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juin 2016 Manif contre la loi travail

La rentrée sociale

5 min
À retrouver dans l'émission

On nous promet une rentrée sociale agitée mais qui peut prévoir l’ampleur d’une mobilisation ?

juin 2016 Manif contre la loi travail
juin 2016 Manif contre la loi travail Crédits : Julien Mattia - AFP

« Le dernier grand mouvement de grève que la France a connu, en 1995, n’était absolument pas prévu et a surpris tout le monde », rappelle Marc Landré dans Le Figaro. Le discours de politique générale d’Alain Juppé, dans lequel il y avait trois lignes sur la réforme des régimes spéciaux de retraite, ne pouvait laisser prévoir les trois semaines de blocage qui ont suivi. Mais cette fois-ci, outre les ordonnances sur le droit du travail, le journaliste pointe la réduction des aides au logement : « Et il y a une catégorie, incontrôlable par nature, qui peut être à l’origine de l’étincelle qui provoquera l’embrasement général – rappelle-t-il. Cette catégorie, c’est la jeunesse, particulièrement sensible à toute évolution de ses conditions de vie et à qui on a dit que tous les étudiants allaient perdre 5 euros d’APL ou que des pré-requis – comprenez une forme de sélection à la fac – allaient être demandés pour l’entrée à l’université. » Que ce soit avec le projet loi Devaquet en 1986, qui voulait instaurer cette sélection, ou avec le CPE (contrat première embauche) en 2006, « ce sont toujours les étudiants, descendus en masse dans les rues et bloquant avec force et détermination les campus, qui ont fait reculer les exécutifs ». L’Humanité ouvre le débat sur la loi travail : Gérard Filoche souligne que le droit du travail « n’est pas un droit des entreprises » et qu’il « s’apparente à la Déclaration universelle des droits de l’homme », en ce qu’il instaure une relation équilibrée entre patron et salarié. C’est pourquoi il ne devrait pas être « traité boutique par boutique ou entreprise par entreprise, mais du point de vue du respect de l’humain ». « Avec les ordonnances – ajoute l’ex-inspecteur du travail – c’est le retour pour les salariés à une condition de subordination sans contrepartie ni la possibilité de faire valoir leurs droits. » Du coup, selon lui, nous revenons en deçà du modèle allemand, dont le salarié est « mieux protégé du licenciement, l’intérim est interdit dans le bâtiment, il y a des délégués à partir de cinq salariés… » C’est aussi l’angle adopté par Marie-Noëlle Lienemann : « Du modèle allemand, les ordonnances n’ont retenu que la précarisation ». Car ce modèle fondé sur la cogestion implique une forte légitimité de la représentation syndicale, jusque dans les conseils d’administration, « composés pour moitié de représentants des salariés, ces derniers ayant un réel pouvoir de veto ». La sénatrice PS souligne que « l’affaiblissement de la représentation du personnel réduit les soutiens collectifs ». Et Judith Krivine, du Syndicat des avocats de France, redoute « les risques d’une escalade de la violence dans l’entreprise et la société ». Car si le rapport de forces ne peut plus s’exercer dans un cadre juridique, il se construira ailleurs. Avec la fusion des instances représentatives, « les ordonnances vont réduire de facto les moyens financiers des représentants du personnel, baisser le nombre d’élus et donc d’heures de délégation, limiter leur accès aux experts et aux avocats, donc leur accès à l’information, élément indispensable à un dialogue social loyal. »

Le délitement des contre-pouvoirs dans l’entreprise avait commencé avec la généralisation du recours à la sous-traitance

Qui est une façon de reléguer dans les marges les activités à moindre valeur ajoutée, maintenance ou entretien, dévolues à la pression de la concurrence par le bas et aux cadences infernales. Une enquête approfondie de sociologie du travail détaille ses effets sur le travail et l’emploi dans le domaine ultrasensible de l’assistance aéroportuaire. S’y ajoutent en l’occurrence des considérations stratégiques de sécurité et de sûreté, en particulier à l’égard du risque terroriste. Fabien Brugère a passé des mois en immersion dans ce secteur libéralisé, qui augure de ce qui attend les salariés les moins protégés. « Les entreprises dominantes se recentrent sur les activités à forte valeur ajoutée (cœur de métier) tandis que les activités moins rentables sont projetées dans l’espace périphérique de la sous-traitance », résume le sociologue dans le livre publié chez Érès sous le titre La sous-traitance en piste. Dégradation des salaires, des statuts d’emploi et des conditions de travail, affaiblissement des solidarités professionnelles, sont les conséquences directes de cette division du travail qui résulte de la recherche effrénée de la rentabilité des compagnies aériennes pour leurs actionnaires. Dans Le Monde, Antoine Reverchon rend compte du livre de Rutger Bregman, paru au Seuil sous le titre Utopies réalistes. Après avoir continûment régressé dans le monde, la pauvreté refait surface dans nos sociétés avancées. « Pourquoi faudrait-il, au nom de la qualification, mieux rémunérer des traders dont les bulles spéculatives font disparaître des milliers d'emplois plutôt que les éboueurs, les enseignants et les infirmiers ? Pourquoi, à l'inverse du dogme de l'activation des allocations sociales, ne pas loger gratuitement les sans-abri et donner un revenu en cash aux pauvres, puisque cela revient moins cher que de traiter les conséquences de leur exclusion (drogue, prison, maladie) ? » demande-t-il. La question a au moins le mérite d’avoir été posée…

Par Jacques Munier

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