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Ken Loach et Jeremy Corbyn, octobre 2016

Le fond de l’air est rouge

4 min
À retrouver dans l'émission

Il y a comme un vent de révolte qui se lève dans le ciel des idées…

Ken Loach et Jeremy Corbyn, octobre 2016
Ken Loach et Jeremy Corbyn, octobre 2016 Crédits : Alpha Press - Maxppp

On aimerait y croire, et là se trouvent d’ailleurs les ingrédients essentiels de toute révolution : le désir et la croyance. Dans l’atmosphère étouffante et délétère du sentiment ressassé du déclin, la presse permet de faire aujourd’hui, comme par miracle, le lien entre des engagements et des œuvres, des idées et des luttes, rendant toute sa vigueur à la question critique posée par Kant : « Que m’est-il permis d’espérer ? » Palme d’or à Cannes pour Moi, Daniel Blake, sa « tragédie trempée d’humour noir sur les cruautés administratives réservées aux plus démunis » Ken Loach donne un grand entretien dans L’express. Son histoire de menuisier réduit au chômage à cause d’un infarctus et privé d’allocations est interprétée par Dave Johns, un humoriste car, explique le cinéaste « les comédies et les one-man-show britanniques ont principalement pour sujet la classe ouvrière. Les riches n’ont aucun intérêt. Ils ne sont pas drôles quand on parle avec eux, pas marrants quand ils parlent en public. Les petites gens, eux, rient de leur misère pour tenir le coup. » Observateur avisé de la politique dans son pays, il évoque notamment l’élection de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste, qui a fait tripler le nombre des adhérents : « la première fois depuis presque cent ans qu’un leader travailliste défendra la classe ouvrière ». Lors de son discours à Cannes, Ken Loach affirmait qu’un monde meilleur était possible. « Où trouvez-vous des raisons d’espérer ? » lui demande Sandra Benedetti. Réponse : « Parmi les gens ordinaires, les bénévoles des associations, les volontaires des banques alimentaires. La solidarité s’est accrue avec la politique d’austérité. Notre salut viendra de ces hommes et de ces femmes de l’ombre. »

Dans lesinRocKuptibles, Georges Didi-Huberman raconte son exposition au musée du Jeu de Paume : Soulèvements

Un panorama des foules en lutte, avec images, photos de presse, tracts, manuscrits d’écrivains : « un récit de formes, de gestes, d’événements »… Le montage débute comme « une tempête qui se lève », on s’approche et on regarde tous ces corps qui disent "non !", c’est la séquence « gestes ». « Puis les bouches ouvertes qui crient leur révolte se mettent à articuler, à penser, à transmettre leur insurrection : il leur faut donc des "mots". Alors surviennent les "conflits", fatalement avec les forces de l’ordre : là on va voir des barricades, des choses mises sens dessus dessous, et bien sûr des morts. » La séquence finale est ouverte au désir, indestructible comme le désir d’émancipation, car « le désir de se soulever survit toujours à l’échec ». De Courbet, Sigmar Polke « quand il retravaille l’iconographie de la Révolution française » à Estefanía Peñafiel Loaiza, cent cinquante artistes cadencent le parcours de l’exposition Soulèvements.

Mourir pour des idées, Luc Ferry estime dans les pages Champs libres du Figaro, à rebours des discours du déclin, que c’est toujours un horizon nécessaire

Dieu, la patrie et la révolution ont animé tour à tour cette intransigeance. Le philosophe y voit la perpétuelle métamorphose du sacré, aujourd’hui incarné selon lui dans la personne humaine : « un escalier descendant. On y va du moins humain au plus humain, du divin vers l’humanisation du sacré : la nation, collection d’individus associés à un territoire, une langue et une histoire, est déjà plus humaine que Dieu ; quant à la révolution, elle n’est plus qu’un projet politique visant l’émancipation des hommes. »

On peut du coup « relire la révolution », comme y engage Jean-Claude Milner dans un livre publié chez Verdier

« À la mélancolie, passion moderne née de l’universalisation de la forme-marchandise, l’idéal révolutionnaire propose la promesse d’un nouvel ordre des choses. » Pour Philippe Garnier de Philosophie magazine qui a lu le livre, « la fin de la croyance révolutionnaire a une vertu inattendue : elle dévoile le sens inépuisable de la Révolution française ». La Déclaration de 1789 donne des droits non seulement au citoyen, ce qui est le propre des régimes républicains depuis l’Antiquité, mais aussi au non-citoyen, quels que soient son origine et son statut. Il suffit donc d’être né pour jouir de ces droits: liberté, sûreté, résistance à l’oppression. « Si la révolution française touche au réel, écrit Milner, ce n’est pas par la mise à mort, mais par le corps parlant, non pas par la Terreur, mais par les discours, non par le sang versé, mais par les mots.»

Même Les Échos emboitent le pas : l’économiste Mohamed El-Erian souligne le divorce croissant entre la politique et l’économie

« Le consensus de Washington, qui a dominé l’élaboration de politiques libérales dans une grande partie du monde, est en train de s’effriter sous l’effet d’une croissance lente et inégalitaire » observe-t-il. Mais le phénomène qu’il analyse renvoie davantage à une révolution conservatrice, illustrée par l’impasse du Brexit, qu’à un mouvement émancipateur.

Par Jacques Munier

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