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La politique, continuation de la guerre par d’autres moyens

4 min
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De retour, "la rhétorique américaine de « la guerre à la terreur » et son cortège de mensonges relève d’une propagande visant à fabriquer du consentement patriotique"

Les analyses se succèdent et s’accumulent sur les risques que fait courir au monde la diplomatie du pire menée par le président américain

Pour Yves Bourdillon, dans Les Echos, sa « politique étrangère provocatrice et brouillonne « menace des alliances, traités ou mécanismes de coopération au cœur de l’ordre international depuis 1945 ». Et elle débouche inéluctablement sur des contradictions : « En abandonnant le Traité transpacifique (TPP), il laisse les pays de la région éparpillés face à la Chine, renforçant ainsi le grand rival géopolitique de Washington. » Sa décision d’interdire les visas pour les réfugiés et ressortissants de sept pays musulmans est également à double tranchant. « Aucun d’entre eux n’a jamais commis un attentat contre les Etats-Unis et le décret épargne, en raison de leurs relations économiques et surtout de leur hostilité à l’Iran, les principaux pourvoyeurs de djihadistes, Arabie saoudite, Egypte, Turquie. » Dans les pages idées de Libération, Sylvie Laurent analyse les attendus implicites du « Muslim Ban » qui a « unanimement indigné avocats, juges fédéraux et constitutionnalistes de tout le pays ». La rhétorique « ainsi ressuscitée de « la guerre à la terreur », et son cortège de mensonges sur la dangerosité atavique des musulmans, relève d’une propagande visant à fabriquer du consentement patriotique ». Américaniste, chercheure associée à Harvard et Stanford, professeure à Sciences-Po, Sylvie Laurent a publié récemment un livre sur les inégalités et discriminations raciales aux États Unis : La couleur du marché (Seuil). Elle rappelle que « la construction sociale de l’immigré ou du basané en criminel en puissance » procède d’une longue histoire aux Etats-Unis. Après les Africains-Américains, ce sont aujourd’hui des Mexicains qui « apportent avec eux les drogues », et seraient pour l’essentiel des « violeurs ». Ils sont désormais visés dans « la nouvelle étape de cette rencontre funeste entre la rhétorique pernicieuse contre le politiquement correct et le chauvinisme hystérique de la Maison Blanche ». Donald Trump a annoncé qu’il expulserait 2 à 3 millions de « criminels patentés sans papiers », « membres de gangs ou dealers ». Mais « d’après les études indépendantes les plus fiables, il n’y aurait pas plus de 300 000 personnes dans ce cas ». Pour atteindre cet objectif il lui faudra donc « étendre la sentence d’expulsion aux résidents légaux ayant un casier judiciaire ou bien coupables d’une infraction mineure, comme une atteinte au code de la route ». L’expédition punitive a d’ailleurs débuté il y a quelques jours, « au nom de la protection du territoire national et pour réaffirmer sa toute-puissance césariste face aux juges qui ont contrarié ses desseins, il a ordonné des centaines d’arrestations sauvages dans les communautés hispaniques du pays », déclenchant la riposte d’avocats, d’associations et de juges. Le modèle de Marine Le Pen risque bien vite de mettre à mal le slogan Front national d’un pays « apaisé »…

Autre contradiction majeure : les relations avec la Russie, illustrée par la démission du conseiller à la sécurité nationale, coupable de « liens inappropriés » avec l’ambassadeur de Poutine

L’euphémisme peine à dissimuler les relations du militaire à la carrière erratique avec l’ambassadeur russe, auquel il promettait un allègement des sanctions décrétées par Obama pour l’ingérence avérée de son pays dans la campagne, alors même que Trump n’était pas investi, ainsi que ses mensonges à la presse. « Lundi 13 février le Washington Post a porté un coup fatal à l'ancien général en publiant un article affirmant que le ministère de la justice, sur la base du contenu de cette conversation, avait mis en garde le conseiller juridique de M. Trump quant à un éventuel mensonge de M. Flynn. Le ministère avait ajouté qu'elle pourrait être propice à un chantage russe » précise Gilles Paris dans Le Monde. Les pages débats & analyses du quotidien évoquent les tentatives de Moscou pour déstabiliser la présidentielle française au bénéfice des partisans de l’affaiblissement de l’Europe. Emmanuel Macron serait particulièrement visé, comme l’affirme Richard Ferrand, secrétaire général de son mouvement, preuves à l’appui. Neera Tanden, dirigeante du think tank Center for American Progress à Washington prévient les Français, « prochaine cible de Vladimir Poutine » : « Il ne faut pas être un spécialiste en politique étrangère pour comprendre que la Russie reprend la même méthode qu'elle a utilisée pour contribuer à faire élire Donald Trump. Mais au lieu de tirer les leçons de ce qui s'est passé aux Etats-Unis, la France commet les mêmes erreurs que nous. Certains organes de presse commencent à diffuser la propagande russe concernant Macron, publiant sans grande retenue courriers électroniques et documents volés. » Marine Le Pen en tire le plus grand bénéfice, elle qui « a qualifié de " légitime " l'annexion russe de la Crimée, s'est opposée aux sanctions prises contre la Russie après cette agression », et qui condamne l'OTAN et l'Union européenne. Prochaine cible : la chancelière allemande Angela Merkel, qui briguera un nouveau mandat en septembre.

Par Jacques Munier

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