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Les Aventures de Tintin, Steven Spielberg

La presse sous influence?

4 min
À retrouver dans l'émission

Après être collectivement passée sous influence, la presse se découvre, jour après jour, sans influence.

Les Aventures de Tintin, Steven Spielberg
Les Aventures de Tintin, Steven Spielberg Crédits : Stephane Lartigue - Maxppp

La France est passée de la 38ème à la 45ème place au classement mondial sur la liberté de la presse publié chaque année par Reporters sans frontières

La faute notamment à la loi sur le renseignement adoptée l’an dernier dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Mais c’est surtout la prise de contrôle des médias par de grands industriels ou banquiers qui explique ce classement peu reluisant. L’hebdomadaire Le un ouvre aujourd’hui l’épineux dossier de l’indépendance de la presse. Les grands patrons ont investi dans les journaux pour s’acheter de la notoriété et de l’influence, « ce qui est bon pour les affaires et dans les rapports avec les politiques », rappelle Patrick Eveno. D’après l’historien, « la faible rentabilité de la presse, voire le déficit chronique de nombre de titres, résulte d’une longue histoire qui commence à la Libération » avec la restructuration du secteur destinée à promouvoir une presse indépendante mais qui « a créé des entreprises sans capitaux et sans gestionnaires, incapables d’affronter des coûts de production et de distribution excessifs, qui ont conduit à la crise des entreprises de presse dès les années 1970, lorsque la télévision est venue empiéter sur le marché de l’information. » Depuis, internet a aggravé la situation, avec la convergence des médias sur les mêmes supports : les journaux papier ont des sites où ils font aussi de la vidéo, télévisions et radios ont les leurs, où elles proposent des articles, et les pure players font tout ça à la fois. L’économiste Julia Cagé, auteur de Sauver les médias : capitalisme, financement participatif et démocratie (Seuil) rappelle que « dans la plupart des pays développés, un groupe industriel qui est sous contrat avec l’État n’a pas le droit de posséder un média. Normalement, Serge Dassault devrait choisir entre vendre des armes à l’État ou posséder Le Figaro. Idem pour Bouygues ou Bolloré » Quant aux aides à la presse, « la puissance publique devrait au moins poser deux conditions à leur attribution : la transparence de l’actionnariat et l’existence d’une charte éthique élaborée entre les patrons de presse, les représentants des journalistes et ceux de l’État ». Mais le plus grave tient sans doute, au-delà de la rupture du « cercle financier vertueux qui ne devait la lier qu’à ses lecteurs-acheteurs », au constat de Philippe Kieffer : la presse, tout comme les médias d’information, après être collectivement passée « sous influence », se découvre, jour après jour, sans influence.

C’est pourtant leur raison d’être, la contribution argumentée aux débats dans l’espace public

« Comment redonner de l’influence à la presse quotidienne ? » demande Cyril Lemieux dans un livre consacré au rôle de la sociologie face à l’actualité, publié sous le titre Sociographic (Lemieux éditeur). Le spécialiste des médias revient aux conceptions de Gabriel Tarde, le sociologue de L’opinion et la foule. Pour ce contemporain de Durkheim, « le propre des journaux tient à leur capacité à produire des publics », des gens qui ne se connaissent pas mais dont les opinions et les attentes sont rendues « convergentes par le journal qu’ils ont en commun de lire ». Ce qui ne revient pas forcément à penser la même chose, mais « à penser aux mêmes choses ». Et lorsqu’on pense aux mêmes choses en même temps, on forme un public : c’est là que réside l’influence du journal, et non dans un pouvoir de suggestion à l’égard duquel nous conservons notre liberté. D’autant qu’en regard les contraintes de la rationalisation économique ont réduit cette liberté au sein même des rédactions. C’est peut-être pourquoi, estime Cyril Lemieux dans un autre chapitre de son livre, la figure de Tintin, reporter de son métier, nous fait rêver. « Aucun compte à rendre à sa hiérarchie ; une autonomie complète pour déterminer ses mouvements et le rythme auquel produire ses articles ; et pour mener ses enquêtes, la jouissance d’une ligne de crédit apparemment sans limites. » Tintin se la coule douce !

Apparemment, il fait aussi rêver Pierre Michon… C’est dans la NRF

Je vous laisse les rêves de l’écrivain, et la « revanche passionnée sur l’enfant qui jadis s’est passionnément laissé prendre » pour évoquer « dans le même mouvement, comme un retour de cet enfant triomphant dans l’adulte ». Pour lui, « l’œuvre d’Hergé est un récit. Comme La recherche du temps perdu. Comme Les métamorphoses ou La divine comédie, comme le cycle de la Table ronde ». Et si tous les essais sur Tintin sont bons, c’est parce que « tout s’enclenche impeccablement, tout mord sur cette mécanique parfaite, psychanalyse, philosophie, anthropologie, sémiologie, politologie et sociologie »… La raison en est que Tintin « est le réel même ». Le sens, dont l’écrivain reconnaît ne pas savoir aujourd’hui encore ce qu’il est au juste, il dit l’avoir reconnu dès huit ans dans chaque vignette – le sens du récit, et le sens même de la vie, c’est pareil à cet âge – dans la clarté narrative où le sens entre d’un pas sûr, comme Tintin à la cour de Syldavie, dans Le sceptre d’Ottokar, pour aller droit au roi.

Par Jacques Munier

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