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L’église arménienne de Surp Gregos, Diyarbakir

Le génocide arménien

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Aujourd’hui, 24 avril, les Arméniens commémorent le génocide de 1915.

L’église arménienne de Surp Gregos, Diyarbakir
L’église arménienne de Surp Gregos, Diyarbakir Crédits : Christophe Petit Tesson - Maxppp

Comme on sait, le 24 avril 1915 est la date à laquelle des centaines de personnalités arméniennes de Constantinople sont arrêtées à leur domicile et la plupart exécutées, signal de départ des massacres de masse et des déportations qui vont faire un million et demi de victimes. Des centaines de milliers de réfugiés et rescapés se dispersent à travers le monde, notamment en France, la plupart dans le plus grand dénuement, l’État turc ayant ordonné la spoliation de leurs biens et avoirs bancaires. La mémoire de l’événement est devenue l’un des éléments structurant de la diaspora arménienne, celle qu’on désigne désormais comme la « Grande Diaspora » pour marquer le changement d’échelle survenu alors dans la longue histoire des migrations arméniennes. Cette mémoire prend aujourd’hui une dimension nouvelle alors que la guerre en Irak et en Syrie contraint de nombreux Arméniens à l’exil. Mais elle ne s’est pas constituée d’emblée comme une mémoire homogène, même à partir de l’événement fondateur du génocide. C’est tout l’intérêt de l’enquête historique d’Anouche Kunth, publiée chez Belin sous le titre Exils arméniens. Du Caucase à Paris 1920-1945. Car la révolution bolchevique provoque l’exode de toute une population arménienne constituée d’anciennes élites économiques de l’époque impériale, « devenues pour certaines, des élites nationales durant la brève période d’indépendance qu'a connu l’Arménie russe entre 1918 et 1920 ». Même expropriés par les bolchéviques, ces exilés ont souvent conservé des ressources dans leur fuite. À travers « une lecture incarnée de l’épreuve migratoire », notamment celle de l’arrachement du départ, puis des aléas de la route, et des difficultés de l’installation, l’historienne décrit avec finesse « le processus d’ajustement des différentes composantes diasporiques au grand récit de l’exil arménien ». Ayant travaillé sur des archives dispersées mais très parlantes concernant le cas de la France, elle rend hommage « aux agents publics d’avoir recueilli, dans leur suspicion envers les étrangers en général et leurs élites en particulier, une masse d’informations sur les réfugiés russes et arméniens, dont les traces ont décanté un peu partout dans les archives nationales. Enregistrement tatillon au débarquement à Marseille, dossiers de naturalisation, rapports de surveillance, mémorandums sur la question arménienne ou sur le problème bolchevik… » À l’époque – début des années 20 – La France accueille à la fois ces réfugiés russes, et les Arméniens de l’ex-empire ottoman, chaque groupe représentant environ 65 000 personnes. À cette diversité d’histoires personnelles et d’origines géographiques et sociales, la mémoire du génocide fournira une trame commune, surtout lorsqu’elle deviendra « la pierre angulaire d’une nouvelle phase de l’action collective » contre le négationnisme de l’État turc.

L’histoire des migrations est en passe de sortir de ce que Gérard Noiriel désignait comme un « non-lieu de mémoire ».

C’est l’objet de la dernière livraison de la revue _Communications_ : Des passés déplacés. Mémoire des migrations. De nombreuses initiatives visent en effet à valoriser cette mémoire, dans une volonté de reconnaissance de son apport à un patrimoine culturel immatériel, en plus de la contribution des immigrés au développement économique des pays d’accueil. L’objectif est aussi de faire évoluer les mentalités et les représentations en déconstruisant les stéréotypes par la connaissance des facteurs de l’émigration ; et de favoriser l’intégration des immigrants en développant leur sentiment d’appartenance à une culture commune. Mais l’entreprise, aussi louable soit-elle, n’échappe pas à certaines ambiguïtés. Pour Sophie Wahnich, « l’immigration produit du patrimoine négatif » qui reste dans l’angle mort des dispositifs mémoriels et muséologiques destinés à célébrer cette mémoire : « violences subies dans le pays de départ, violence de l’arrachement, violence du trajet – des passeurs, des frontières, des camps – violence de l’accueil dans le pays d’arrivée – exploitation, relégation, discrimination, parfois perte de subjectivité et d’identité, même juridique ». Évoquant le Musée de l’Histoire de l’immigration, elle souligne qu’on n’y voit pas « les patrons exploiteurs, les marchands de sommeil, les acteurs des rixes racistes, les matraques de policiers zélés en 1961… » Et que les musées de l’immigration, à Buenos Aires, Ellis Island ou Paris se contentent d’archiver la réconciliation. Leur visite « s’apparente alors à une sorte de rituel d’apaisement ».

L’Organisation internationale pour les migrations dénonce l’existence d’un trafic d’êtres humains en Lybie

Dans l’un des principaux points de passage des migrants africains, les « marchés aux esclaves » se sont multipliés. Achetés pour être soumis à des travaux forcés et faire l’objet de demandes de rançon auprès de leur famille, ceux-ci, quand ils ne meurent pas de faim ou de maladie peuvent être tués si la rançon tarde trop. C’est ce que révèle un article de The Guardian dans Courrier international. Le phénomène est devenu si banal qu’il se produit en public et au grand jour.

Par Jacques Munier

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