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La moralisation de la vie publique

5 min
À retrouver dans l'émission

Le départ de François Bayrou, mis en cause dans une affaire d’emplois fictifs au Parlement européen, semble logique pour le ministre qui portait le projet de loi de moralisation de la vie publique

D’autant que les questions de moralité ont été au cœur de la campagne présidentielle, et ce projet de loi le premier acte du nouveau quinquennat. Patrice Gueniffey souligne dans Le Figaro qu’il répond à une demande de la société. Selon lui, « le phénomène est lié à la désacralisation du pouvoir. Si la question ne se posait pas jadis, c’est que nos gouvernants n’étaient pas perçus comme d’autres nous-mêmes. Pourquoi leur consentir un droit à déroger aux règles auxquelles nous sommes assujettis, s’ils ne participent plus de l’ancienne transcendance du pouvoir ? » L’historien souligne toutefois l’ambiguïté de l’attitude de nos concitoyens, prêts à admettre que la transparence a des limites et à absoudre la raison d’État de ses manquements au droit lorsque qu’elle justifie des exécutions extrajudiciaires de djihadistes français en Syrie. « L’équilibre entre exemplarité et efficacité n’est pas facile à assurer – ajoute-t-il. On voit ce qui se dessine à la faveur de l’élection du nouveau président et du renouvellement du parlement : un pouvoir exécutif très vertical en charge des fonctions régaliennes et de l’exercice effectif du pouvoir, donc de sa part d’ombre, et un parlement transparent, ramené à une fonction d’approbation du fait de l’existence d’une majorité gouvernementale sans relief, chargée de symboliser ce désir de transparence (parité, société civile, inexpérience politique assumée). » Dans Le Monde, deux magistrats de la Cour des comptes estiment quant à eux que la confiance dans la vie publique ne passe pas forcément par une nouvelle loi. « La future loi Bayrou sera la sixième relative au financement des partis et de la vie politique depuis 1988 » rappellent-ils. Gilles Johanet et François Kruger plaident pour leur institution : « Le parquet général de la Cour des comptes est un observatoire sans égal. Il analyse tout ce qui se passe au sein des juridictions financières et tout ce qui y trépasse, faute de diligences suffisantes, car tout ne peut être prioritaire, ou faute de preuves. En tant qu'autorité de poursuite, il est en coopération permanente avec le Parquet national financier et avec les parquets judiciaires. Les saisines de ces derniers par les juridictions financières auront triplé en trois ans, exprimant ainsi notre priorité accordée à la lutte contre les atteintes à la probité. » Ce qui ne signifie pas qu’il y ait plus de corruption, mais seulement qu’elle est plus souvent dénoncée et poursuivie. Les magistrats suggèrent quelques pistes pour moraliser la vie politique : rendre les membres du gouvernement et tous les élus responsables, donc justiciables, de leur gestion des fonds publics. Ou contrôler comme tous les autres fonds publics le bon emploi des crédits affectés aux assemblées parlementaires.

La déconfiture des partis traditionnels à droite comme à gauche suscite des commentaires

Dans Libération Christophe Prochasson rappelle que « le Parti socialiste en a vu d’autres. A la fin des années 60, on le disait mort et enterré. Plus près de nous, on se souvient de ses misérables et traumatiques résultats aux élections législatives de 1993 ». C’est que « Le principal legs du socialisme français est son exigence intellectuelle. Le socialisme est né comme une idée. » L’historien cite un ouvrage récent de Bruno Karsenti et Cyril Lemieux qui détaillent « ce qui lie le socialisme à la vie intellectuelle, à la science des sociétés et à l’éducation ». Ayant toujours « eu le souci de comprendre le monde dans lequel ils vivaient, puis de faire œuvre de conviction par le truchement d’une éducation aux savoirs les plus neufs », « Les socialistes ont inventé la forme partisane telle que nous la connaissons aujourd’hui, tour à tour laboratoire d’idées, lieu de formation, machine de guerre. » Mais l’historien déplore que « depuis trois ou quatre décennies ce travail-là ait été pour le moins négligé ». Avec des occasions manquées de se redéfinir : la chute du mur de Berlin et la désagrégation du communisme. « Force est de constater que le succès de François Hollande à la présidentielle ne bénéficia pas d’une meilleure préparation – conclut-il. Deux sujets, piliers de la culture politique des socialistes, auraient pourtant mérité une intense réflexion tant de profondes transformations étaient en cours: le travail et la démocratie. »

« Le socialisme est une idée plus grande que n’importe lequel les partis qui prétend la porter » affirme Benoît Hamon dans Les Inrockuptibles

Le candidat socialiste prend acte du séisme qui a fracturé son parti et reconnaît que la force de Macron « est d’avoir révélé que nous étions, au sein du Parti socialiste ou des Républicains, dans des clivages surjoués » alors que dans bien des domaines ils entonnaient la même partition. À droite aussi une recomposition s’amorce, que la gauche – prévient Jean-Yves Camus dans Charlie Hebdo – devra prendre en compte dans sa refondation. Comme l’avait prédit Nathalie Kosciusko-Morizet, parmi les libéraux, les conservateurs et les nationaux-identitaires qui forment les rangs des Républicains « certains ne vieilliront pas ensemble ».

Par Jacques Munier

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