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La manif du 17 mars, Strasbourg

... "La jeunesse est dans la rue"

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Aujourd’hui « la jeunesse est dans la rue », et pour Joseph Stiglitz, elle a le droit d’être en colère.

La manif du 17 mars, Strasbourg
La manif du 17 mars, Strasbourg Crédits : Vincent Kessler - Reuters

Le prix Nobel d’économie souligne dans Les Échos, « des deux côtés de l’Atlantique, un divorce croissant entre les générations ». La nouvelle loi Travail ne concerne pas que les jeunes, mais elle envoie des signaux négatifs à leur encontre dans un contexte déjà bien dégradé. « Aujourd’hui, les jeunes diplômés de l’université américaine croulent sous les dettes. Plus ils sont démunis, et plus ils doivent d’argent. Ainsi ne s’interrogent-ils pas sur le métier qu’ils aimeraient exercer, mais se demandent-ils tout simplement quel emploi leur permettra de rembourser leur prêt universitaire. De même, l’accès à la propriété est pour eux un rêve lointain. » L’économiste insiste sur la nature intergénérationnelle de cette fracture, qui dénie à la génération montante l’espoir qui animait la précédente de « vivre une existence plus prospère que celle de leurs parents ». Les parents des jeunes d’aujourd’hui « ont pour certains gagné probablement davantage en richesse de capitaux grâce à leurs biens immobiliers que grâce au fruit de leur travail. Sans doute trouvaient-ils cela étrange, mais ils ont accepté volontiers ce cadeau offert par nos marchés spéculatifs, se félicitant d’avoir acheté au bon endroit, au bon moment. Les jeunes d’aujourd’hui, où qu’ils se situent dans la pyramide de répartition des revenus, ne peuvent précisément espérer que le contraire. L’insécurité de l’emploi les suit tout au long de leur vie ». C’est là l’un des aspects essentiels de la fracture générationnelle qui selon Joseph Stiglitz transcende « les considérations de revenus, d’éducation ou de genre » et explique que « les jeunes citoyens votent aujourd’hui de manière très différente de leurs aînés.. »

Pourtant, ce n’est pas exactement ce qu’a constaté Anne Muxel, pour notre pays en tous cas, au vu des résultats de l'enquête électorale du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), en collaboration avec Le Monde

Inédite par son ampleur, cette enquête repose sur un échantillon de plus de 21 000 personnes. Selon Anne Muxel, « La spécificité d'un " vote jeune " tend à s'effacer. Cette classe d'âge suit désormais les fluctuations et les mouvements de l'ensemble du corps électoral. L'ancien tropisme de gauche est en voie de disparition. Si l'on additionne les intentions de vote des " primo-votants " en faveur des candidats du centre, de la droite et de l'extrême droite, on arrive à 66 % dans l'hypothèse d'une candidature de Nicolas Sarkozy et à 69 % si c'est Alain Juppé. » La sociologue, spécialiste du rapport des jeunes à la politique précise que « les orientations politiques sont liées à des clivages socioculturels, notamment le niveau de diplôme. Les intentions de vote des jeunes étudiants restent par exemple moins favorables à Marine Le Pen que celles des jeunes actifs, avec ou sans emploi. A contrario, ils se tournent davantage vers les partis de gouvernement, LR et PS, qui font jeu égal, ainsi que vers les écologistes. La jeunesse non scolarisée, ou peu diplômée, est sensiblement plus abstentionniste. » Une analyse partagée dans l’ensemble par Pierre Rosanvallon : « dans l’électorat de Mélenchon il y a plus de profs et de fonctionnaires retraités qui regrettent les enthousiasmes militants de leur jeunesse que de jeunes précaires. » L’auteur du Bon Gouvernement dresse un bilan du quinquennat Hollande dans les pages Débats de L’Obs. « On disait autrefois : Gouverner c’est prévoir. Il faudrait plutôt dire dans le cas présent que cela a été de naviguer à vue » résume-t-il en dénonçant « l’insuffisance de délibération, de consultation. « Bien gouverner » aujourd’hui, ce ne peut plus être gouverner d’en haut, c’est faire avancer une société en l’impliquant, en la faisant travailler sur elle-même. » Un exemple : la réforme du Code du Travail. « Il y a eu une erreur de méthode fondamentale. Tout d’abord du point de vue du dialogue social, ce qui est, sur un sujet comme celui du travail, assez surprenant. »

On peut saluer la naissance d’un nouveau mensuel consacré à Paris… Son titre: Soixante-quinze

Longs reportages, enquêtes, portraits et interviews pour raconter autrement Paris et la proche banlieue. Dans ce premier N° une enquête sur les boulangers parisiens, ou encore sur la cohabitation des juifs et des musulmans autour des Buttes-Chaumont, des communautés qui « se côtoient plus qu’elles ne se rencontrent ». Le 19ème, « l’arrondissement le plus jeune de Paris, avec 40% de moins de 30 ans, où la proportion de logements sociaux est de plus de 38%, où la pauvreté touche 27,4% des habitants et le chômage 15,5% (pour environ 8% à Paris), n’échappe pas à son lot de trafics et de violences. Le nombre d’actes antisémites reste stable depuis des années même s’il est le plus élevé de Paris. Dans un square de la rue Petit les journalistes assistent à une partie de foot improvisée entre des ados juifs d’un côté, noirs et maghrébins de l’autre, « dans l’unique but de taper dans le ballon, sans paroles ni invectives. Et sans doute pas de salut en partant. »

Par Jacques Munier

http://soixantequinze.paris/
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