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« Il y a belle lurette que Trump aurait dû être banni »

La politique en réseaux

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La suspension des comptes Facebook, Snapchat et Twitter de Donald Trump continue de faire débat, notamment aux États-Unis.

« Il y a belle lurette que Trump aurait dû être banni »
« Il y a belle lurette que Trump aurait dû être banni » Crédits : Getty

Dans la foulée, un grand nettoyage des contenus complotistes a été lancé - rappelle Courrier international qui publie un dossier sur le sujet et résume ainsi les enjeux du débat : « doit-on laisser de grands groupes privés décider des limites de la liberté d’expression ? Peut-on circonscrire leur influence ? Qui est responsable de la radicalisation des opinions en ligne ? » The Atlantic rappelle que « le porte-parole des talibans dispose encore d’un compte officiel sur Twitter » et dénonce des règles de modération à géométrie variable en fonction de la pression de l’opinion publique. Pour le magazine londonien The Spectator, le problème « c’est que le président américain a été suspendu de plateformes souvent considérées comme des forums publics » et qu’elles ne peuvent « dissimuler leur pouvoir », transformant au fil des ans « la Toile, au départ décentralisée, en une sphère organisée de manière oligarchique qui leur permet de gagner de l’argent et dont elles contrôlent l’accès ». « Il y a belle lurette que Trump aurait dû être banni - estime Ed West sur le site UnHerd. Trump est au débat en ligne ce qu’est un dealer habitué des sorties d’école pour un quartier : un poison pour le vivre-ensemble. » Et de mettre en cause lui aussi une politique de « deux poids, deux mesures », dénonçant plus généralement sur Twitter un environnement qui tend « à éroder toutes les qualités qui furent nécessaires à la création de la démocratie (modération, tolérance, et surtout, pour les vaincus, acceptation de la défaite) ».

Violence performative

L’éviction du président en exercice relance le débat sur la régulation du secteur. « Nous devons faire notre possible pour forcer la main des géants d’Internet que nous savons aujourd’hui en faute », résume le New Statesman. Les acteurs du secteur ont longtemps invoqué leur statut d’intermédiaires numériques, défini par la loi américaine de 1996 sur la décence des communications, pour intervenir le moins possible dans les contenus échangés sur leurs plateformes. Dans la Harvard Business Review Yaël Eisenstat, experte en stratégie passée par la CIA, mais aussi par Facebook et la Maison-Blanche (où elle a conseillé un certain Joe Biden), affirme qu’ « il est temps de mettre à niveau les règles définissant leur responsabilité, en exigeant plus de transparence sur leurs moteurs de recommandation et la façon dont leurs algorithmes orientent les contenus ». 

Il ne s’agit pas de liberté d’expression et de ce que les individus publient sur ces plateformes. Il s’agit de ce que les plateformes choisissent de faire avec ce contenu, des voix qu’elles décident d’amplifier, des groupes autorisés à prospérer et à se développer grâce à leurs algorithmes.

Dans le Washington Post, Karen Kornbluh, professeure en sciences de l’information, rappelle que l’été dernier, le Congrès américain a lancé une vaste opération antitrust contre les Gafam. Mais depuis l’assaut sur le Capitole, elle estime que le débat dépasse désormais la seule question du monopole. Il faut « exiger du secteur qu’il s’engage fermement à concevoir des plateformes démocratiques »

Speech acts

Stéphane Bussard et Philippe Mottaz, deux journalistes spécialistes des États-Unis, avaient étudié pendant la campagne électorale de 2016 l’usage des réseaux sociaux et en particulier de Twitter par le candidat Trump (#Trump, Slatkine & Cie). Le format court des messages la « versatilité du contenu » et « l’impunité de l’éphémère » convenaient parfaitement à sa communication élémentaire, au vocabulaire restreint où dominent des mots favoris : stupide, nul, raté, faible… « Même ses discours sont faits de séquences brèves, sans fil conducteur fort », observaient-ils. Par le recours systématique à la provocation, il était parvenu à noyer la campagne d’Hillary Clinton dans le bruit fait autour de sa personne, s’affranchissant ainsi des règles du débat démocratique. Au-delà du cas Trump, l’historienne américaine Jill Lepore résume bien la situation.

Il arrive un moment où la vitesse de la communication politique dépasse le point où la délibération, c’est-à-dire l’expression d’un vrai consentement populaire, reste possible. 

Quant aux grands médias américains, ils « doivent se désintoxiquer de Donald Trump », suggère Sébastien Mort dans La Croix, même si « le phénomène Trump a tiré leurs audiences vers le haut ». Le maître de conférences en cultures et sociétés des États-Unis à l’université de Lorraine (Metz) souligne que « cette dépendance les conduit à céder à la logique spectaculaire et à abdiquer leur rôle civique ». Et l’espace occupé par l’ex-président « devrait se réduire du fait de l’attention accordée à Joe Biden et à sa majorité au Congrès ».

Par Jacques Munier

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