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La littérature à l'estomac

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À retrouver dans l'émission

En un sens différent de Julien Gracq, une envie de volée de bois vert démange les poings des écrivains

À l’occasion du Salon du livre, L’Humanité fait la part belle à la littérature

La Corée du Sud est cette année le pays invité, et le quotidien accueille l’écrivain Hwang Sok-yong, que le prix Nobel japonais Kenzaburo Oé estime être « le meilleur ambassadeur de la littérature asiatique », dont on évoque la parenté avec Zola, Flaubert ou Muapassant. Son parcours heurté aux confins brûlants de la guerre froide l’a conduit en prison sous la dictature. D’après lui, l’écrivain est le fer de lance du combat « pour la liberté d’expression et la liberté tout court ». De ces cinq années de prison il garde des souvenirs mêlés de trivial et superbe. « Prisonnier politique, isolé, on n’a jamais l’occasion de parler, sauf avec les gardiens. On oublie les mots. Il m’a fallu dix jours pour retrouver le nom d’Antigone. Lire en prison a des inconvénients. Il faut pouvoir communiquer avec les autres, parler de ce qu’on a lu. Si c’est impossible la lecture reste abstraite, déconnectée de la réalité. J’ai déserté la lecture. » Son œuvre est marquée par la double empreinte de la « tristesse du survivant » dont parle Brecht, éprouvée dans la solitude, et du compagnonnage hilare et truculent des droits communs. « Nous sommes tous des errants à l’ère post-industrielle – affirme-t-il. Le nomadisme est un code culturel du système capitaliste. Il faut maintenir la position du nomade en remettant l’autochtonie au goût du jour. » C’est pourquoi les rites chamaniques font irruption dans son récit de la guerre de Corée, ou le pansori, chant épique coréen, dans le roman vrai de Shim Chong, fille vendue, qui décrit le passé récent de cette région du monde.

La littérature est également à l’honneur dans les pages idées de l’édition spéciale de Libération : le Libé des écrivains.

« Les régimes dictatoriaux font payer à l’écrivain un prix exorbitant pour ses idées. » assène l’auteur de L’Immeuble Yacoubian, Alaa al-Aswani. « L’histoire de l’humanité a été illuminée par des écrivains fidèles à leurs principes et toujours prêts à en payer le prix », ajoute-t-il. Pas avares, ni économes de leur personne, l’histoire leur rend cet hommage le plus souvent posthume et à fonds perdus. C’est pourquoi les plus jeunes n’attendent pas la valeur ni le nombre des années. Ils se coltinent désormais le présent immédiat. Iain Levison s’emploie sans vergogne à faire dès à présent les poubelles de l’histoire. « Donald Trump n’est pas légitime! Comment une star de la télé-réalité, un baratineur qui n’a d’autre expérience que dans l’immobilier a-t-il pu se voir en leader du monde libre ? » Pour l’écrivain le candidat républicain n’est pas pire que n’importe quel autre participant à la course. Et de rappeler quelques souvenirs funestes : « Ben Carson, un neurochirurgien retraité, qui parle comme un junkie juste après un fix d’héroïne afghane black star. Sa demeure est décorée de tableaux qui le représentent et il pense que les pyramides ont été construites pour stocker du grain. Et Marco Rubio, un beau sénateur de Floride, qui débite si obstinément des platitudes apprises par coeur qu’il fait penser à un robot détraqué. Il y a encore Ted Cruz, un cinglé d’extrême droite, hyperreligieux, malveillant, qui techniquement n’est même pas éligible parce qu’il est né au Canada ; ce ne sont là que les mieux placés d’un groupe d’incompétents, de fumistes et de vieilles lunes, un mélange hétéroclite de politicards. Et Donald Trump fait peur? Les républicains fichent une trouille bleue à la moitié de l’Amérique depuis seize ans, et Trump n’a rien d’une nouveauté. Cet homme n’a que faire du parti à un moment où les électeurs républicains commencent à en avoir plus qu’assez. Pour eux, les temps sont durs. Un homme noir dirige le pays, des homosexuels se marient, personne n’a déclenché de nouvelle guerre passionnante… et voilà qu’arrive Donald Trump qui insulte les Mexicains sur les chaînes nationales comme n’importe quel client éméché dans un bar. » Autant dire qu’il est le bienvenu pour cet électorat. Et pour vous : « Aimeriez-vous recevoir un coup de poing dans la figure ? Ou préférez-vous voir votre maison brûler ? »

Le coup de poing paraît subitement moins pénible… Et la littérature à l’estomac aussi douce que la science des coups qui fascine les écrivains, d’Hemingway à Philippe Aronson : la boxe

Léonard Billot revient dans Les InRocKuptibles sur cette passion littéraire qui n’a d’égale que celle de la tauromachie comme métaphore de l’art d’écrire. Aujourd’hui encore trois écrivains célèbrent ces noces barbares. Feu Bill Cardoso rejoue le combat du siècle entre Georges Foreman et Mohamed Ali à Kinshasa en 1974. Philippe Aronson fait Un trou dans le ciel avec Jack Johnson, premier Noir américain sacré champion du monde des poids lourds en 1908, « connu pour son rire qui rendait fou ses adversaires ». Et Daniel Rondeau célèbre les vertus de l’entraînement où « les boxeurs se battent contre des ombres », le shadow boxing où il voit l’allégorie parfaite du travail de l’écrivain

Par Jacques Munier

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