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Rentrée 2017

La querelle de l'enseignement

5 min
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Michel Lussault, le président du Conseil supérieur des programmes (CSP), annonce dans Le Monde sa démission.

Rentrée 2017
Rentrée 2017 Crédits : Alexandre MARCHI - Maxppp

Sur fond de désaccords avec le ministre de l'éducation, auquel il reproche d’ignorer délibérément le rôle de cette instance indépendante créée par la loi de refondation de l'école (2013), Michel Lussault laisse derrière lui un bilan marqué par la réécriture du " socle commun ", puis des programmes du primaire et du collège. « Le CSP a toujours eu deux credo – rappelle-t-il : le premier, que tout être humain est capable d'apprendre, notamment quand il est mis en confiance. Le second, que l'une des conditions pour apprendre efficacement, c'est la continuité des apprentissages, à travers une logique de cycles de trois ans », raison pour laquelle il est « très critique par rapport au caractère de " couperet " que le ministre donne au CP, comme si tout était joué à 6 ans, alors que cette classe est conçue comme un cours préparatoire pour la suite. » Dans sa Lettre politique, Laurent Joffrin estime qu’on nous rejoue là « une de ces polémiques éducatives dont la France est friande. Dans une chorégraphie bien réglée, les deux camps traditionnels ressortent les rapières de leur fourreau et font sonner buccins et trompettes. «Tradis» contre «pédagos» : Lussault a remis une pièce dans le bastringue. » La « déploration catastrophiste » des prophètes de malheur passe sous silence que « dans les classements internationaux, le système scolaire français se situe en milieu, devant celui des Etats-Unis par exemple ». Mais les « pédagos » ne peuvent se targuer d’avoir atteint leur objectif de rendre l’école moins inégalitaire : « malgré le collège unique et le bac pour 80% des élèves, l’égalité des chances a légèrement régressé ». Et le directeur de Libération rappelle que « c’est un ministre de droite, René Haby, qui a pris la décision fondamentale de créer le collège unique à partir de la sixième, que les conservateurs, sans le dire ou en le disant, voudraient abolir. » Le débat se poursuit dans Le Figaro, en pages Champs libres : Carole Barjon estime que la démission de Michel Lussault « est une victoire par KO de Jean-Michel Blanquer sur les pédagogistes ». L’auteure du livre polémique sur « les assassins de l’école » reconnaît toutefois que la faute ne leur incombe pas seulement : « il y a eu aussi la réduction des heures de français, l’étalement de l’apprentissage de la lecture, le manque de moyens ». Mais elle maintient : « le pédagogisme a certainement une responsabilité considérable ». Avec les effets conjugués de « l’importation de méthodes anglo-saxonnes d’éveil de l’enfant, qui insistaient sur l’attention portée à l’élève », « Mai 68, et la remise en cause globale de l’autorité et notamment celle du professeur. L’idée que l’épanouissement personnel de l’enfant était plus important que l’apprentissage de connaissances. » Et inévitablement Bourdieu, « qui a fait de l’école le lieu d’une violence symbolique, et du « capital culturel » un facteur d’inégalité ».

Finalement, la question fondamentale c’est « comment apprend-on ? »

C’est le sujet du grand dossier du mensuel Sciences Humaines. Stanislas Dehaene, notamment, explore « les architectures cérébrales qui sous-tendent les apprentissages scolaires ». Le psychologue cognitiviste, professeur au Collège de France, insiste sur le désir, et celui d’apprendre est dopé par la curiosité : « un circuit ancien dans l’évolution de notre espèce, le système dopaminergique, oriente notre cerveau vers les phénomènes qui sont à la fois nouveaux et accessibles à la compréhension. » Ce circuit émet alors un signal, « un flash de dopamine », neurotransmetteur qui contribue également à l’attention et à l’addiction… « Dans notre espèce, le désir d’apprendre est donc un besoin fondamental, comparable à celui de manger ou de boire. » D’où l’intérêt de développer des pédagogies qui stimulent « cette étincelle de curiosité, donc de plaisir » sans laquelle inculquer une compétence quelle qu’elle soit « donne de moindres résultats ». Le stress, en particulier, est un facteur aggravant « car la plasticité cérébrale diminue considérablement lorsque le cerveau est stressé ou puni ». C’est ainsi que les maths, calvaire des mauvais élèves, provoquent « un véritable syndrome d’anxiété », contreproductif parce qu’il « bloque l’apprentissage ».

La mémoire joue un rôle essentiel dans l’apprentissage

Dans le Hors-série du mensuel Books consacré au cerveau, David Profumo revient sur les techniques qui permettent de stocker de grosses quantités d’information et dont l’invention remonte à l’Antiquité. Il évoque le livre de Joshua Foer, Aventures au cœur de la mémoire, publié chez Robert Laffont, où il est à vrai dire peu question de l’hippocampe et du néocortex, mais bien davantage des aptitudes étonnantes de mémorisation et de la plasticité du cerveau dans les épreuves olympiques de l’athlétisme mental. « La technique principale est ici le palais de la mémoire, qui consiste à imaginer des structures spatiales où l’on peut délibérément stocker l’information en séquences, comme durant la visite virtuelle d’un bâtiment familier. » Une technique que les enfants de toutes les époques maîtrisent parfaitement dans le jeu…

Par Jacques Munier

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