LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Une enquête modeste sur la nature de la sorcellerie, 1697

La vérité occulte

5 min
À retrouver dans l'émission

Selon une enquête Ipsos, la France est le pays le plus réticent face au vaccin anti-Covid, avec 59% seulement de personnes favorables, contre 74% au niveau mondial. 20% des Français y seraient même farouchement opposés.

Une enquête modeste sur la nature de la sorcellerie, 1697
Une enquête modeste sur la nature de la sorcellerie, 1697 Crédits : Getty

La crainte d'effets secondaires, les doutes quant à l'efficacité du vaccin, ou face à la menace de contagion elle-même, l’opposition de principe enfin, sont les raisons invoquées. Il faut dire que l’attitude des laboratoires, qui semblent cultiver l’opacité, et tardent à rendre publiques des données scientifiques exhaustives, n’incite pas à l’adhésion spontanée. Mardi, le vaccin développé par AstraZeneca et l’université d’Oxford est le premier à avoir vu ses résultats d’efficacité validés par une revue scientifique, The Lancet, indique Le Monde. Même s’il est vrai que les vaccins ont été réalisés en pleine pandémie dans un temps record, des données cruciales comme leur efficacité chez les personnes âgées ou présentant des comorbidités, la durée de la protection, manquent encore. Pour Els Torreele, chercheuse en santé publique, les gouvernements ont manqué l’occasion d’exiger des sociétés pharmaceutiques ces informations essentielles à la mise en œuvre d’une stratégie sanitaire, « alors même qu’ils ont préacheté des doses de vaccins et auraient pu leur mettre la pression ».

La vérité « est ailleurs » 

Tout cela ne favorise pas la confiance, déjà bien atteinte chez nos concitoyens, envers les institutions, le système de santé et même la science. Ce qui explique sans doute en grande partie l’engouement qui se développe pour les parasciences, comme la voyance, la sorcellerie ou l’astrologie, dans un contexte d’expansion des théories complotistes. Louise Jussian a décortiqué pour la Fondation Jean Jaurès les résultats d’un sondage récent de l’Ifop pour Femme actuelle : une majorité de Français (58 %) déclarent croire à au moins l’une de ces parasciences : l’astrologie (41 %), les lignes de la main (29 %), la sorcellerie (28 %), la voyance (26 %), la numérologie (26 %) ou la cartomancie (23 %). Un phénomène en hausse continue depuis au moins une vingtaine d’années. Résultat : aujourd’hui, 40 % des moins de 35 ans croient en la sorcellerie contre 25 % des plus de 35 ans. L’analyste évoque une enquête de 2017 réalisée par la Fondation Jean-Jaurès, Conspiracy Watch et l’Ifop, qui montrait que la proportion de personnes adhérant à la thèse d’une collusion entre le ministère de la Santé et l’industrie pharmaceutique sur la nocivité des vaccins était nettement plus élevée chez les adeptes des horoscopes : 73 % contre 51 % chez les Français ne consultant jamais leur horoscope. Et elle met en lumière la corrélation entre la croyance dans ces pratiques et l’adhésion aux visions complotistes du monde, suggérant « l’hypothèse d’un raisonnement psychologique commun aux parasciences et à certaines théories complotistes autour de l’idée que « la vérité est ailleurs » (slogan de la célèbre série X-Files) ».

Ne sachant jamais quelle vérité est la bonne, croire aux complots ou à la définition de son caractère par les astres réduit le coût de la recherche et de la réflexion, tout en apportant des clés de lecture rassurantes dans un environnement sociétal de plus en plus anxiogène.

Les fêlées du chaudron

Un phénomène évidemment amplifié par la crise sanitaire, qui exacerbe l’opposition entre une vérité scientifique complexe et un récit alternatif facile d’accès. Pour Charlie Hebdo, Laure Daussy et Lorraine Redaud ont mené l’enquête sur le retour en grâce de la figure de la sorcière dans certains milieux féministes, illustré par le succès de livres comme celui de Mona Chollet - Sorcières, La puissance invaincue des femmes (La Découverte) - qui a dépassé les 250 000 exemplaires. Ou les 500 000 abonnés à certains comptes méphistophéliques sur les réseaux sociaux. Rien à voir, ou si peu, avec les manifs du MLF qui scandaient « Giroud, t’es foutue, les sorcières sont dans la rue ! » à l’adresse de la première et giscardienne secrétaire d’État chargée de la condition féminine, Françoise Giroud. Aujourd’hui, la sorcière est un produit d’appel, tendance « bave de crapaud » en concoction avec amulettes et tarot divinatoire. Les magazines féminins emboîtent le pas au trepin* endiablé. Et gare à vous ! RTL, la première radio de France, ne parle plus que de « spiritualité » à ce sujet, reléguant les mots tabous « paranormal » ou « occultisme ». C’est qu’il s’en passe des choses dans cet univers parallèle. Des « bébés sorcières » du réseau TikTok ont osé jeter un sort à la lune, on ne sait pourquoi. Mal leur en a pris : s’attaquer à la lune, c’est comme blasphémer chez les sorcières. Réactions indignées sur les réseaux, « criant au manque de respect pour la Lune » !

Par Jacques Munier

* de l'ancien français treper, frapper du pied, sauter, danser.

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......