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Au Salon Livre Paris

La littérature à la criée

5 min
À retrouver dans l'émission

Maillons essentiels du secteur du livre, les salons, foires et autres marchés tentent de s’adapter à la crise sanitaire, la plupart sont reportés voire annulés, comme Livre Paris. Pour les organisateurs, les éditeurs et même les libraires - présents dans ces manifestations - c’est un désastre.

Au Salon Livre Paris
Au Salon Livre Paris Crédits : AFP

Pour les écrivains, c’est une occasion manquée de rencontrer les lecteurs et pour les libraires de vendre leurs ouvrages. « Sans la Foire du livre, il n’y aurait certainement pas sept librairies à Brive », confirme son commissaire général, François David dans Le Monde. Gladys Marivat cite le bilan du Centre national du livre (CNL), qui « annonce avoir maintenu ses subventions pour 54 manifestations littéraires annulées ou reportées », à condition que les auteurs invités soient rémunérés. La « déflagration » causée par l’annulation du Salon Livre Paris « a été terrible en termes d’impact économique mais le plus brutal a été l’impact moral », souligne Pierre Dutilleul, le directeur général du Syndicat national de l’édition (SNE). Le marché de la poésie, place Saint-Sulpice à Paris, d’abord reporté du printemps à l’automne a finalement été annulé par décision préfectorale. De même que la 30e édition du Salon de la revue... Certains se tournent vers le numérique, faute de mieux, mais comme le déplore Agnès Gros, la directrice de Lettres d’automne à Montauban « Qu’est-ce qu’un festival numérique peut faire qu’une bonne émission de radio ne fait pas déjà ? »

Hors les murs

Dont acte. Jacques Réda a dirigé la NRF de 1987 à 1995. Gallimard publie un ensemble de textes parus dans la revue durant cette période. Homme de revues, le poète se sent pourtant vaciller lorsque Claude Galimard lui annonce cette « promotion fabuleuse » : être le successeur de Jacques Rivière après Jean Paulhan ou Marcel Arland. C’est donc en « passager clandestin soucieux de garder l’anonymat, dans le fourgon arrière » de la « Noble Rame Ferroviaire » qu’il délivrera ses chroniques, tout en assumant son rôle de « chef de train » balançant sa lanterne en tête de chaque livraison. Le titre de l’ouvrage qui les rassemble aujourd’hui reprend celui de sa rubrique : Le fond de l’air. Avant lui, Cingria, Henri Thomas ou Vialatte s’étaient également essayés « avec leur acuité souriante » à tâter « le train dont vont les choses », ou encore à humer L’air du temps - dernière enseigne à les accueillir dans la revue. Autant dire que tout y passe : les actualités, les querelles littéraires, les méditations solitaires... La question du langage est très présente. Jacques Réda y revient notamment à propos des tics développés dans les médias - radio et télévision. En s’arrêtant sur la forme la plus élémentaire de réponse à une question : oui ou non, apparemment reléguée comme « une réplique d’une indigente banalité ». Absolument, ou tout à fait semblent les remplacer avantageusement.

Il ne s’agit pas d’une nuance mais d’un saut. On bondit dans le prestige impératif.

Exemple : à un philosophe qui s’étendait complaisamment sur son parcours, l’intervieweur demande « Voilà qui doit donner le sens de la relativité des choses ». « Absolument » répond le maître sans s’embarrasser de la contradiction. De même, « on génère à qui mieux mieux », laissant tomber dans l’oubli toute une famille de verbes : engendrer, produire, occasionner...

Grand arpenteur devant l’éternel, à pied, en train ou en solex, le poète aborde la question du rapport de la toponymie urbaine et de la littérature. En principe, « la fonction d’une rue est de conduire quelque part et de le dire aussi honnêtement que possible ».

Débaptiser une rue de la Gare pour l’appeler rue Arthur-Rimbaud, c’est offenser à la fois cette rue dans sa dignité de rue, et ce poète dans sa solitude et sa féroce pudeur.

Aux édiles « avides de s’honorer en croyant honorer de grands noms » on peut suggérer de les remplacer par les titres des œuvres. Entre le boulevard de l’Éducation sentimentale et celui de la Comédie-Humaine, on pourrait par la rue du Forçat-Innocent rejoindre celle des Fleurs-du-Mal. Ou bien « après s’être engagé étourdiment dans l’impasse de la Nausée », atteindre le rond-point des Illuminations.

À défaut d’une meilleure cohérence de son plan, une ville ne pourrait qu’y gagner en pouvoir d’évocation poétique.

La dernière livraison de la NRF publie un dossier sur le paradis. Philippe Lançon y raconte un vol pour Madrid, pour découvrir en compagnie d’universitaires et de journalistes un manuscrit inédit de Cervantès récemment découvert : une sorte d’épilogue à Don Quichotte intitulé El Paraíso. Épisode picaresque supplémentaire du Chevalier à la triste figure qui depuis l’Éden plonge en enfer pour délivrer ses lecteurs. Et c’est ainsi que le livre recommence...

Par Jacques Munier

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Dessins de Philippe Hélénon.

Après avoir couru les bureaux de tabacs du vingtième arrondissement (Tabacs d’Orient), s’être rafraîchi en Bourgogne viticole (Le versant avare) ou encore après une chasse aux spores (Éloge du champignon), c’est de leur gras et crépinettes que viennent nous régaler Jacques Réda et Philippe Hélénon. Autour de l’andouille ou de la rosette leur complicité annonce le début d’une pantagruélique encyclopédie… (Présentation de l'éditeur)

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