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La politique autrement?

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Les pages idées de Libération publient la tribune d’Éric Hazan, l’éditeur de La Fabrique, et Julien Coupat, le leader présumé du groupe de Tarnac. Un appel à enclencher « un processus destituant » en politique, et une secousse salutaire...

Une secousse salutaire alors qu’après les chocs successifs de l’an passé la routine politicienne semble avoir repris son train de sénateur… « Nous n’avons aucune raison d’endurer un an et demi de campagne électorale dont il est déjà prévu qu’elle s’achève par un chantage à la démocratie – préviennent les signataires. Pour cesser de subir ce compte à rebours, il suffit d’en inverser le sens : nous avons plutôt un an et demi pour en finir avec toute la triste domesticité des aspirants chefs, et le confortable rôle de spectateur où leur course nous confine. » Pour eux « la politique a poussé son dernier râle l’été dernier là où elle était née, il y a plus de 2000 ans, en Grèce Aléxis Tsípras fut son fossoyeur. Sur sa tombe sont gravés ces mots prononcés en guise d’oraison funèbre par le ministre allemand de l’Economie, Wolfgang Schäuble: On ne peut pas laisser des élections changer quoi que ce soit. » L’amer constat ne suffit pas, dénoncer ou tenter de convaincre, pas davantage dans l’apathie que traduisent l’abstention de masse et le vote FN. « Un monde de mensonges – disait Kafka –ne peut être détruit par la vérité, seulement par un monde de vérité ». C’est à son émergence qu’en appellent l’éditeur et le coauteur présumé de L’Insurrection qui vient. Et même si le moyen peut apparaître nébuleux – « former, à partir des amitiés et des complicités existantes, un tissu humain assez riche et sûr de lui pour rendre obscène la bêtise régnante, et dérisoire l’idée que glisser une enveloppe dans une urne puisse constituer un geste politique » – même si nous retient le lyrisme obscur de l’appel à opposer au « processus constituant » des partisans d’une primaire à gauche « la destitution pan par pan de tous les aspects de l’existence présente », la vigueur de la salve est tonique. Elle réveille des échos salutaires et des désirs de changer la vie.

Dans les mêmes pages, deux jeunes entrepreneurs, dont un ancien du Medef, pratiquent une forme de « détournement » que n’aurait sans doute pas ratifiée Guy Debord

Invitant les entreprises à entrer dans l’ère de la « communication d’engagement » pour en tirer – je cite « la légitimité sociétale à opérer un marché », ils estiment qu’elles doivent remporter les "batailles culturelles" dont parlait Gramsci, le « penseur marxiste » précisent-ils. Mais ce sera sans les « petits soldats du nouveau management » que Marion Rousset a passés en revue pour l’hebdomadaire Marianne, en puisant aux meilleures sources : les enquêtes de Marie-Anne Dujarier ou de Vincent Gaujelac et Fabienne Hanique, ainsi que le cours d’Alain Supiot au Collège de France sur La Gouvernance par les nombres. Les missions de ces consultants n’est pas de nature à améliorer les conditions de vie au travail : le lean management, ou « management sans gras », vise à supprimer les temps morts et les tâches inutiles, et le benchmarking mesure et compare les performances des établissements ou des services pour déterminer les budgets qui leur seront alloués, tout cela sans tenir compte de la nature de l’activité, dans l’industrie comme à l’hôpital. Leur objectif étant clairement l’amélioration des résultats financiers, ils contribuent à vider de sa substance la notion humaine de management qui devient « plus prescriptif que médiateur » face aux contradictions et aux conflits. Résultat : les problèmes ne trouvant plus à s’exprimer « dans une relation hiérarchique au sein de l’entreprise puisque les dispositifs abstraits s’imposent », ils sont du coup intériorisés. « L’intime est devenu le lieu de cette contradiction entre le travail réel et le travail prescrit ». Une situation aux conséquences psychologiques souvent désastreuses.

Pas sûr que la solution en temps de crise vienne du « slow management »

C’est pourtant ce que préconisent les adeptes de la « simplicité volontaire » ou du « minimalisme », dont certains chefs d’entreprise qui, à rebours de la tendance visant à rallonger la durée du temps de travail sans contrepartie, revendiquent pour eux-mêmes et les autres une semaine de 25 heures ! Dans le mensuel Sciences Humaines, Achille Weinberg rappelle les trois règles d’une gestion du temps fondée sur l’économie de moyens. Le temps juste « consiste à ajuster son temps à son but réel et un niveau d’exigence donné ». « Simplifier sa vie » est la règle qui relève du « minimalisme », une variante du « mouvement slow », soit « ne jamais agir sans savoir où l’on va ». Enfin écarter les projets chronophages, raison pour laquelle je m’arrête ici sans entrer dans les détails…

Jacques Munier

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