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L'appel du Trocadéro

4 min
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La manifestation de soutien à François Fillon suscite plusieurs analyses et commentaires

Pour Michel Winock, « l'appel à la rue de Fillon est aventureux ». Il estime dans Le Monde que cette initiative inédite « d'un leader de droite contre l'autorité judiciaire, au motif d'un assassinat politique » accuse un tournant dans sa campagne, « aventureux car François Fillon se réclame du gaullisme et entend bien rester fidèle aux institutions de la Ve République ». L’historien des idées politiques revient sur la série des manifestations de droite contre la République parlementaire, depuis le rassemblement à la gare de Lyon en juillet 1887 pour empêcher le train du " limogé " général Boulanger de partir, jusqu’à la grande manifestation du 30 mai 1968 sur les Champs-Elysées, ou celle des partisans de l’enseignement privé contre la loi Savary en 1984, en passant par les cortèges virulents contre Dreyfus et Zola ou les émeutes de février 36. Même si les contextes et les motifs et l’envergure diffèrent, « une chose est l'appel au peuple par les urnes, autre chose est l'appel à la rue » et « en appelant au rassemblement du Trocadéro, le candidat de la droite franchit la barrière qui le séparait du populisme ». Le résultat n’est pas assuré : l’agitation nationaliste causée par l'affaire Dreyfus débouche en 1902 sur la victoire électorale du Bloc des gauches et celle des ligues en février 34 « a eu sa part de causalité dans la formation du Front populaire et sa victoire en 1936 ». En revanche, la manifestation gaulliste du 30 mai 1968 « a certainement compté dans le triomphe électoral de la droite aux législatives des 23 et 30 juin. C'est peut-être cet exemple qui fait rêver François Fillon. » Au linguiste italien Raffaele Simone, dans les mêmes pages Débats & analyses du Monde, le rassemblement du Trocadéro rappelle Berlusconi, ses appels au peuple et ses attaques contre les médias. « L'affaire Fillon pourrait bien être le détonateur d'une droitisation de l'Europe déjà perceptible il y a dix ans. » Alors que la Grande-Bretagne quitte le navire et que plusieurs pays se trouvent à la veille d'élections délicates : les Pays-Bas, dans quelques semaines, l'Allemagne, dans quelques mois, et l'Italie, probablement en début d'année prochaine, « le refrain antieuropéen et antidémocratique tout court résonne de plus en plus fort ». « Que Dieu sauve la France ! » laisse échapper le professeur à l’université de Rome. A Dieu toutefois il faudrait encore demander un effort : " Qu'il sauve aussi l'Europe ! » Car dans sa partie centrale et orientale, qui « ne se porte pas mieux : elle est aux mains de dirigeants de droite aux idées alarmantes. A ce panorama s'ajoute la trouble idylle Trump-Poutine, dont les facteurs de succès peuvent contaminer l'Europe. Une victoire de Le Pen pourrait bien faire tomber la première pièce d'un terrible domino européen et provoquer la dissolution de l'Union européenne. »

Sur le site Figarovox Elisabeth Lévy estime que « si Fillon est battu, cela doit être à la loyale »

La directrice de la rédaction de Causeur entonne la rengaine du gouvernement des juges et s’emploie à exprimer le non-dit du discours du Trocadéro. « Si Fillon est battu, cela doit être à la loyale et pas au terme d'une opération de basse police politique. Quels que soient les faits qui lui sont reprochés », des faits qu’elle trouve « assez véniels, l'alliance contre lui de juges qui se pensent investis d'une mission de purification et de journalistes qui jouent les arbitres des élégances morales » lui semble « bien plus grave et menaçante pour nos libertés ». Parmi ces journalistes, certains seraient aujourd'hui « ivres de haine ». Si le candidat devait se retirer, alors « cela signifiera qu'une sorte de putsch médiatico-judiciaire a réussi à plomber l'élection présidentielle plus sûrement qu'une armée de trolls russes ».

Dans les pages Débats et controverses de L’Humanité, les Pinçon-Charlot, sociologues des riches, remettent le débat dans l’orbite politique

Apparemment sonnés par l’omniprésence de la campagne dans ses aspects les moins reluisants, ils rappellent ses enjeux lourds : le premier parti de France est celui des abstentionnistes. « Nos enquêtes – ajoutent-ils – menées depuis trente ans auprès des dynasties familiales les plus fortunées démontrent une violence de classe et un appétit de richesses et de pouvoir insatiable auquel il est urgent de mettre fin ». C’est pourquoi ils se disent « atterrés » devant le morcellement de la gauche. Un article des pages idées et débats dans Les Échos devrait les intéresser. Nicolas Richaud montre ce que les nouvelles technologies font à la présidentielle. Les logiciels de ciblage croisant données sociodémographiques et cartographie électorale permettent d’orienter une campagne avec une précision inédite. Ils sont utilisés « comme des outils de relation client (CRM) en vue de coordonner campagnes de mailing ou de SMS ciblées et de mobiliser des partisans ». Mais l’usage des réseaux sociaux reste rudimentaire, et la communication destinée à des convaincus fait « très peu, sinon pas, de convertis ».

Par Jacques Munier

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