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La statue de Marianne aux couleurs de la République

La nation et l'ethnie

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La nation, l’ethnie, les questions soulevées par les attentats de Paris et leurs répliques politiques continuent d’alimenter les débats

La statue de Marianne aux couleurs de la République
La statue de Marianne aux couleurs de la République Crédits : Stéphane Barbereau - Radio France

Dans les pages idées de Libération, Sébastien Ledoux estime que nous devons « remettre la nation en récit ». Une proposition qui vise à contester à l’extrême-droite le monopole de cette notion, mais surtout à mettre de nouveau notre pays « dans le sens de l’histoire ». C’est la perspective d’une « reconstruction de l’expérience nationale » que le chercheur en histoire contemporaine nous invite à dégager. Une expérience qui prenne en compte à la fois la diversité de notre population et la spécificité de notre histoire. Mais pour faire sens commun, par-delà la polarisation clivante des débats autour de l’immigration et de l’islam, il nous faut également contenir et dépasser la dérive mémorielle qui depuis des années a consisté à favoriser l’intégration par la reconnaissance des crimes commis à l’égard de différentes communautés – complicité de Vichy dans le génocide des Juifs, participation active de l’Etat français dans la traite transatlantique et l’esclavage. Car – je cite « cette injonction, que l’on peut considérer comme légitime, a produit aussi des impasses sur notre relation au passé comme sur notre conception du vivre ensemble », notamment en dépolitisant les questions d’intégration et en « continuant à assigner certains groupes issus de l’immigration postcoloniale à la marge de la société par une approche paternaliste, sans consentir à leur faire partager l’expérience du politique à parts égales ». Une forme de rétribution symbolique « sur une base ethnique » qui aurait encouragé, selon le chercheur, une « racialisation des relations sociales et de notre rapport au passé, entraînant des concurrences intercommunautaires », lesquelles ont vidé de toute vision progressiste de l’histoire notre horizon d’attente. Le temps est venu de reconsidérer cette adhésion à une France multiculturelle par le biais de passés victimaires, estime l’historien, enseignant à Sciences-Po. « Il est nécessaire de reprendre possession du discours sur la nation que la gauche a délaissé dans l’héritage des luttes anticoloniales » et de reconstruire le récit émancipateur de notre histoire, avec « en perspective non des valeurs inertes mais des expériences historiques » afin de « remettre la France dans le sens de l’histoire à l’heure où celle-ci frappe de nouveau à sa porte de la façon la plus violente qui soit ». « Une histoire de conquêtes, par des individus ou des groupes dominés en raison de leur statut social, de leur couleur de peau, de leur genre ou de leur religion. »

Pour en rajouter une couche sur l’inanité du débat autour de la déchéance de nationalité, Jean-Loup Amselle suggère carrément dans Le Monde de laisser tomber le principe de nationalité

L’anthropologue s’inquiète du recul de la conception contractuelle de la nation au profit d’une polarisation ethnique des opinions. « A travers l'affaire Dreyfus, les années 1930, le régime de Vichy et la lente progression du Front national, c'est bien la conception raciale de la nation qui a dominé et continue de dominer le champ intellectuel et politique, comme en témoigne l'utilisation non contrôlée de la notion de " Français de souche ", à laquelle sont liées d'autres expressions comme celle d'" insécurité culturelle " – observe-t-il. Or, cette racialisation de la population hexagonale a également des effets en retour à l'autre extrémité du champ intellectuel et politique : celle représentée par les organisations postcoloniales qui entendent précisément lutter contre le racisme » et ceux qu’ils désigne comme des « entrepreneurs d’ethnicité » : Conseil représentatif des associations noires de France, Indigènes de la République, etc. « La race – conclut Jean-Loup Amselle – ne saurait être un principe ordonnateur du champ politique puisque les oppositions qu'elle incarne sont toujours relatives et qu'elles ont pour effet de masquer des rapports de force entre des effectifs humains qui sont toujours mélangés dès l'origine. »

La prise en compte de la dimension ethnique est à la base de l’ethnopsychiatrie, qui prend en charge la souffrance psychique des migrants en la reliant à la tradition dont ils sont issus

C’est ce que Tobie Nathan explique dans le grand entretien accordé à Marion Quillard pour la revue XXI. Lui-même a fait l’expérience du changement d’identité lorsque l’on passe d’un monde à l’autre. « Moi, je suis plusieurs – se rappelle-t-il – j’ai été un enfant égyptien, un enfant italien et un enfant français. Je n’ai jamais cru que le monde qui s’étalait sous mes yeux était « le monde ». Il y a eu d’autres mondes avant, il y en aura d’autres après, il y en a déjà d’autres ailleurs. » Dans un saisissant raccourci qui fait signe vers notre histoire immédiate – la guerre totale menée en Syrie et les réfugiés – il affirme que « la psychologie, c’est de la géopolitique ».

Par Jacques Munier

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