, avec Harvard et Berkeley, Berlin et Francfort. » Rares sont ceux qui s’obstinent à récuser cette « hypercentralisation », comme Jean-Luc Nancy ou Jean-Claude Michéa, se reléguant ainsi volontairement dans la marge, qui peut devenir une position de force mais demeure dans l’angle mort des médias, pour le plus grand malheur du public cultivé. Car là est selon Shlomo Sand l’un des plus sûrs facteurs du déclin des intellectuels : la sélection sans surprise et l’assommante convergence médiatique. La notoriété de Sartre ou de Foucault provenait du poids intellectuel de leur œuvre qui n’était en rien redevable aux médias. Mais « l’irruption de la télévision a suscité un autre regard sur les intellectuels », ce qu’il impute en premier lieu à Bernard Pivot et de son émission Apostrophes que nous avons tous regardé avec plaisir. Mais « à un moment, lui seul décidait de ce qui était intellectuel ou non. Résultat ? Une catastrophe. À mes yeux – affirme le professeur à l’université de Tel-Aviv – les livres de Bernard-Henri Lévy, tels L’Idéologie française ou, récemment, L’Esprit du judaïsme, ne valent pas grand-chose. » Pourtant Dieu sait – et votre serviteur qui ajoute le commentaire – le bruit qu’ils ont fait dans la presse, les radios ou à la télé… « Dans cet état des lieux – conclut Shlomo Sand – l’acteur intellectuel partage la responsabilité du naufrage avec les médias. » À la fin de son livre il aborde un sujet désormais porteur : la dénonciation des dangers de l’islam dans notre société, un thème repris en boucle par nos intellectuels médiatiques et qu’il considère comme « une conséquence du recul de la pensée critique. Alain Finkielkraut explique que cette religion présente un danger pour la culture française ! Je pense qu’il est catastrophique de s’en prendre aux plus faibles – réagit l’intellectuel israélien. Je suis pourtant fermement anticlérical, mais dans nos sociétés les musulmans stagnent au bas de l’échelle sociale. C’est la réalité que ne veulent pas voir ces intellectuels parisiens. »

Des chercheurs ont découvert que de Paris à Boston en passant par Toulouse, la croissance des villes obéissait à des lois identiques

D’après Paul Molga, dans Les Echos, deux spécialistes de la structure atomique du ciment au MIT (Massachussetts Institute of Technologies), ont découvert des corrélations étonnantes entre la structure des villes et celle de certains éléments du tableau périodique de Mendeleïev : « traduite en courbe, la structure quadrillée de Chicago forme un dessin identique à la configuration cristalline ordonnée de l’argon, tandis que le berceau de la musique grunge, Seattle dont le plan incohérent perd les touristes, s’apparente à sa forme gazeuse. « Cette surprenante analogie nous conforte dans l’idée que les lois de la physique moléculaire peuvent s’appliquer à la texture des villes », avancent-ils. D’autres scientifiques – physiciens, urbanistes, statisticiens, designers, psychologues - envisagent « de mettre l’organisation urbaine en équations » dans le but de préfigurer la ville du futur, en créant la « matrice d’une nouvelle « physique urbaine », capable d’écrire les lois qui régissent le fonctionnement de ces « arrangements urbains ». Il ne s’agit pas seulement d’urbanisme et d’infrastructures, mais aussi de connexions socio-économiques. Même « la criminalité ou la ségrégation, et les catalyseurs qui favorisent la capacité des gens à se connecter, comme le transport et l’électricité, font partie de l’équation ». Mais on n’a pas encore trouvé la formule qui redonnerait à Paris son rayonnement intellectuel…

Par Jacques Munier

A paraître le 17 mars

La Découverte
La Découverte

Shlomo SAND : La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq ( La Découverte )

Historien israélien de renommée internationale, Shlomo Sand a fait irruption dans le débat intellectuel français avec ses ouvrages Comment le peuple juif fut inventé et Comment la terre d’Israël fut inventée. Renouant avec ses premières amours, il se consacre dans ce nouveau livre à la figure de l’intellectuel français.

Au cours de ses études à Paris, puis tout au long de sa vie, Shlomo Sand s’est frotté aux « grands penseurs français ». Il connaît intimement le monde intellectuel parisien et ses petits secrets. Fort de cette expérience, il bouscule certains des mythes attachés à la fi gure de l’« intellectuel », que la France s’enorgueillit d’avoir inventée. Mêlant souvenirs et analyses, il revisite une histoire qui, depuis l’affaire Dreyfus jusqu’à l’après-Charlie, lui apparaît comme celle d’une longue déchéance. Shlomo Sand, qui fut dans sa jeunesse un admirateur de Zola, Sartre et Camus, est aujourd’hui sidéré de voir ce que l’intellectuel parisien est devenu quand il s’incarne sous les traits de Michel Houellebecq, Éric Zemmour ou Alain Finkielkraut… Au terme d’un ouvrage sans concession, où il s’interroge en particulier sur la judéophobie et l’islamophobie de nos « élites », il jette sur la scène intellectuelle française un regard à la fois désabusé et sarcastique. Présentation de l’éditeur

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