LE DIRECT
Donald Trump et Nigel Farage lors d'un meeting à Jackson, Mississippi, 24/08/2020

La politique ou la guerre

5 min
À retrouver dans l'émission

Donald Trump a tenté une dernière manœuvre contre sa défaite aux présidentielles en exigeant du responsable électoral de l’État de Géorgie qu’il inverse le résultat.

Donald Trump et Nigel Farage lors d'un meeting à Jackson, Mississippi, 24/08/2020
Donald Trump et Nigel Farage lors d'un meeting à Jackson, Mississippi, 24/08/2020 Crédits : Getty

« Les manœuvres et l’obstination de Trump à nier sa défaite déchirent les États-Unis » titre Le Monde. L’enregistrement du coup de fil a été obtenu par le Washington Post, qui l’a publié intégralement. « L’échange est du niveau de la conversation qui a valu à M. Trump la procédure en destitution de l’hiver 2019 - observe Corine Lesnes, la correspondante à San Francisco. A l’époque, il demandait une « faveur » au président ukrainien, Volodymyr Zelensky : des informations dommageables à son adversaire Joe Biden, en contrepartie du déblocage de l’aide militaire à l’Ukraine. » Toute la séquence depuis la présidentielle culmine dans cette ultime tentative qui alimente un climat que le site Politico qualifie de « guerre civile ». Dans le camp républicain, des légitimistes comme le sénateur Mitt Romney ou l’ancien candidat à la vice-présidence Paul Ryan, « ont mis en garde contre ces atteintes à la confiance que les Américains portent dans leurs institutions démocratiques ». Mais à la veille de la certification des votes du Collège électoral par le Congrès demain mercredi, « au moins 12 sénateurs républicains » et « plus de 100 représentants républicains ont déclaré qu’ils allaient contester les résultats » estime le site d’information. Autre élément de contexte : le 45e président redevient dans moins de trois semaines un simple citoyen passible de divers ennuis judiciaires. Et aujourd’hui la double élection sénatoriale en Géorgie, qui va déterminer le contrôle du pouvoir à Washington avec une majorité au Sénat, jusqu’alors composé de 50 élus républicains et 48 démocrates. Symboliquement, pour le président déchu, même si sa manœuvre ne changerait pas l’issue de la présidentielle, elle pourrait réparer « l’affront suprême à sa postérité égotique : la perte d’un État sudiste qu’il considérait comme un fief et n’avait pas voté pour un présidentiable démocrate depuis Bill Clinton il y a vingt-huit ans » souligne Philippe Coste sur le site de Libération.

Les élections du 5 janvier en Géorgie, si elles se soldent par la victoire de deux démocrates, en diront aussi long sur le pouvoir du président sortant. Son pouvoir de destruction.

La campagne est donc repartie de plus belle dans ce « Swing State » traditionnellement républicain, que Joe Biden a remporté d’une courte tête en novembre, observe Alexis Buisson pour Mediapart. L’enjeu est de taille. 

Le parti de Joe Biden, qui contrôle déjà la Chambre des représentants, doit impérativement remporter les deux sièges de Géorgie pour éviter au président-élu une cohabitation synonyme de blocages. En cas d’égalité des votes sur un texte de loi, l’avantage reviendrait aux démocrates car la Constitution donne au vice-président, en l’occurrence Kamala Harris, la possibilité de voter pour départager les deux camps.

Face à une forte mobilisation des militants démocrates, notamment à l’intention des communautés black, hispano ou asiatiques, les soutiens de Trump pourraient s’abstenir, du fait des accusations portées contre le gouverneur républicain de Géorgie Brian Kemp pour n’avoir pas fait davantage « contre les irrégularités qui ont, selon eux, entaché les opérations de vote », bien qu’il y ait eu trois recomptages des voix en Géorgie. 

On entend des électeurs républicains dire : comme le scrutin était truqué, pourquoi me donnerai-je la peine d’aller voter aux sénatoriales ?

C’est l’arroseur arrosé... Dans L’Express, Emmanuel Aumonier tire la leçon du livre de Christian Salmon sur La tyrannie des bouffons (Les liens qui libèrent), l’effet de bascule qui fait sombrer la politique dans le carnaval. 

Qu'ils soient populistes, nationalistes, souverainistes ou illibéraux, le substrat commun aux Trump, Salvini ou Johnson est leur incarnation "grotesque" du pouvoir.

Un pouvoir qui ne s'appuie sur aucun des trois types de légitimité définis par Max Weber : la tradition, la légalité ou le charisme. Ressembler au commun, au « peuple », jusque dans ses aspects les plus vulgaires est le seul programme du bouffon. Se distinguer par son caractère irrationnel et renverser la table à tout moment sur Twitter.

Roger Stone, l'ancien conseiller de Trump, Reagan et Bush, avait cette formule : "La politique est un divertissement : la seule chose pire que d'avoir tort, c'est d'être ennuyeux".

Derrière ces marionnettes assoiffées de pouvoir, des conseillers en communication, la chambre d’écho des réseaux sociaux, la nébuleuse des lobbys carbonés, au stade terminal de l’Homo Politicus...

Par Jacques Munier

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......