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Jacqueline Sauvage

La grâce et le droit

4 min
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La grâce présidentielle accordée à Jacqueline Sauvage suscite des débats où s’opposent à front renversé questions de droit et analyses sociétales

Jacqueline Sauvage
Jacqueline Sauvage Crédits : PHILIPPE RENAUD - Maxppp

« Je les craignais : elles ont gagné. » tonne Philippe Bilger dans les pages Champs libres du Figaro. Le magistrat, avant de s’en prendre aux féministes, conspue ici « la démagogie et la lâcheté » qui auraient « remporté une victoire douteuse » à l’encontre d’une décision rendue « par deux cours d’assises et des jurés citoyens qui valaient bien le comité de soutien, les pétitionnaires et la plupart des médias orientés ». Avec en ligne de mire le président de la République, soupçonné d’être en l’occurrence plus soucieux de sa réélection que d’équité et qui reçoit « toutes affaires cessantes les trois filles de l’accusée – deux abusées et violées sans que leur mère se rebelle ou aille déposer plainte ». Un son de cloche différent, dans les mêmes pages du quotidien, chez Nathalie Kosciusko-Morizet qui fait du cas de Jacqueline Sauvage l’emblème des violences faites aux femmes, une tribune inspirée publiée sous le titre destiné à faire date : « La violence et la grâce ». « Je ressens aujourd’hui du soulagement à l’idée que Jacqueline Sauvage ne paiera pas deux fois pour les violences qui lui ont été infligées – écrit-elle avant d’affirmer que son acte « est un acte de légitime défense si l’on considère ses années de souffrance. » Guillaume Perrault ajoute la perspective historique. « Les institutions sont plus fortes que les hommes – observe-t-il en rappelant que « François Hollande a longtemps marqué sa méfiance envers le droit de grâce », compétence régalienne, discrétionnaire et en principe secrète. « Une grâce est le contraire d’un droit », mais l’histoire montre paradoxalement qu’elle peut être à l’origine de droits nouveaux : « Napoléon III élargit les ouvriers typographes parisiens condamnés en 1862 pour «délit de coalition» - mesure de clémence qui ouvre la voie à la légalisation du droit de grève en 1864. » Et l’ancien chroniqueur judiciaire du Figaro évoque la grâce accordée en 1899 par le président Emile Loubet au capitaine Dreyfus « en contrepartie du retrait de son pourvoi en cassation – étape vers sa réhabilitation six ans et demi plus tard »

La question de la légitime défense disputée dans les pages débats de La Croix

La députée Valérie Boyer, qui a pris fait et cause pour Jacqueline Sauvage aux côtés de Nathalie Kosciusko-Morizet avance l’idée d’une « légitime défense différée » telle qu’elle existe déjà en droit canadien et qui s’appuie sur la notion de « syndrome de la femme battue », même si les pénalistes y voient une sorte de « permis de tuer ». Elle exige de légiférer sans tarder sur le fléau des violences conjugales. Et « souhaite également que l’on réfléchisse à des juridictions spécialisées pour ces dossiers – ce qui n’est pas incompatible avec des jurys populaires ». Car selon elle « il n’est pas acceptable que des magistrats non formés, ignorants des réalités vécues par les femmes battues, soient en charge de telles affaires ». « Changer le code pénal serait inutile et dangereux » lui répond dans les mêmes pages Luc Frémiot, magistrat et spécialiste des violences faites aux femmes, qui reprend le terme de « permis de tuer », mais considère surtout que « le code pénal répond déjà très bien aux différents cas auxquels la justice peut être confrontée ». Non sans reconnaître la nécessité de renforcer la formation des policiers et des magistrats dans ce domaine, ni déplorer que « trop de femmes battues s’en tiennent encore au simple dépôt de main courante quand il faudrait les convaincre de porter plainte », avant de dénoncer « de vraies carences en matière de repérage de ces victimes et quant à la protection à leur apporter ». Conclusion : « Battons-nous sur tous ces terrains avant de réviser le code pénal. »

Un juge devant le tribunal de la littérature : à retrouver dans Les Échos en pages idées

On savait que l’ex-juge antiterroriste Marc Trévidic, aujourd’hui premier vice-président du tribunal de grande instance de Lille, avait plus d’une corde à son arc. Il publie aujourd’hui un roman qui met en scène l’amitié d’un jeune peintre pour une famille tunisienne dont il s’occupera des enfants à la mort brutale de la mère. Ahlam – c’est son titre et le nom de la fille – réussit une carrière de pianiste en se produisant avec son frère Issam devenu peintre au cours de performances mêlant musique et peinture. Mais le garçon est aspiré par l’islam radical... Le verdict de Thierry Gandillot : « Le roman de Marc Trévidic, qui ménage de belles descriptions des Kerkennah et met en scène des personnages attachants, se lit sans déplaisir. Mais le style est un peu passepartout et l’histoire avance à gros traits. Les longues digressions sur l’harmonie des couleurs et des sons, sous le patronage des « Voyelles » de Rimbaud, sont harassantes. De même que l’exploration des arcanes coraniques au regard de l’art. Pour autant, « Ahlam » laisse entrevoir une sensibilité et une imagination prometteuses. »

Par Jacques Munier

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