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La politique des barbelés

3 min
À retrouver dans l'émission

camerawoman Laszlo
camerawoman Laszlo Crédits : Marko Djurica - Reuters

Dans les images qui nous arrivent des frontières de l’Europe, on voit surgir les barbelés de sinistre mémoire sur la route des migrants

Le philosophe Olivier Razac a publié il y a quelques années une « Histoire politique du barbelé », dispositif dont la redoutable simplicité a joué un rôle éminent « dans trois des plus grandes catastrophes de la modernité » : la conquête de l’Ouest américain et l’ethnocide des Indiens, la Grande guerre, et les camps d’extermination nazis… Et toujours et partout « le long des frontières nationales tendues, sur les champs de bataille ou pour garder sous la main des hommes à faire survivre, à renvoyer chez eux, à tuer… ». Sa brutalité « à la fois intense et discrète » a pu se raffiner avec le temps, du barbelé dit « rasoir » à celui dont les pointes s’incurvent pour « hameçonner » l’indésirable en passant par les « modèles garnis de lames giratoires particulièrement efficaces pour empêcher l’escalade », mais pour le philosophe son efficacité réside avant tout dans sa déchirante « austérité » : « Les meilleurs dispositifs de pouvoir – je cite – sont ceux qui dépensent la plus petite quantité d’énergie possible (matériellement et politiquement) pour produire le plus d’effets de contrôle ou de domination possibles. » L’hebdomadaire Le un consacre aujourd’hui sa dernière livraison à « la politique des barbelés », avec les contributions de Daniel Rondeau, Tahar Ben Jelloun, le géographe Michel Foucher ou l’historien Claude Quétel, lequel constate l’efficacité toute relative des murs érigés çà et là : « l’archétype contemporain – rappelle-t-il – c’est la « tortilla border » : cette clôture qui sépare les Etats-Unis du Mexique… C’est le plus long : 3 141 km », qui n’ont pas su retenir les millions de Mexicains et de Latinos qui contribuent aujourd’hui à la prospérité de leur pays d’accueil.

Dans les pages Champs libres du Figaro , Guillaume Perrault relaie l’inquiétude de nombreux français face à l’opacité de la politique du gouvernement en la matière

«Le Français moyen a droit à quelques explications!». Citant Edouard Herriot en 1924 au sujet d’un accord international complexe, il déplore à juste titre le manque de clarté de nos dirigeants actuels. On peut rappeler à cette occasion que deux après cette déclaration convenue de la part d’un élu du peuple, le président Gaston Doumergue inaugurait en 1926 la grande mosquée de Paris, la première en métropole, et il célébrait la France, alors empire colonial, comme une grande nation musulmane… L’archive est disponible à l’INA, chacun peut l’écouter à loisir s’il a des oreilles pour entendre. Mais il est vrai qu’à l’approche d’échéances électorales parasitées par le FN qui a opportunément enfourché le vieux cheval de bataille de l’immigration, la gauche majoritaire en sursis recule devant la clarté.

Zied et Ronaldo
Zied et Ronaldo Crédits : Sergio Perez - Reuters

Dans Le Monde , Sandrine Morel a retracé la trajectoire accidentée du syrien Osama Abdul Mohsen depuis le croche-pied de la cameraman d’une télévision hongroise proche de l’extrême-droite

On se souvient de l’épisode, on peut retrouver aujourd’hui avec soulagement ce réfugié dans la banlieue de Madrid, au Centre national de formation des entraîneurs de foot où il prendra ses fonctions dès lundi. L’ancien entraîneur du club syrien de première division Al-Fotuwa, diplômé de l'institut des sports d'Alep, sera chargé de faire le lien entre cette entreprise qui forme plus de 4 000 entraîneurs par an et les pays de langue arabe, " où les entraîneurs espagnols sont à la mode ", selon Miguel Angel Galan le président de cette structure, le Cenafe. Des journalistes du quotidien ElMundo , frappés par l’acharnement de la reporter hongroise Petra Laszlo, avaient décidé de partir sur ses traces et l’ont retrouvé, lui et son fils de 6 ans, le petit Zied, qui a pu, quant à lui, réaliser son rêve. Le 19 septembre, il est entré sur le terrain du stade Santiago Bernabéu avec la star du Real Madrid, Cristiano Ronaldo. « Les gradins lui ont fait une ovation. Plus de larmes sur son visage, mais un immense sourire ».

Jacques Munier

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