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Meeting en faveur de Jeremy Corbyn, 27 juin

La voix des peuples

4 min
À retrouver dans l'émission

Du Figaro à Libération on vole au secours du peuple dont la voix serait dépréciée, déconsidérée pour son rejet de l’Union Européenne

Meeting en faveur de Jeremy Corbyn, 27 juin
Meeting en faveur de Jeremy Corbyn, 27 juin Crédits : MATRIXPICTURES.CO.UK - Maxppp

Car même Boris Johnson est dans la retenue, qui « joue profil bas après la victoire du camp du « leave ». Le Monde.fr évoque sa prudence et ses manœuvres, relevant qu’« il a enfin brisé, dimanche 26 juin, deux jours de silence médiatique en réaffirmant, dans le quotidien The Telegraph, que « le Royaume-Uni fera toujours partie de l’Europe », décrivant sa future stratégie de Brexit a minima ». Dans les pages Champs libres du Figaro Guillaume Perrault prête sa plume aux « affreux, sales et méchants Britanniques pro-Brexit ». « Certains ont suggéré de retirer le droit de vote aux personnes âgées, coupables d’avoir voté massivement pour le retrait de la Grande-Bretagne au détriment de la jeunesse » dénonce-t-il non sans rappeler que « ce ne sont pas 75% des jeunes Britanniques qui ont voté contre le Brexit, mais 75% des votants de cette classe d’âge où l’abstention a approché les deux tiers. Seule une minorité des 18-24 ans a donc voté en faveur de l’Union ». « Ukip a imposé l’immigration comme le thème majeur de la campagne, sans être, il est vrai, retenu par le moindre souci de rigueur. Mais une des causes de son succès tient à ce que, pendant quarante ans, conservateurs et travaillistes ont paru mener des politiques perçues comme analogues en matière d’immigration » dans le cadre commun du « multiculturalisme » ajoute l’éditorialiste. On peut aussi espérer qu’à l’avenir les politiques extrémistes useront avec plus de modération des arguments apocalyptiques car en matière de conséquences le retour de bâton boursier pourrait s’avérer plus sévère que la menace identitaire.

La question du temps accordé au processus de séparation et à son déclenchement fait elle-même débat

Alors que les institutions européennes et la France sont favorables à un règlement rapide, l’Allemagne préfère temporiser. Angela Merkel affirme « comprendre » que le gouvernement britannique ait besoin de temps pour formaliser sa demande de sortie et dans les pages débats de La Croix Henrik Uterwedde, de l’Institut franco-allemand de Ludwisburg, estime qu’il faut ménager ce pays qui restera un grand partenaire, et qui – je cite « a beaucoup apporté à l’UE en termes de sécurité, de libéralisme ». « Le plus vraisemblable, au terme d’une période de tensions, dont l’issue ne sera pas tant déterminée par les opinions publiques que par les fluctuations des marchés financiers – prévient Étienne Balibar dans Libération – c’est qu’on aboutira à la fabrication d’une nouvelle géométrie du «système» des Etats européens, dans lequel l’appartenance formelle à l’Union européenne sera toujours compensée par d’autres structures: l’eurozone, mais aussi l’Otan, le système de sécurité aux frontières qui succédera à Schengen, et une «zone de libre-échange» à définir en fonction des rapports de force économiques ». Le philosophe en veut pour preuve la comparaison entre le Grexit et le Brexit : « la faiblesse de la Grèce, abandonnée par tous ceux qui, logiquement, auraient dû soutenir ses revendications, a mené à un régime d’exclusion intérieure ; la force relative du Royaume-Uni (qui peut compter sur de solides appuis dans l’UE) conduira sans doute à une forme accentuée d’inclusion extérieure »… Mais dans tous les cas « comment ne pas rappeler que, dans l’histoire récente de la politique européenne, les référendums nationaux ou transnationaux ne sont jamais mis en application? Ce fut le cas en 2005 et en 2008 à propos de la «Constitution européenne» et du traité de Lisbonne, plus encore évidemment en 2015 à propos du mémorandum imposé à la Grèce. Il en sera très probablement de même cette fois-ci. La classe dirigeante britannique, par-delà les conflits de personnes qui l’ont divisée tactiquement, est à la manœuvre pour retarder l’échéance et négocier au mieux les termes de la «sortie». Partir tout en gardant les avantages ? titre le quotidien… Jouer la montre ? Revoter ? Les stratégies de contournement du référendum britannique se multiplient à Londres. Mais ce que révèle le vote populaire va demeurer si l’on n’y prend garde : « La crise de légitimité, le retour du nationalisme, la tendance à projeter le malaise social et culturel sur un «ennemi de l’intérieur» ciblé par des partis xénophobes et islamophobes, se sont développés partout – conclut Etienne Balibar. La crise grecque a été utilisée par des gouvernements acquis à l’austérité sociale pour faire de la dette publique le fantasme des contribuables. La crise des réfugiés a été amalgamée avec les questions de sécurité. En clair, ce qui se manifeste outre-Manche comme «séparatisme» se traduit partout en Europe comme tendance à l’éclatement des sociétés, aggravation de leurs fractures internes et externes. »

Par Jacques Munier

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