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La société civile

5 min
À retrouver dans l'émission

À l’approche des élections législatives, la recomposition du paysage politique inspire de nombreux commentaires

Dans Le Monde, Chantal Mouffe voit dans le phénomène Macron le « stade suprême de la post-politique » et elle estime « assez paradoxal de présenter comme remède à la profonde crise de représentation qui affecte les démocraties occidentales précisément le type de politique qui est à l'origine même de cette crise. Car celle-ci résulte de l'adoption, dans la plupart des pays européens, de la stratégie de la troisième voie théorisée en Grande-Bretagne par le sociologue Anthony Giddens et pratiquée par le New Labour de Tony Blair. » Pour la philosophe, le dépassement du clivage gauche-droite serait la conséquence ultime du « There Is No Alternative de Margaret Thatcher, la conviction qu'il n'y avait pas d'alternative à la mondialisation néolibérale ». Et le consensus au centre priverait les citoyens de la possibilité d’un choix entre des projets différents. C’est cette absence d’alternative qui serait à l’origine de nos problèmes, soit « le discrédit des institutions démocratiques, la montée de l'abstention et le succès croissant des partis populistes de droite ». Une dérive fatale également pour la social-démocratie, « en crise presque partout en Europe ». C’est pourquoi le soulagement éprouvé à l’issue du deuxième tour de la présidentielle ne doit pas faire oublier que les causes de la présence du Front national aux portes du pouvoir n’ont pas disparu pour autant, prévient Frédéric Worms dans les pages idées de Libération. Mais plutôt que de remettre en selle la lutte des classes, ou – comme Chantal Mouffe – l'opposition entre la droite et la gauche qui donne « forme à la division de la société » et à la « tension entre les idéaux d'égalité et de liberté », le philosophe en appelle à la consolidation de l’idéal européen : « ravivons ce sentiment politique de l’Europe sur lequel il ne faut rien céder, car ce n’est pas une "ouverture" vague, mais une résistance permanente contre les replis de la peur ». À droite, la division et l’implosion prévisible du parti LR ne serait pas imputable au seul Macron, selon Gilles Richard. L’historien rappelle sur le site Figarovox le rôle de Nicolas Sarkozy, dont la stratégie imposée à l'UMP « prétendait marier l'eau et le feu, rallier une large fraction de l'électorat frontiste par une politique se réclamant de «l'identité nationale», tout en poursuivant une politique néolibérale en matière économique, sociale et européenne ». D’où une polarisation accélérée dans le contexte actuel « entre deux familles, très anciennement installées dans le paysage politique français ». D’un côté « les libéraux, désormais néolibéraux, qui ont définitivement absorbé les vestiges de la famille démocrate-chrétienne (Bayrou) et une fraction des gaullistes », et dont certains ont déjà rejoint En marche, d'autres envisageant de le faire après les législatives. Et à l’autre bord, les nationalistes, dont le FN a déjà capté l'électorat résiduel du Mouvement de la ruralité et l'autre fraction des gaullistes (Debout la France). Une chose est sûre à l’issue des législatives : « LR devra se reconfigurer en profondeur et, sans aucun doute, sur une base très réduite par rapport à aujourd'hui ».

L’autre thème émergent depuis le début de la séquence politique que nous vivons, c’est celui de la « société civile »

C’est le sujet de la table ronde dans L’Humanité des débats. Gautier Pirotte en souligne le « contenu finalement assez vague ». Quoi de commun entre Nuit Debout et En Marche ? Entre l’engagement associatif sur le terrain syndical, féministe, écologiste, antiraciste ou pour le droit au logement et les jeunes élites rassemblées autour de Macron – ajoute Jacques Bidet, qui rappelle que le terme désignait, dans la tradition libérale, la sphère des rapports privés, capitalistes, par opposition à la sphère étatique. Pour Catherine Colliot-Thélène, l’invocation de la « société civile » revient aussi à « neutraliser l’expression de la division sociale, c’est-à-dire de la réalité de la société civile ». Et la philosophe y voit plutôt « le symptôme d’un malaise de la représentation démocratique ». Les Echos ont tiré le portrait-robot des 526 candidats investis par En marche et bien partis pour se tailler une place de choix sur les bancs du Palais-Bourbon. « Si le renouvellement des personnalités est réel, la sociologie globale de la liste est plus classique qu’on ne le croit. » La plupart des candidats affichent déjà une certaine expérience de la politique, même ceux de la société civile. Autre caractéristique, la liste penche plus à gauche qu’on ne le dit. Très peu de candidats LR, quelques apparentés à droite, mais 98 d’entre eux « ayant déjà défendu les couleurs du PS par le passé, ce qui en fait le premier parti représenté ». Après le « coup de gueule » de François Bayrou, « le centre occupe aussi une place de choix ». Les fonctionnaires forment la catégorie la plus représentée à côté des entrepreneurs. Et « contrairement à l’image d’un « président du CAC 40 » véhiculée par ses détracteurs, les chefs d’entreprise investis par le parti d’Emmanuel Macron sont essentiellement à la tête de petites entreprises. »

Par Jacques Munier

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