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Cedric Briand avec Fine, race laitière bretonne Pie Noire

La fin des paysans ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Le Salon de l’agriculture est un bon miroir des contradictions qui traversent l’agriculture et le monde rural, mais également l’ensemble de la société.

Cedric Briand avec Fine, race laitière bretonne Pie Noire
Cedric Briand avec Fine, race laitière bretonne Pie Noire Crédits : Loïc Venance - AFP

C’est ce que pensent Pierre Bitoun et Yves Dupont, qui publient aux Éditions L’Échappée Le Sacrifice des paysans – Une catastrophe sociale et anthropologique. Pour eux, le productivisme qui s’est imposé dans l’agriculture est intimement lié à l’expansion de la société industrielle. « Le secteur agricole est l’un des principaux laboratoires d’expérimentation des logiques technomarchandes d’artificialisation et de remodelage des milieux, des animaux et des hommes » – affirment-ils. La modernisation lancée au lendemain de la guerre aura finalement eu beaucoup de conséquences négatives qu’on n’a pas su ou voulu anticiper : la « fin des paysans » dont parlait Henri Mendras, sommés de devenir des « agriculteurs », s’est traduite par la désertification des campagnes dont ils étaient les gardiens et les protecteurs, au profit d’exploitations gigantesques qui drainent 80% des aides alors qu’elles ne représentent que 20% d’entre elles. « En Europe, en 2010, il disparaissait une exploitation agricole toutes les trois minutes et depuis ce rythme n’a cessé de s’accélérer ». Vendredi dernier, à la veille de l’ouverture du Salon, les auteurs publiaient une tribune dans les pages idées de Libération où ils dénonçaient le rôle de la FNSEA. « Depuis l’après-guerre, c’est le syndicat qui a piloté le tri entre les paysans qui devaient rester ou partir, lui qui a poussé les agriculteurs à s’endetter, à se spécialiser, à recourir aux intrants chimiques », qui les a exposés aux manœuvres de l’industrie agro-alimentaires et aux prix indignes imposés par la grande distribution. À cela ils opposent le modèle de l’autonomie des paysans prôné par la Confédération paysanne, qui relève d’une longue tradition historique de résistance illustrée par l’usage des biens communaux ou les jacqueries et autres révoltes.

Le Monde publie un supplément spécial consacré aux mille et une solutions imaginées par les jeunes agriculteurs pour sortir de la crise

S’il est vrai que la France a perdu 3 millions d'agriculteurs en cinquante ans, le quotidien estime que la baisse des effectifs ralentit depuis quelques années. À l’INRA, des expérimentations sont engagées pour réduire les traitements phytosanitaires sans nuire à la productivité, comme « le labour en profondeur qui, en enfouissant les graines dans la terre, retarde la pousse des herbes indésirables ». La rotation des cultures, également, « semées en alternance avec des céréales, des légumineuses (luzerne, triticale, pois, véroles) perturbent le cycle des mauvaises herbes ». Si aucune de ces méthodes n'est un remède miracle, la réussite relève de leur combinaison. Mais c’est le retour à la terre des geeks qui constitue le phénomène le plus étonnant : plate-forme de crowdfunding qui soutient les projets de l’agriculture durable, site de commerce en ligne pour les semences, engrais ou pièces détachées au meilleur prix, logiciel pour gérer une exploitation « du sol au silo » en passant par les tâches administratives, les start-up se développent en inventant un autre rapport à la terre. La revue _WE Demain_ enquête également sur ces « ageekculteurs » d’un nouveau genre. Colliers électroniques qui mesurent la température des vaches pour alerter de l’imminence d’un vêlage, lunettes connectées pour détecter des maladies sur des cultures, robots désherbeurs, application qui propose un survol des parcelles par drone ou satellite pour évaluer les risques de maladie ou prodiguer des conseils de fertilisation, l’ensemble de ces moyens numériques visent à augmenter la productivité et limiter l’impact environnemental, mais ne vont pas sans poser question, notamment sur l’emploi des agriculteurs. « Produire davantage, plus propre et solidaire, avec le numérique tous les champs du possible sont ouverts mais « son avenir dépendra de ce que l’on en fera » prévient Maxime de Rostolan, cofondateur d’un site de financement participatif qui soutient une centaine de projets agricoles ou écologiques, et notamment des exploitations en difficulté. Dans la même livraison de la revue WE Demain, Emmanuel Haddad raconte l’initiative d’un réseau de paysans européens pour acheminer des semences dans les villes syriennes assiégées, et lutter ainsi contre la faim utilisée comme arme de guerre. Car les jardins potagers qui ont poussé sur les toits et les balcons se sont vite trouvés à court de semences. Le réseau 15e Jardin a organisé des livraisons clandestines, jusqu’à ce que ses membres syriens décident de pérenniser l’initiative en créant une branche locale au Liban, pour conserver les variétés locales et réduire les délais de livraison. Des semences qui permettent d’améliorer la vie quotidienne des assiégés et combattre la malnutrition, surtout pour les femmes enceintes. « Faire entrer des graines vaut mieux que d’envoyer des paniers alimentaires qui ne durent que trois semaines – affirme Jida, l’une des volontaires du réseau. Les Syriens retrouvent leur dignité quand ils cultivent leur propre nourriture. »

Par Jacques Munier

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