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La planète Trump

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À retrouver dans l'émission

L’élection de Donald Trump continue de susciter des réactions dans les milieux intellectuels.

Dans Le Monde, Bruno Latour renvoie dos à dos les partisans des utopies opposées de la globalisation heureuse et du repli sur soi. « Les premiers, croient encore que l'horizon de l'émancipation et de la modernité (souvent confondu avec le règne de la finance) ne va cesser de s'étendre en recouvrant la planète. Les seconds ont décidé de se retirer sur l'Aventin en rêvant au retour d'un monde passé ». Deux utopies irréconciliables qui menacent de disloquer nos vieux pays, à commencer par l’Europe, deux « bulles d’irréalisme » aussi, dans un même déni de la capacité réelle de la planète à satisfaire « ces visions de terres promises ». Le sociologue, auteur notamment de Huit conférences sur le Nouveau Régime Climatique, publiées à La Découverte sous le titre Face à Gaïa, y insiste : « Il y a juste un an, la COP21 aura servi de déclaration solennelle à cette impossibilité : le global est trop vaste pour la terre. Au-delà de ces limites, nos tickets ne sont plus valables ». Pourtant, au fil des campagnes électorales et des secousses de la géopolitique, « personne n'a expliqué clairement que la globalisation était terminée et qu'il fallait de toute urgence se rapatrier vers une terre qui ne ressemble pas plus aux frontières protectrices des Etats-nations qu'à l'horizon infini de la mondialisation ». Dans les pages idées de Libération, c’est la loi électorale américaine qui est passée au crible par Didier Fassin et Anne-Claire Defossez. « Tout le dispositif est conçu pour restreindre légalement les suffrages des minorités et des pauvres. Héritée du long passé d’esclavage et de ségrégation, cette politique, qu’on avait crue disparue avec le mouvement pour les droits civiques, n’a cessé de se renforcer au cours de la période récente, comme contrecoup de la première élection d’un président noir ». S’il est vrai que le XVe Amendement de la Constitution garantit que « le droit de vote des citoyens ne peut être refusé ou limité en raison de la race, de la couleur ou d’une condition antérieure de servitude », les Etats ont le pouvoir de légiférer pour restreindre, voire supprimer le droit de vote «en raison d’une inculpation criminelle ou d’une incapacité mentale ». Certains d’entre eux, 12 presque tous du Sud, étendent même la déchéance civique au-delà de la peine, « pour une durée allant de deux ans à la vie entière ». Des mesures qui affectent « de manière disproportionnée les Noirs, qui représentent le tiers des personnes déchues de ce droit. Un adulte noir sur 13 est privé du droit de vote. Dans 5 Etats, c’est même 1 sur 5. C’est le cas de la Floride, qui, souvent, décide du résultat final de la présidentielle et où 1,5 million de personnes sont interdites de vote », là où le candidat républicain l’a emporté de 120 000 voix. Cette politique discriminatoire, dont les auteurs donnent d’autres exemples significatifs, est donc un élément déterminant.

Dans les pages débats de L’Obs, il est question d’un autre sociologue. Le deuxième volume des Cours au Collège de France de Pierre Bourdieu vient de paraître

Bourdieu dont on peut rappeler les analyses sur la « fabrique de l’opinion publique » alors que tant de critiques s’élèvent sur l’aveuglement des médias et la surdité des instituts de sondage face à la déferlante des électeurs de Trump. Dans un article de 1973 paru dans Les Temps modernes sous le titre « L’opinion publique n’existe pas », il écrivait : « cette opinion publique est un artefact pur et simple dont la fonction est de dissimuler que l’état de l’opinion à un moment donné est un système de forces, de tensions et qu’il n’est rien de plus inadéquat pour la représenter qu’un pourcentage ». Le cours qui paraît couvre les années 1983 à 86 (Le Seuil). On voit s’y constituer l’appareil conceptuel qui organise son travail, avec les notions de « capital culturel », d’habitus ou de champ. Éric Fassin résume ainsi son apport à la sociologie : « Il permet de dépasser une opposition classique : d’un côté l’objectivisme d’un Durkheim, qui appelle à traiter les faits sociaux comme des choses ; de l’autre le subjectivisme d’un Goffman, pour qui le monde ne serait qu’un théâtre ». Reconstituer le jeu des représentations ou reconstruire une réalité objective ne sont pas antinomiques. « Pour Bourdieu, les représentations sont partie intégrante de la réalité. Imposer une représentation du monde est l’enjeu politique par excellence. »

L’Humanité rend hommage à l’anthropologue Malek Chebel, militant de « l’islam des Lumières » disparu le 12 novembre

Le merveilleux lecteur des 1000 et une nuits, auteur d’une trentaine d’ouvrages sur la culture islamique, en particulier sur la symbolique, la sexualité et le corps, nous a quittés ce weekend à l’âge de 63 ans. « S’il est loin d’être un modèle concernant la démocratie ou la liberté de la femme, le monde arabo-musulman possède, concernant le sexe et l’amour, une culture ancestrale très riche. Ce sont les Arabes qui ont inventé les aphrodisiaques, le préservatif ou les préliminaires…» racontait-il dans un entretien à Libération en 2014.

Par Jacques Munier

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