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Manif lors de la Convention démocrate, 25/07/2016, Philadelphia

Le racisme en Amérique

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Alors que la nouvelle majorité démocrate doit s’installer aujourd’hui à la Chambre des représentants, l’administration américaine est toujours paralysée par le shutdown.

Manif lors de la Convention démocrate, 25/07/2016, Philadelphia
Manif lors de la Convention démocrate, 25/07/2016, Philadelphia Crédits : Getty

Comme on sait, c’est le refus du financement d’un mur que Donald Trump veut ériger à la frontière avec le Mexique qui est à l’origine du blocage. Dans Le Monde, Gilles Paris estime que les démocrates devraient adopter rapidement un budget provisoire, « le temps de parvenir à un accord qui ne comprenne pas la somme de 5 milliards de dollars réclamée par M. Trump pour engager les travaux ». Et il souligne que « les derniers sondages consacrés au shutdown ne sont pas de nature à inciter les démocrates à des concessions ». Plus jeune, plus féminine, plus représentative de la société américaine, la nouvelle majorité démocrate « compte aussi une aile gauche qui veut se faire entendre ». Le dossier de l’immigration devrait lui en fournir l’occasion, notamment sur le statut des « dreamers », ces mineurs immigrés clandestins ou sans-papiers auquel Barak Obama voulait accorder une autorisation de résidence par le DREAM Act. Dans la revue America qui vient de paraître, Russell Banks donne un entretien au long cours où il évoque le racisme – thème de cette nouvelle livraison – et notamment le cas de ces jeunes dreamers

J’ai parfois l’impression que les seuls qui croient encore au rêve américain sont les étrangers. 

L’écrivain rappelle l’importance économique, sociale et culturelle de l’immigration dans son pays. Et il note que les arrivants ont tendance à voter à gauche. « Donc nous avons également besoin d’eux au plan politique si nous voulons éviter que les Républicains restent au pouvoir. C’est une des raisons pour lesquelles ces derniers ont si peur d’eux. Mais j’ajouterai que nous avons besoin d’eux pour atténuer la division raciale dans ce pays. » Dans un beau texte sur le blues, paru en 1964 dans Playboy et publié dans cette livraison, James Baldwin écrivait : « lorsque je parle des nègres dans ce contexte je ne parle pas de race. J’ignore ce que ce mot veut dire. Je parle d’un fait social. » Qui se perpétue de génération en génération : « chaque mère, chaque père nègre a dû se confronter à cet enfant et s’efforcer de faire naître en lui les ressources qu’il faut pour survivre à ce monde spécifique, de faire en sorte que cet enfant qui se fera mépriser ne se méprisera pas lui-même. » En prenant du champ et de la hauteur, l’écrivain – lui-même enfant de Harlem – lance à la cantonade : 

En refusant de voir mon humanité, vous avez fait quelque chose à votre propre humanité.

Un fait social

Sur le caractère sociologique et idéologique du racisme, le témoignage de l’écrivaine d’origine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie est édifiant. C’est en arrivant aux Etats-Unis qu’elle est devenue « noire ». Durant son enfance au Nigéria ses marqueurs identitaires étaient son groupe ethnique Igbo et sa religion catholique. Sur le sol américain, elle a vite compris qu’elle avait pris de la couleur. « Et que les Noirs étaient chargés de nombreux stéréotypes négatifs. Qu’être noir est une identité qu’on ne choisit pas, mais avec laquelle il faut presque toujours composer. » Conclusion : 

La seule raison pour laquelle la race importe, c’est le racisme.

Lequel est insidieusement devenu une seconde nature avec le temps. Spontanément investies du privilège d’être « sans couleur », les familles blanches aisées ne semblent pas se poser de questions. Dans les pages idées de Libération, la sociologue américaine Margaret A. Hagerman évoque son enquête auprès d’enfants blancs, « plus imprégnés par la question raciale que leurs parents ne le croient ». Lesquels se cantonnent dans le déni ou le silence mais leurs décisions sur le mode de vie des enfants en dit long sur leurs points de vue. Quartier de résidence, école privée ou publique, influence de la fratrie : « tous les jours, les enfants se forgent une opinion sur ce qu’est le privilège ». Il n’a pas échappé à Chris que la police réprimande plus facilement les enfants noirs que les enfants blancs pour une même bêtise. Mais son grand frère qui le rassure la veille de la rentrée lui explique que si son cadenas ne fonctionne pas, il peut mettre ses affaires dans le casier de quelqu’un d’autre, à l’exception de celui d’un noir, « au cas où il y aurait de la drogue dedans ». À la sociologue, les familles du quartier conservateur étudiées ont toutes dit ne pas aborder à la maison la question raciale. « Elles croient à une société post-raciale, où la couleur de peau ne conditionne plus les opportunités. Pour elles, parler de race est raciste en soi. Aborder ce sujet ne ferait qu’attirer l’attention de leurs enfants sur quelque chose qui ne fait aucune différence. » Et en fait la question est constamment présente, « de manière codée ou à la marge des discussions. » On ne peut pas reprocher à des parents de choisir le meilleur pour leurs enfants mais la sociologue relève que le bénéfice de « vivre dans une société moins inégalitaire, moins conflictuelle et moins souffrante, est bien plus grand ». Le problème du racisme étant structurel, « si le système éducatif était non discriminant, le casse-tête du privilège n’existerait ni pour les parents ni pour les enfants. »

Par Jacques Munier

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