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V. Giscard d'Estaing, le 18 juin à Authon

L'Assemblée en ordre de marche

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La victoire attendue des candidats du président suscite quelques réserves.

V. Giscard d'Estaing, le 18 juin à Authon
V. Giscard d'Estaing, le 18 juin à Authon Crédits : Guillaume Souvant - AFP

À commencer par le ricanement face aux prestations calamiteuses de certains d’entre eux, passées en boucle toute la semaine dernière : Fabienne Colboc, élue dans la 4e circonscription d’Indre-et-Loire, ânonnant un texte sans le comprendre, Anissa Khedher (idem dans la 7e du Rhône) déchiffrant péniblement des éléments de langage. « Nous qui ne pratiquons pas le néo-management par le projet et qui n’avons pas inventé le shaker à cocktail connecté, que nous reste-il ? – demande Daniel Schneidermann dans Libération. Rire des piètres prestations des candidates d’En marche et d’un Bayrou les pieds pris dans le tapis rouge. » Le chroniqueur médiatique résume ainsi la situation : « Les salariés ? Assommés. Nuit debout ? Recouchée. Les étudiants ? Bientôt en vacances. Les frondeurs ? Eparpillés. Les chefs syndicalistes ? Assignés au silence, sous peine d’être privés de goûter, pardon, de réunions de concertation. » Face à ce pouvoir sans partage, au moins jusqu’à la rentrée, certains éditorialistes de la presse étrangère en appellent à la retenue et au discernement. Dans la Süddeutsche Zeitung, Christian Wernicke estime que la « tentation de l’absolutisme constitue un test pour Macron ». Rappelant « le titre peu modeste que le candidat avait donné au livre qui décrivait sa bataille pour la France », il souligne « l’ironie de cette révolution de 2017 », où « la France va se retrouver avec un monarque républicain disposant d’un pouvoir comme on n’en a plus vu depuis le règne de Charles de Gaulle ». Mais l’éditorialiste nuance : « Les Français ont accepté de donner à Macron la majorité qu’il souhaitait. Ce ne sont donc pas des députés qu’ils élisaient dimanche mais leur président, une fois de plus. » Et en vertu de la promesse affichée de « renouveler la démocratie », le président devra accorder à l’Assemblée « un droit de contrôle accru sur le gouvernement ». Faute de quoi, « le nouveau président deviendra très vite un homme du passé ». Outre cet article, Courrier international a rassemblé quelques commentaires de journaux européens à l’issue du premier tour des législatives et ils conservent toute leur pertinence aujourd’hui. « Après les révolutions, il faut restaurer avec finesse la confiance dans le système » suggère Massimo Nava dans le Corriere della Sera, et développer le dialogue annoncé pour éviter « les dérives bonapartistes ». D’autant que le fort taux d’abstention nous rappelle que « les virus du populisme et de l’antipolitique ne sont en rien éliminés ». Charles Bremner, correspondant du Times, souligne que « le soutien pour Macron manque d’épaisseur » et que « cela peut inquiéter ». Il relève cependant outre-Manche « une certaine jalousie et une admiration pour la façon dont la France a élu un nouveau chef jeune et dynamique » : Theresa May avait également pour objectif un gouvernement fort et elle a échoué. Avec un « mandat extrêmement solide pour gérer les affaires de la France en Europe », le président français devrait « tirer le maximum de bénéfices pour son pays lors du Brexit », notamment « en attirant des activités basées au Royaume-Uni, dans les secteurs financiers et automobiles ».

Le politologue bulgare Ivan Krastev voyait en mai, dans une tribune du Monde, l’élection d’Emmanuel Macron comme « un tournant majeur dans le paysage politique de l’Union européenne ».

La victoire du candidat d’En marche ! inaugurait, selon lui, un nouveau populisme, pro-européen et optimiste, important pour le reste de l’Europe. Dans les pages Débats de L’Obs il affine ses analyses : cette nouvelle forme de populisme est basée sur la promotion de la société civile et sur « l’idée selon laquelle la démocratie n’a plus besoin de structures intermédiaires mais d’une forme de communication directe entre les hommes politiques et leurs électeurs ». Le populisme – ajoute-t-il – « prend des formes très différentes selon qu’il cherche à créer un avenir que l’on souhaite ou un avenir que l’on redoute ». L’habileté de Macron aura consisté à comprendre « que le marché du catastrophisme était saturé » et d’avoir « osé miser contre ». Ainsi que d’avoir saisi dans l’air du temps une tendance de la politique à « se personnaliser ; qu’on le déplore ou pas, la biographie des candidats fera la différence ».

Plusieurs chantiers minés sont ouverts devant la nouvelle majorité : la réforme du droit du travail et l’inscription de l’état d’urgence dans le droit commun

Dans Le Point, François Sureau souligne qu’on ne connaît pas le contenu exact du projet ni « dans quel état il sortira de la discussion parlementaire ». S’il permet de nous sortir de l’état d’urgence permanent qui autorise l’administration à assigner à résidence des écologistes, des manifestants ou des Corses, il représentera un progrès. Mais l’avocat craint les dérives de l’Etat policier : « Nous sommes en train de changer d’esprit des lois, moins sous la pression des faits que sous celle des fantasmes. » Et la question est aujourd’hui « de savoir si nous voulons faire aux terroristes non seulement le sacrifice de notre tranquillité, mais aussi le sacrifice de nos principes ».

Par Jacques Munier

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