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Donald Trump lors d'un discours au mois de janvier 2017

L'Amérique qui vient

5 min
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Un débat prend de l’ampleur aux États-Unis pour savoir si le régime de Trump peut être qualifié de fasciste.

Donald Trump lors d'un discours au mois de janvier 2017
Donald Trump lors d'un discours au mois de janvier 2017 Crédits : BRENDAN SMIALOWSKI - AFP

Et Le Monde s’en fait l’écho avec les contributions de deux historiens : Robert O. Paxton et Timothy Snyder, ce dernier insistant sur le prétexte de la menace terroriste – en l’occurrence l’incendie du Reichstag – pour mettre fin à l’état de droit en Allemagne. L’historien de l’Europe centrale rappelle que la Russie fournit un bon exemple de l’instrumentalisation de cette menace sous le règne de Vladimir Poutine : quand il est nommé chef du gouvernement en août 1999, cet ancien officier du KGB n'est alors crédité que de 2 % d'intentions de vote à la présidentielle. « Un mois plus tard, des bombes explosent dans des immeubles d'habitation à Moscou et dans d'autres villes russes, faisant plusieurs centaines de morts et semant partout la terreur. De nombreux éléments laissent penser à une opération du FSB, successeur du KGB ; certains de ses officiers sont pris la main dans le sac par leurs collègues, mais ne sont pas poursuivis. Un parlementaire russe a même annoncé l'une de ces attaques " terroristes " plusieurs jours avant que la bombe n'explose. Mais Poutine accuse les terroristes musulmans, lance une guerre en Tchétchénie et devient populaire. » En inventant des attentats qui n’ont pas eu lieu pour justifier sa politique anti-immigrés, le président américain emboîte le pas aux dictateurs qui, comme Assad ou Erdogan, se servent du « terrorisme » pour suspendre les libertés publiques et asseoir leur pouvoir absolu. Mais Robert O. Paxton, quant à lui, estime que Trump est davantage un ploutocrate qu’un idéologue fasciste, même s’il « reprend plusieurs motifs typiquement fascistes : déploration du déclin national imputé aux étrangers et aux minorités ; mépris des règles juridiques ; caution implicite de la violence à l'encontre des opposants ; rejet de tout ce qui est international, que ce soit le commerce, les institutions ou les traités en place ». L’historien de la Seconde Guerre mondiale, et notamment de la France de Vichy, estime cependant que « l'étiquette " fasciste " masque un objectif central de Trump et de la majorité républicaine au Congrès : le démantèlement de la législation américaine qui assure la protection des travailleurs et de l'environnement ». Dans la dernière livraison de la revue Études, Christophe Deroubaix revient sur la sociologie de l’élection américaine, qui occulte l’émergence d’une nouvelle génération cosmopolite et progressiste. Il souligne qu’au lendemain de la consultation « les Etats-Unis se sont réveillés un peu plus à gauche que la veille grâce à de nombreuses victoires de propositions progressistes lors des referendums locaux. » Le salaire minimum a été augmenté de 50 à 75% dans quatre États totalisant 20 millions d’habitants : le Colorado, le Maine, l’Arizona et l’État de Washington. L’usage récréatif de la marijuana a été légalisé dans quatre États totalisant 67 millions d’Américains, qui rejoignent ainsi le « front anti-guerre à la drogue », et qui « vivent en dehors de la nouvelle prohibition ». Enfin, le contrôle des armes à feu progresse dans trois États comptant 50 millions d’habitants, dont la Californie.

Christophe Deroubaix, auteur de L’Amérique qui vient, publié en 2016 aux éditions de L’Atelier, met l’accent sur la génération montante dans cet article de la revue Études

« Selon le bureau du recensement américain, les Etats-Unis deviendront vers 2042 un pays de minorités. » Les « Millennials » constituent à la fois la génération la plus diverse et la plus progressiste de l’histoire du pays. Grandie dans la tempête économique de la crise de 2008, elle est aussi la plus diplômée et la première au sein de laquelle les femmes le sont plus que les hommes. « Chaque nouvelle génération est un nouveau pays » disait Tocqueville. Le nouveau visage de l’Amérique est multiculturel et urbain, comme le montrent les nombreuses villes qui se sont déclarées « sanctuaires » pour les immigrés sans papiers. Les pages idées de Libération sont aujourd’hui à l’unisson de l’opération spéciale du journal #LaFrancevueparlesréfugiés. Carlos Arbelaez, militant des droits de l’homme en Colombie, raconte comment il a dû s’adapter à la tranquillité en France avant de découvrir la réalité de l’état d’urgence. « Tout comme dans mon pays d’origine – écrit-il – en France, on a assimilé une notion traditionnelle de sécurité qui substitue à la protection des droits et des libertés la mise en place de moyens extraordinaires d’autorité et cohésion, faisant une priorité du déploiement des ressources militaires et policières contre le terrorisme, et créant une législation pénale plus sévère et plus rapide, voire expéditive. » Et puisque « la technologie s’est immiscée dans tous les aspects de notre cyber-existence », le journaliste syrien Ammar Almamoun suggère l’usage d’une application qui permettrait de liker ou disliker les textes sacrés, qu’ils soient juridiques, politiques ou sanctifiés. Par exemple le verset du Coran qui autorise à battre les femmes. Ce serait tellement plus simple de dire simplement : « non ». Et de s’épargner ainsi les longs méandres des raisonnements du droit canon.

Par Jacques Munier

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