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La route des migrants

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Ce que révèle le sociologue des transmigrations Alain Tarrius dans les pages Idées du journal Libération, c’est que les exilés qui se massent aujourd’hui aux frontières de l’Europe empruntent les mêmes routes que ceux que certains chercheurs américains ont proposé de désigner comme « transmigrants », une notion renvoyant à une forme de nomadisme assumé de nature économique et marchande. Le sociologue avait étudié dans les années 80 à Marseille ce qu’il qualifiait alors de « comptoir commercial », une communauté d’Algériens ayant constitué un marché parallèle et substitutif pour une Algérie en mal d’importations. Plus tard ces échanges économiques ont été assurés par des Marocains circulant grâce à un visa touristique de pays pauvres en banlieues pauvres des pays riches en fournissant des produits hors-taxes. C’est l’économie informelle du poor to poor , une version low cost du peer to peer… « La vente n’est pas communautaire au sens d’entité culturelle, elle l’est au sens social : c’est une vente entre pauvres » précise Alain Tarrius, qui ajoute « La mondialisation réorganise de nouvelles centralités cosmopolites, qui ne sont plus celles de l’Etat-nation. Ainsi, les familles immigrées, marocaines ou turques, deviennent en Europe des familles transnationales réunies par de multiples mobilités qui peuvent suggérer les contours de peuples sans nation. » Car au cours de leur périple il arrive que certains d’entre ces nomades se fixent à la faveur d’une rencontre avec une compagne sédentaire et servent ainsi de relais pour d’autres « transmigrants ». Ce que le sociologue a pu observer, c’est que cette « mondialisation par le bas » emprunte des trajectoires historiquement balisées comme « les fameuses « routes des Sultans » qui partent de l’Est iranien, et correspondent à d’anciennes liaisons de l’Empire ottoman », croisant ainsi des populations musulmanes balkaniques comme les Pomaks, pour écouler une partie de leur marchandise et de là, à travers différents pays d’Europe de l’Ouest, jusqu’à l’Andalousie, faisant alors la jonction avec la route du sud, fréquentée, elle, par les Marocains. Or ce sont ces mêmes routes, d’est en ouest et du sud vers le nord qu’empruntent tous ceux qui aujourd’hui fuient la guerre ou la pauvreté.

Les pages Débats du journal L’Humanité évoquent également la mortelle randonnée des migrants

Par la voix d’Étienne Balibar qui dénonce l’impuissance coupable de l’Europe face au drame humanitaire. « Devant cette catastrophe dont elle est elle-même en partie responsable – je cite – l’Union européenne s’avère incapable de surmonter ses dissensions et de neutraliser le chantage des mouvements xénophobes… L’impression générale est celle d’une impasse de la construction européenne en tant que projet bénéficiant à ses populations et contribuant à l’amélioration de l’état du monde. » Le philosophe, qui affirme que son point de vue n’est pas tant « européiste » que « résolument anti-souverainiste », estime qu’il y a dans cette tragédie ainsi que dans la crise grecque les conditions négatives, les contradictions permettant de dégager l’horizon d’une alternative à l’Europe néolibérale. C’est le sens également de la tribune dans ces pages du sociologue Albert Ogien qui considère que la crise de la dette grecque et la victoire de Syriza augurent d’un « changement des rapports gouvernants/gouvernés ». L’Humanité qui cite par ailleurs ce chiffre effarant donné par l’économiste Joseph Stiglitz : 85, c’est le nombre de milliardaires suffisants pour remplir un autobus et contenir « une fortune équivalente à celle de la moitié la plus pauvre de la population du globe ».

L’économie est au centre des pages Débats de L’Obs : c’est le grand entretien avec Daniel Cohen qui estime que nous devons apprendre à vivre sans croissance et elle s’insinue jusque dans l’intimité des couples avec les propos d’Aldo Naouri dans l’hebdomadaire Le Point. Le pédiatre publie chez Odile Jacob un ouvrage sur les couples et l’argent. « Ma mère m’a souvent raconté qu’elle profitait du sommeil de mon père pour lui faire les poches » se rappelle-t-il. On ne saura jamais si c’était seulement pour détourner quelque ressource d’un mari impécunieux.

Jacques Munier

Cliquez et survolez les pays et les routes dans la carte pour obtenir des informations précises.

Pour en savoir plus, découvrez notre dossier sur les migrations en Europe :

Migrants, réfugiés, demandeurs d'asile en Europe, une série en 3 volets : - 1er chapitre : état des lieux, les chiffres et les mots (publié le 28 août) - 2e chapitre : les réponses politiques de l'Europe (publié le 1er septembre) - 3e chapitre : mises en perspectives des flux actuels dans l'espace et le temps (à venir)

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