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La voie européenne

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Face au Brexit, aux attaques de Trump et à l’agressivité de Poutine, nombreux sont ceux qui en appellent à la consolidation de l’Europe.

Pascal Lamy constate dans Le Point que si le bilan de la mondialisation est contrasté, l’interdépendance économique des nations a évité des conflits. L’ancien commissaire européen et ex-directeur général de l’OMC en veut pour preuve la superposition « des cartes de l’OMC, qui traitent des échanges commerciaux, et celles du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, qui montrent les zones où sont localisés les conflits. Ces deux cartes se répondent parfaitement : les zones de conflit apparaissent dans les endroits le plus à l’écart des flux économiques transnationaux. » En resserrant la focale, il plaide pour une intégration accrue de l’Europe mais reconnaît que le récit, « le narratif sur lequel reposait le projet européen est obsolète. Il n’alimente plus cette formidable entreprise conclue après la guerre et contre les guerres. » Pour autant, dans le monde qui vient, les européens doivent être en mesure d’écrire leur chapitre et réaffirmer leur projet et surtout leurs valeurs : « Nous n’avons pas à en être honteux, ce sont celles dont ce monde en crise a besoin. » Encore faut-il y réhabiliter la politique. C’est ce que pensent trois économistes dans une tribune du Monde. Yanis Varoufakis, Ulf Clerwall et Thomas Porcher estiment que « la gauche française doit s'allier pour l'avenir de l'Europe » de manière à « mettre un terme aux politiques d'austérité et empêcher l'extrême droite de briser le projet européen ». Ils plaident pour une candidature unique de la gauche « à l'élection présidentielle pour espérer l'emporter et amorcer ce changement ». Car celle-ci « sera décisive pour l'avenir de l'Europe. En fonction du résultat, trois choix s'offrent à la France : une validation de la dynamique d’austérité; une sortie brutale de l'Union européenne, sous la forme d'un " Frexit " ; ou un nouveau projet européen, prenant idéalement la forme d'un " new deal " institutionnel, social et écologique ». Selon eux, la « deuxième puissance de la zone euro, a les moyens de faire bouger les lignes et de faire primer l'urgence sociale et écologique sur les règles budgétaires strictes de la Commission. Surtout si elle propose à d'autres pays – notamment la Grèce, l'Italie, l'Espagne et le Portugal – de la rejoindre dans ce nouveau projet ». Citoyens européens, indignez-vous ! lance à point nommé Boris Grésillon dans L’Humanité. Puisque les lobbies « sont désormais les seuls interlocuteurs des politiques européens, pourquoi ne pas ne pas créer un lobby des citoyens européens à Bruxelles, loin de tout populisme ? » suggère le géographe, qui estime que l’Europe est restée muette « face à l’annexion de la Crimée par la Russie, ainsi que la partition de fait de l’Ukraine » ou « le règlement du conflit syrien dans le sang par les trois dictateur Bachar Al Assad, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan ».

« Et si les attaques de Trump réveillaient l’Europe ? » se demande Gabriel Grésillon dans Les Echos.

Pour le président américain, L’Union européenne n’est qu’un « club qui ne manquera pas de se déliter et qui sert les intérêts de l’Allemagne ». Son conseiller au commerce estime que celle-ci profite « d’un euro largement sous-évalué pour exploiter ses partenaires ». Sur l’avenir de la zone euro, Ted Malloch, le probable futur ambassadeur des Etats-Unis à Bruxelles, « verrait bien la monnaie unique disparaître d’ici dix-huit mois. Et il envisage avec entrain un job à Bruxelles : « J’ai déjà eu des postes diplomatiques dans le passé qui m’ont permis d’aider à abattre l’Union soviétique. Alors peut-être qu’une autre Union a aussi besoin d’être domptée. »

Dans ces pages idées & débats du quotidien économique Eric Le Boucher dénonce la proposition du Front national de revenir au franc

Marine Le Pen veut soi-disant « rendre la parole au peuple ». Mais sur l’euro, le peuple français est pour à 68 %. « L’euro est une monnaie enfin stable, qui assure la valeur du patrimoine et de l’épargne des Français. Que pèserait aujourd’hui le petit franc face au gros dollar de Trump ? » Pourtant, si l’euro reste populaire, l’Europe est devenue impopulaire. « Nous nous sommes mis dans le piège souverainiste – observe l’éditorialiste : le statu quo est « intenable » et il faut plus que jamais relancer l’intégration », ce qu’empêche le climat eurosceptique. Dans Le Figaro, Jean-Pierre Robin évoque l’une des conséquences de la campagne présidentielle : la montée des taux sur les emprunts d’État français à 10 ans, qui « tient à la quasi-certitude de voir Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, et peut-être à l’Élysée au soir du 6 mai. C’est l’obsession des milieux financiers anglo-saxons depuis la victoire de Donald Trump. Jamais deux sans trois votes populistes, après le Brexit et Trump. » À noter que c’est déjà la fin de la lune de miel entre Trump et les marchés, même sur ce front pourtant peu hostile, « l’inconsistance » de sa politique économique et sa délicatesse d’éléphant font peur.

Par Jacques Munier

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