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Jennifer Doudna, Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de chimie 2020

La science ouverte

5 min
À retrouver dans l'émission

Nous saurons aujourd’hui quelles sont les nouvelles mesures contre la pandémie, décidées hier lors d’un conseil de défense sanitaire suite à l’avis rendu par le conseil scientifique.

Jennifer Doudna, Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de chimie 2020
Jennifer Doudna, Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de chimie 2020 Crédits : Getty

C’est en principe dans le bon ordre : les décisions politiques sont prises à la suite des avis documentés du conseil scientifique. Le problème c’est que ce conseil ne fait pas l’unanimité dans le monde scientifique et que ses avis n’ont pas toujours été suivis par l’exécutif. C’est ce que montre Antonio Fischetti dans Charlie Hebdo en rappelant la tribune de 35 chercheurs et médecins publiée dans Le Parisien en septembre dernier.

La science a pour condition sine qua non la transparence, le pluralisme, le débat contradictoire, la connaissance précise des données et l’absence de conflits d’intérêt.

Or, selon les signataires, le conseil scientifique Covid-19 ne respecte pas l’ensemble de ces critères. Leurs membres sont nommés par cooptation, alors qu’un choix collégial aurait été plus légitime - chaque discipline scientifique désignant un représentant - estime Pierre-Henri Gouyon, professeur de biologie au Museum national d’histoire naturelle et l’un des signataires de la tribune. Quant aux décisions censées s’inspirer des avis scientifiques, il rappelle la « cacophonie des masques », le gouvernement les jugeant inutiles au début pour la simple et bonne raison qu’il n’en disposait pas. Jean-Michel Claverie, professeur d’immunologie, déplore qu’il n’y ait « aucun spécialiste du coronavirus dans le conseil scientifique. Ce sont plus des responsables administratifs que de vrais chercheurs ». Lui aussi dénonce l’incohérence de certaines décisions : « On dit qu’il n’y a pas de contamination dans les transports en commun alors que ça n’a pas été étudié. » Bref, il y a loin de la vérité scientifique à « la communication politique au jour le jour ».

Ciseaux moléculaires

La science est une œuvre collective. Le vaccin anti-Covid a été développé en un temps record grâce à la collaboration de plusieurs laboratoires et il est le fruit d’une technique révolutionnaire - l’ARN messager - rendue possible par la formidable avancée que constitue le séquençage complet du génome humain réalisé en 2003. L’hebdomadaire Le 1, revient sur un autre développement récent de cette connaissance : les fameux « ciseaux moléculaires » découverts par Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, lauréates du prix Nobel de chimie 2020. CRISPR-Cas9 est le nom scientifique, on pourra désormais « cibler, couper, déplacer et remplacer des gènes ou des fragments de gènes dans chacune de nos cellules ». Ce qui ouvre des perspectives inouïes en médecine pour soigner les maladies chroniques dégénératives type Alzheimer et, comme l’explique le biologiste Pierre Corvol, ancien président de l’Académie des sciences, mettre au point une médecine prédictive permettant d’individualiser le traitement de chaque patient.

Avec CRISPR-Cas9, nous sommes passés de l’observation du génome, qui permet le diagnostic d’une maladie affectant un gène, à la possibilité d’intervention sur ce dernier.

Des applications sont également envisageables en agriculture - et rien à voir avec les OGM. On pourra ainsi  restituer à des plantes la résistance à la sécheresse, à la chaleur ou à des champignons, qu’elles ont perdue à la suite de dérives génétiques. Jennifer Doudna, l’une des nobélisées, évoque aussi les capacités de l’outil pour diagnostiquer le coronavirus. Et elle insiste sur la nécessaire transparence quant à l’utilisation de cette technique, les scientifiques devant s’impliquer dans le débat public. Manon Paulic retrace le parcours de l’autre lauréate, Emmanuelle Charpentier. C’est « un peu par hasard, en étudiant de près le système de défense d’une bactérie contre des attaques virales, qu’elle identifie une molécule capable de découper l’ADN ».

Un bien commun

Une histoire qui plairait à Bruno Latour, à la une de L’Obs aujourd’hui. Le sociologue et philosophe des sciences avait mené l’enquête dans un laboratoire de neuroendocrinologie, à San Diego, en Californie, avec cette question : comment se fait la science ? Son premier livre, La Vie de laboratoire (1979), décrit « des bureaux, des paillasses, des chercheurs qui discutent à la machine à café, des dossiers de subventions et des tableaux de résultats : loin du génie solitaire, la science est faite d’un nombre incalculable d’acteurs de tous types ». Son prochain livre, qui sort à La Découverte sous le titre Où suis-je ? est une méditation sur le confinement à partir de La Métamorphose de Kafka, où le jeune Gregor est transformé au réveil en monstrueux cloporte, incapable de bouger mais doué de sentiments que personne ne peut entendre. Dès le début, le lien entre la crise sanitaire et la crise écologique lui est apparu comme une évidence. Reste à penser et faire agir cette évidence.

Nous, les modernes, espérons toujours recommencer la vie d’hier.

Par Jacques Munier

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