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Bernie Sanders au Capitole, 13-09-17

La guerre d'influence

5 min
À retrouver dans l'émission

Bernie Sanders, le candidat malheureux à la primaire démocrate est devenu l’homme politique le plus populaire des Etats-Unis, si l’on en croit un sondage Harvard-Harris.

Bernie Sanders au Capitole, 13-09-17
Bernie Sanders au Capitole, 13-09-17 Crédits : Yuri Gripas - Reuters

Celui qu’on surnomme le « papy cash » de la politique américaine parce que s’il ne cherche pas à plaire, il ne déplaît jamais gratuitement, voit « ses idées, jugées extrêmes il y a à peine deux ans, gagner de plus en plus d’adeptes au sein du parti, y compris chez des candidats putatifs à la présidence en 2020 », estime le correspondant à Washington de L’Obs, Philippe Boulet-Gercourt, qui publie cette semaine un grand entretien avec « l’infatigable leader de l’opposition à Trump ». Du salaire horaire minimum à 15 dollars à l’enseignement supérieur gratuit en passant par la santé pour tous, son programme séduit de plus en plus l’aile progressiste du Parti démocrate : « les jeunes, les classes populaires adoptent notre point de vue – affirme-t-il – bon nombre de syndicats vont nous rejoindre sur l’assurance-maladie généralisée, ainsi que de nombreux représentants des minorités ». Les jeunes, en particulier, ont le sentiment d’être « marginalisés, ignorés », alors que dans des régions entières, aux Etats-Unis, le taux de chômage des jeunes atteint 20% à 30%. Dans un pays « où la conscience politique est assez faible et où le gouvernement est dominé par les riches et les gros intérêts économiques », ajoute Bernie Sanders, « si 70% de la population américaine votait, ce qui n’est pas un objectif farfelu, notre gouvernement serait radicalement différent. Si Corbyn a aussi bien réussi, électoralement, c’est parce que beaucoup de jeunes Britanniques sont allés voter pour la première fois de leur vie. » Alors que les républicains tentent à nouveau de détricoter l’Obamacare, le sénateur démocrate a présenté une proposition de loi instituant l’assurance-maladie généralisée. Le projet est jugé trop radical, même au sein du parti démocrate. « Cela montre à quel point le Congrès est coupé de l’Amérique réelle – souligne-t-il. En fait, sur les sujets économiques majeurs, les Américains sont plutôt progressistes. Ils ne veulent pas que l’on baisse les impôts des milliardaires, comme Trump le propose ; et ils n’ont certainement aucun désir de voir 30 millions de personnes privées d’assurance-maladie, ce que cherchent à accomplir les républicains. Les gens souhaitent que l’on augmente le salaire minimum, un sujet sur lequel les républicains ne disent pas un mot. » Ce fossé entre les aspirations des Américains et Washington vient du « pouvoir des gros intérêts, des frères Koch et d’autres forces qui font du Congrès une institution bien plus conservatrice que ne l’est l’Amérique. » Les frères Koch, la deuxième fortune du pays, précise Bernie Sanders dans un entretien à retrouver dans Le Monde.fr, « veulent éliminer toute forme de gouvernement, y compris l’éducation publique. Leur influence et leurs financements politiques ont fait que c’est devenu l’idéologie du Parti républicain ». Prochaines échéances électorales : celles de mi-mandat en novembre 2018, pour renouveler l'ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants, ainsi qu’un tiers des 100 sièges du Sénat.

L’influence, il en est aussi question à propos de l’arrivée sur nos écrans de la version française de la chaîne Russia Today

« Bienvenue sur Télé Poutine »… Amélie Quentel a mené l’enquête pour Les Inrockuptibles, et elle rappelle les propos d’Emmanuel Macron lors de la conférence de presse en présence du président russe : « Quand des organes de presse répandent des contre-vérités infâmantes, ce ne sont plus des journalistes, ce sont des organes d’influence. » C’était une réponse à Xenia Fedorova, la nouvelle dirigeante de Russia Today, qui l’interpellait sur son refus d’accréditer ses équipes. On rappelle la campagne à charge menée contre lui par ces médias officiels russes, en particulier Sputnik. Cécile Vaissié, auteure d’un livre sur Les réseaux du Kremlin en France (Les Petits matins), relève que ces médias « insistent en permanence sur des sujets qui ont pour but de susciter l’anxiété. Un bon moyen de déstabiliser la société, de créer de l’insatisfaction et ainsi d’instrumentaliser la droite dure et le FN. » Tout en surfant sur le climat ambiant de « post-vérité ». Dans cette guerre d’influence, les réseaux du président turc Erdogan seraient en perte de vitesse, selon Vincent Hugeux, qui a enquêté pour L'Express,. Les « anathèmes déversés sur Berlin, suspect de renouer avec des « pratiques nazies », ruinent en partie les acquis d’un patient travail de diplomatie d’influence ». Plusieurs pays européens ont interdit la tenue des grands meetings organisés à sa gloire à destination des importantes minorités turques. Et « en Afrique comme dans les Balkans, on rechigne à saborder les collèges et lycées gülenistes, très prisés par les élites locales ». C’est que, « au temps de leur alliance, l’AKP avait pour l’essentiel délégué à la confrérie aujourd’hui honnie (et accusée de coup d’état) le soft power éducatif ». Et comme en témoigne Orhan Pamuk dans L’Humanité, la société turque évolue sous les radars… Son dernier livre (Cette chose étrange en moi, Gallimard) décrit Istanbul sous le regard d’un vendeur ambulant venu de sa campagne. Dans les propos recueillis par Muriel Steinmetz, l’écrivain évoque « ces nouveaux venus qui vont changer la donne. Ce sont des gens sans identité claire. L’islam ne suffit pas à les définir, même s’ils sont plus croyants que la vieille bourgeoisie ». Une identité flottante qui est au fond celle de tous les migrants…

Par Jacques Munier

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