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La mobilisation en faveur des réfugiés

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En écho à l’appel lancé par le pape, ou à celui, dans le JDD , de 66 artistes, dont Isabelle Adjani, Marc Lavoine ou Michel Boujenah, qui annoncent faire don d’un de leurs cachets en faveur des migrants, vous trouverez ce matin dans les pages idées de Libération la tribune signée par 18 responsables d’associations humanitaires et caritatives françaises – d’Action contre la faim au Secours islamique en passant par ATD Quart Monde, Emmaüs, la Jeunesse ouvrière chrétienne ou Médecins du monde. « La solidarité imprègne les discours officiels, mais tarde à se concrétiser clairement dans nos politiques publiques – dénoncent-elles. Face à la montée des extrêmes dans notre pays, ne perdons pas le combat des valeurs. » Soulignant « l’importance des besoins humanitaires face à l’arrivée de plus de 350000 personnes en Europe fuyant les conflits ou l’oppression depuis le début de l’année 2015 », elles rappellent que « cela fait plusieurs années maintenant que nous alertons les décideurs à coups de courriers privés, appels dans les médias, réunions avec les ministères et consultations internationales. » D’autres voix s’élèvent pour célébrer l’attitude de l’Allemagne, comme Jacques Duquesne dans les pages Forum de La Croix , ou Dominique Moïsi dans Les Échos . Sous la photo d’un tout jeune réfugié arborant avec un sourire espiègle le couvre-chef d’un agent de police, le politologue commente : « Quel contraste entre la photo prise il y a plus de soixante-dix ans, dans le ghetto de Varsovie – celle d’un petit enfant juif, les bras levés, les yeux apeurés – et celle prise, cette semaine à Munich, d’un petit garçon réfugié, qui a mis sur sa tête, comme un signe visible de protection, la casquette d’un policier allemand… » « Mais il ne faut pas sous-estimer les émotions positives de la société civile européenne. Encourager et encadrer la générosité spontanée des uns, contenir et résister aux sentiments de xénophobie ou d’égoïsme des autres, telle devrait être l’ambition de ceux qui nous gouvernent », ajoute-t-il avant de conclure, en hommage à la chancelière allemande : « Quand l’Histoire frappe à la porte, sous la forme de centaines de milliers de réfugiés, on ne perd pas son temps à ménager, sinon à faire la cour aux mouvements populistes ».

réfugiés
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L’Europe est sur la sellette dans les pages Débats et controverses de L’Humanité

La présidente d’Amnesty International France, Geneviève Garrigos, y évoque ces deux dernières années, « ponctuées de naufrages en méditerranée, d’images insoutenables de migrants refoulés sans aucune aide humanitaire »… et elle dénonce les choix politiques privilégiant les contrôles aux frontières, l’érection de murs, le refoulement des réfugiés. « Toute réponse à cette crise ne peut se construire sans harmonisation des législations et des capacités d’accueil des États » estime-t-elle. Il faut s’affranchir, comme l’a fait l’Allemagne, « du règlement Dublin III, qui impose aux personnes de déposer leur demande d’asile dans le pays par lequel elles sont rentrées sans tenir compte des conditions d’accueil (…) une règle utilisée par de nombreux États pour les renvoyer » Dans ces mêmes pages la députée européenne Karima Delli prévient : « la question du traitement des réfugiés est devenue la honte de notre continent. Nul doute qu’elle nous sera longtemps reprochée par nos enfants, quand on sait que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés avait alerté la Commission sur le déplacement prochain de 4 millions de Syriens, et demandé à l’Union d’adapter en conséquence sa capacité d’accueil. » « Alors que les citoyens organisent la solidarité sans attendre l’action des États – conclut-elle – nos dirigeants doivent réconcilier l’Union européenne avec ses valeurs fondatrices. »

Artistes, humanitaires, politiques, citoyens, la prise de conscience semble bien engagée. Mais pour l’heure on n’entend pas beaucoup les intellectuels…

Dans les pages Débats du Monde Benjamin Stora, l’actuel président du Musée de l’histoire de l’immigration, considère que le dénigrement de l’antiracisme par des penseurs réactionnaires ou par les chantres du communautarisme a causé les « ravages du repli identitaire ». Résultat – je cite – « sans même moderniser son vocabulaire, si bien mis en évidence par l'historien Zeev Sternhell dans La Droite révolutionnaire, 1885-1914. Les origines françaises du fascisme (Gallimard 1997), l'extrême droite française progresse à grande vitesse et s'enracine dans une société privée de ses points de repère historiques. » D’où également la frilosité française, notre pays a accueilli vingt fois moins de Syriens que l’Allemagne et la Suède, alors que des liens historiques l’unissent à la Syrie depuis le mandat qu’elle y a exercé de 1920 à 1946.

Jacques Munier

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