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La "guerre des couteaux"

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Gaza, 20 octobre
Gaza, 20 octobre Crédits : Ibraheem Abu Mustafa - Reuters

Le conflit israélo-palestinien connaît ces jours-ci un regain de violence sous la forme de ce qu’on appelle déjà la « guerre des couteaux ». La question se pose de savoir s’il s’agit d’une troisième Intifada

Pour Henry Laurens, dans le grand entretien qu’il a accordé à L’Express , il ne s’agirait pas d’un mouvement concerté et organisé. Le Hamas essaie bien de pousser à la roue mais il est peu présent en Cisjordanie. Selon lui, ce sont les réseaux sociaux qui jouent davantage le rôle fédérateur. Les raisons de cette nouvelle crise, ce qui la rend sans doute plus redoutable encore, c’est l’absence de tout espoir côté palestinien, « une situation où tout futur est absent ». Revenant sur l’histoire des tentatives de paix et de la douloureuse coexistence de deux peuples sur un territoire grand comme « un très gros département français », il pointe la responsabilité de Benyamin Netanyahou qui avait il y a près de vingt ans détaillé sa vision des choses : « laisser aux Palestiniens un archipel de lieux urbains tandis qu’Israël prenait la quasi-totalité des campagnes. Si l’on compare ce projet avec la carte actuelle, le résultat est très proche » fait observer le professeur au Collège de France, qui ajoute que le premier ministre israélien « ne cesse de tenir un discours apocalyptique, expliquant que les juifs sont au bord de l’extermination », tout comme il prévoyait en 1998 que l’Iran aurait la bombe nucléaire en dix-huit mois. « Les Palestiniens – je cite – ne connaissent plus les Israéliens que sous la forme de policiers, de soldats et de colons. Des générations entières d’Israéliens ont fait leur service militaire dans les territoires occupés, donc, à des titres divers, dans des entreprises qui passent par la « brutalisation » de la population palestinienne. L’occupation pacifique, cela n’existe pas. » « La seule solution, c’est un système à deux États avec une gestion commune des ressources et des réseaux. On en est très loin, et surtout on s’en éloigne. »

Dans les pages Idées de Libération l’écrivain arabe et citoyen israélien Sayed Kashua lance un appel désespéré

Un long cri poignant jeté à la face du monde : « Tuez-nous ou faites de nous vos égaux. Mettez-nous une balle dans la tête ou autorisez-nous à exister pour de bon. Ne nous laissez pas, nous et nos espoirs, mourir d’une mort lente. » L’auteur de « La deuxième personne », publié aux Éditions de l’Olivier, s’exprimait ainsi dans le journal israélien Haaretz le 15 octobre, en citant les propos d’un père de famille de Bethléem : «Si on fait une Intifada, nos enfants seront massacrés. Si on ne fait rien, Israël nous fera bouffer du sable.» « Malheur à ceux qui, au nom du combat, montrent de la joie face aux meurtres d’un côté, au suicide des enfants de l’autre. Malheur à la génération qui amené ses enfants vers de tels actes » poursuit-il, avant de rappeler un souvenir nébuleux de lecture balançant entre deux écrivains issus de la diaspora polonaise et russe, respectivement Aaron Megued ou Benjamin Tammuz : « la description de l’abattage d’un poulet. L’auteur demandait que l’acte soit fait avec une lame aiguisée et non avec un couteau émoussé « de peur que la moitié de son âme ne se coince dans la gorge ». L’âme en travers de la gorge – commente l’écrivain palestinien – le corps morcelé d’une guerre à l’autre, de manifestation en manifestation, de génération en génération, tandis que les auteurs officiels maintiennent que leurs ancêtres sont venus défendre le pays contre les Arabes, et que l’Intelligentsia se demande encore si les Palestiniens reconnaissent le droit à l’existence d’un Etat juif. »

Le gouvernement israélien a vigoureusement rejeté la proposition française d’envoyer des observateurs de l’ONU sur l’esplanade des Mosquées, et c’est l’occasion de rappeler avec l’hebdomadaire Le un que l’organisation internationale a atteint cette année ses 70 ans d’existence

Le « machin » que fustigeait De Gaulle en pleine guerre d’Algérie aura jusque là mené vaille que vaille sa difficultueuse destinée. On parle beaucoup aujourd’hui de sa nécessaire réforme. Hubert Védrine et Mark Rice-Oxley en évoquent dans ces pages les conditions et les perspectives. Faut-il rappeler avec un diplomate suédois que « Les Nations unies n’ont pas été créées pour nous mener au paradis, mais pour nous préserver de l’enfer. » (Dag Hammarskjöld)

Jacques Munier

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