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Alexandra Ocasio-Cortez, 22/08/2020

La voie de l’Amérique

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L’ex-président américain a donc été acquitté samedi à l’issue de son second procès en destitution.

Alexandra Ocasio-Cortez, 22/08/2020
Alexandra Ocasio-Cortez, 22/08/2020 Crédits : Tom Williams - Getty

Cinquante-sept élus se sont prononcés en faveur de la culpabilité de l’ancien président, il en fallait soixante-sept pour le condamner. Mais Gilles Paris souligne dans Le Monde que « sept élus conservateurs ont jugé Donald Trump coupable d’incitation à l’insurrection, le plus grand nombre jamais enregistré de membres du même parti que le président incriminé ».

Au lieu de consacrer un Grand Old Party rassemblé autour de son chef, l’acquittement du 13 février a, au contraire, mis en évidence sa fracture. Et il fait peu de doute que la division aurait été bien plus profonde encore, si les sénateurs républicains avaient pu s’exprimer à bulletin secret.

Le correspondant à Washington ajoute que « la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le format de celle du 11-Septembre pourrait s’avérer dévastatrice pour l’ancien président » d’autant que « la justice ordinaire pourrait également se mêler de la partie, ajoutant une nouvelle procédure à celles qui pèsent déjà sur Donald Trump ». Lequel a promis dans un communiqué de partager « dans les mois à venir beaucoup de choses » avec ses fidèles. Alors qu’il menaçait de se maintenir à la Maison Blanche, le site BuzzFeed révèle qu’il préparait sa reconversion professionnelle. Philippe Coste évoque dans Courrier international des documents prouvant que le président sortant négociait un deal avec les dirigeants du réseau social Parler » qui lorgnaient ses quelques 150 millions de followers. 

Ces derniers lui proposaient 40% des parts du site ; en échange, Trump s’engageait à y publier ses messages en exclusivité et à attendre quatre heures avant de les rediffuser sur Twitter ou sur Facebook.

Mais les avocats de la Maison-Blanche lui ont rappelé qu’il était toujours en poste « et que ce deal enfreignait toutes les règles ». Là-dessus, en raison de son rôle dans l’assaut du Capitole, Parler a été exclu des applications d’Apple et Google. Mais il est fort possible que l’ancien président trouve « un nouveau porte-voix pour sa revanche politique » après son procès pour impeachment.

Le moment Jeffersonien

« Même si le vote final n’a pas abouti à une condamnation, le fond de l’accusation n’est pas contesté », a déclaré Joe Biden. Dans Les Échos, Dominique Moïsi relève que le nouveau président a promu dans le bureau ovale le portrait de Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis et l’auteur de la phrase citée lors de son discours d’investiture : « Nous guiderons le monde, pas par l’exemple de notre pouvoir, mais par le pouvoir de notre exemple. » Même s’il entend donner, comme Obama, « la priorité à l’agenda intérieur, il sait qu’après quatre années de Donald Trump, il doit aussi restaurer l’image de l’Amérique dans le monde ». Ce sera son dilemme constant, à l’heure où l’épidémie de Covid-19 a fait en Amérique davantage de victimes que la seconde guerre mondiale, sans compter les conséquences sur l’économie et la société. Mais tout est lié, selon Thomas Gomart, le directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), qui souligne dans le magazine Society que la pandémie « a accéléré les tendances déjà à l’œuvre dans les relations internationales : montée en puissance de la Chine, perte de l’autorité morale américaine, explosion des géants du numérique ». À ce sujet, en comparant les chiffres de la capitalisation boursière des sept majors du numérique aux six plus grandes entreprises de l’énergie, il observe que nous sommes « en train de passer d’une économie politique fondamentalement basée sur le pétrole et le gaz à une économie politique basée sur la donnée ». Et que si Joe Biden a envoyé « des signaux pour une plus forte régulation », il « a bénéficié du soutien financier de la Silicon Valley ».

Une image claire des divisions profondes qui traversent la société américaine est donnée par les catholiques. Dans la revue Études, Blandine Chelini-Pont analyse leur attitude partagée entre différents courants, des RadCaths idolâtres de Trump aux tenants d’un catholicisme social et ouvert qui ont voté démocrate aux dernières élections. On est loin des 80% qui votaient pour Kennedy, même si les catholiques non-blancs continuent de voter démocrate à plus de 70%. Cette fois-ci, c’est l’ordre des priorités qui s’est imposé, contrebalançant les thèmes traditionnels de l’avortement ou du mariage gay : l’accueil des migrants et des réfugiés, le souci du bien commun en matière de santé, de redistribution, d’éducation... Peut-être aussi le témoignage d’une icône de la gauche démocrate comme Alexandra Ocasio-Cortez, qui dit puiser son engagement dans sa foi catholique.

Par Jacques Munier

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