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Contre la réforme du bac, Paris, décembre 2018

Le grand oral

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Les épreuves du grand oral débutent aujourd’hui pour les bacheliers. Nombreux sont ceux qui disent les redouter.

Contre la réforme du bac, Paris, décembre 2018
Contre la réforme du bac, Paris, décembre 2018 Crédits : Ph. Lopez - AFP

Selon le Bulletin officiel (BO) de l’Éducation nationale l’évaluation portera sur la "qualité orale de l’épreuve", la "prise de parole en continu", les "connaissances", "l’interaction" et la "construction de l’argumentation". Pendant l’année scolaire, les candidats auront préparé avec leurs professeurs deux questions liées à leurs enseignements de spécialités. Le jury en sélectionnera une. Maïté Darnault a suivi pour le site d’information Les jours l’une de ces séances de préparation au lycée Emmanuel-Mounier de Grenoble. Ichrak, a conservé cette année les sciences économiques et sociales (SES) et la littérature anglaise comme enseignements de spécialité et elle a choisi ses deux thèmes : le progrès technique et les inégalités en SES, l’émancipation des femmes dans le domaine professionnel en anglais. Ludovic Lecordier, formateur en communication, comédien et spécialiste de l’improvisation dirige la séance.

La parole, c’est de l’air, le ventre agit comme une pompe sur les poumons. Ensuite, il y a les cordes vocales, puis votre bouche, qui va moduler un son et c’est là qu’on amène du sens. Bref, entre le moment où on pense quelque chose et celui où ça sort de notre bouche, il y a du chemin.

Après quelques exercices corporels d’imitation - de poussins piaillant ou du vent dans les branches - car "le fait d’oser passe aussi par le corps", il leur faudra "broder avec assurance sur un thème inconnu, quitte à raconter n’importe quoi". On accorde plus de crédit à quelqu’un qui n’est pas hésitant et l’on s’entraîne ainsi à être plus posé, plus assuré. D’autant plus que, dans la deuxième partie du grand oral, les élèves sont invités à parler de leur parcours et de leur orientation future et là, ce sont eux les "experts". L’équipe enseignante a également organisé deux ateliers hebdomadaires : une séance animée par la prof de musique "pour travailler la voix, la respiration, la posture". Et une session de lecture à voix haute avec la documentaliste et une collègue de français, pour s’approprier un sujet au point d’être capable d’en parler un quart d’heure sans notes. Cette année, compte tenu des difficultés liées à la crise sanitaire, les bacheliers pourront consulter leurs notes.

De nombreuses critiques dénoncent le manque d’entraînement des élèves, qui pénalise ceux qui sont issus de milieux défavorisés. "Il n’est pas possible de combler en quelques séances de préparation en classe des différences syntaxiques, lexicales et linguistiques, qui se sont creusées sur des années", souligne le sociologue Pierre Merle. Paradoxalement, l’exercice devrait favoriser les filles - soutient Cécile Bourgneuf dans Libération.fr, en évoquant plusieurs études qui montrent que "si les garçons monopolisent la parole en classe, les filles préparent mieux leur examen". Alors que les prises de parole sont souvent pour les garçons l’occasion de pallier leurs insuffisances scolaires et "ne pas disparaître dans le fonctionnement de la classe", les filles "sont plus exigeantes sur la qualité de leur réponse donc elles interviennent moins si elles ne sont pas sûres". Il s’agit pour une part de stéréotypes de genre, mais les profs n’y échappent pas. Notamment dans les raisons qui les amènent à interroger les élèves : les filles, considérées comme plus studieuses, ayant appris leur leçon, sont plus souvent interpelées pour "rappeler celle d’avant, vérifier les acquis" ; les garçons "pour les ramener dans le cours lorsqu’ils ne sont plus dedans". Mais pour le grand oral, une épreuve "cadrée par des normes scolaires", les filles préparant mieux leurs examens, elles devraient être avantagées, d’autant plus qu’elles n’auront pas à rivaliser avec les garçons - explique Marie Duru-Bellat, sociologue de l’éducation.

Dans la Rhétorique, Aristote avait désigné les trois piliers de l’éloquence : le logos - la construction argumentative - l’éthos - l’image de l’orateur donnée par le discours - et le pathos ou les "dispositions de l’auditoire", l’émotion provoquée. Patrice Soler a traduit et présenté des textes de Cicéron, Quintilien et Saint Augustin dans L’invention de l’orateur (Gallimard). Il rappelle l’importance de "l’éloquence du corps", celle également de la catharsis, l’empathie suscitée par le discours - "passer par transfusion jusqu’à l’intérieur même des auditeurs pour les remuer », disait Cicéron. Et il évoque « les yeux de l’éloquence" : "rendre évidentes les choses absentes, avec une force irrésistible, en faisant oublier le médium verbal". Même au prix de quelques bafouillages..

Par Jacques Munier

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