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Le dialogue des religions

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Sciences Po va former les ministres du culte au dialogue interreligieux

À partir de la rentrée prochaine, un programme de formation destiné aux prêtres, pasteurs, imams et rabbins leur proposera des outils pour maîtriser l’environnement institutionnel des cultes, mieux connaître les autres traditions religieuses et leur articulation avec le contexte culturel, et pour manager leurs communautés respectives. La dimension multiconfessionnelle de cette formation est évidemment essentielle. Comme le relève dans Le Monde le grand rabbin de France, Haïm Korsia « On a peu d’occasions de rencontres d’autres cultes dans nos formations initiales ». Né de l’initiative conjointe des représentants des principales religions ce programme est distinct des cursus universitaires qui dispensent une formation au cadre institutionnel et juridique de l’exercice des cultes en France. « Nous ne pouvions rester immobiles et impuissants face à la crispation croissante autour du fait religieux en France, de même que face aux pratiques les plus extrêmes, double écueil qui menace notre société », a expliqué Frédéric Mion, le directeur de Sciences Po lors de la présentation du programme de formation qui ambitionne notamment de pratiquer et développer le dialogue interreligieux. Il s’agit là d’une initiative qu’approuverait sans réserve Abdennour Bidar, dont le dernier livre, Les Tisserands, met en lumière ceux qui partout en France travaillent à la recomposition des liens d’une société atomisée, qui se déchire autour de questions sociétales ou religieuses, ethniques ou philosophiques et qui parfois se concentre caricaturalement sur un mot, voire un objet agité périodiquement : le voile, par exemple.

« J’en ai marre de parler de ça – s’emporte-t-il dans Libération. On revient toujours sur les chiffons rouges dictés par l’actualité politique »

C’est que son livre Les Tisserands s’intéresse à un autre type de tissu : celui que tente de reconstituer le groupe social défini comme créateurs de culture par le sociologue américain Paul Ray et la psychologue Sherry Anderson. Tisserand est la traduction adoptée par Abdennour Bidar pour désigner ce groupe socio-culturel à la pointe du changement social, qui rassemble des individus ayant en commun une moindre dépendance vis-à-vis des modes de consommation de masse, le développement personnel et spirituel, et le refus des dégradations environnementales, ce que le philosophe résume dans la notion de « Triple lien » : à soi, aux autres et à la nature, bref, la trame, la chaîne et l’ensouple. Dans son esprit, ce nouveau mouvement social s’arrime au post-religieux, mais à l’objection de parler beaucoup de religion dans un livre qui se termine sur un éloge de Mahomet, voici ce qu’il répond: « On ne peut pas faire du post-religieux en jetant le religieux par la fenêtre. Plus on va s’éloigner du religieux, plus on va avoir besoin de revenir vers le religieux pour savoir ce qu’on recueille sur le champ de ruines afin d’inventer autre chose. A chaque fois que je me saisis de la figure de Mahomet, c’est pour la dépayser, la sortir des usages fixés par la tradition. »

La tradition revendiquée par les fondamentalismes serait une réaction contre la sécularisation des sociétés modernes

C’est bien le diagnostic de Rachid Benzine qui oppose à une vision statique de l’islam et de la société française la réalité des « interpénétrations culturelles » à l’œuvre. « La France a toujours le plus haut taux de couples mixtes dans toute l’Europe » rappelle-t-il en soulignant le fait qu’il n’y a pas un journal musulman, pas une télévision musulmane dans notre pays, comme preuve d’assimilation. Ce sont les assignations identitaires qui font, selon lui, le jeu des entrepreneurs communautaires religieux. Dans Les Inrockuptibles, il déplore qu’il n’y ait pas « de projet suffisamment fédérateur, de récit qui puisse mobiliser des citoyens rassemblés. Face à cela Daech propose un contre-projet, révolutionnaire, qui repose sur des mythes. Or il n’y a pas plus vrai qu’un mythe. Claude Lévi-Strauss disait qu’un mythe est un palais idéologique construit à partir des gravats d’un discours social ancien ».

Le diagnostic de résurgence de la tradition sous couvert de modernité est partagé par le psychanalyste Fethi Benslama

Il en témoigne dans L’Obs, les jeunes qui se laissent prendre par l’islamisme radical sont d’abord à la recherche de racines : « Ceux que j’avais rencontré à ma consultation de Seine-Saint-Denis et qui adoptaient un mode d’être ultra-islamiste étaient également mus par le désir de s’enraciner ou de se réenraciner dans le ciel, à défaut de le pouvoir sur terre, parce que tout autour d’eux témoignait du déracinement, leur histoire familiale, le paysage de la cité, l’image qu’on leur renvoyait ou l’avenir sans horizon. Des questions qu’aborde également le psychosociologue Sid Abdellaoui dans L’Humanité des débats, lequel évoque également la question de la déradicalisation

Par Jacques Munier

Bibliographie

Islam

IslamGallimard, 2005

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