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La Sorbonne, le 3 mai 1968

3 mai : les débuts de mai 68

5 min
À retrouver dans l'émission

La police évacue les étudiants qui occupaient la Sorbonne. Des dizaines d’entre eux sont embarqués. Des manifestations éclatent dans le Quartier Latin au cri de «Libérez nos camarades !» Les premières barricades sont élevées.

La Sorbonne, le 3 mai 1968
La Sorbonne, le 3 mai 1968 Crédits : AFP

50 ans après les murs, les archives ont la parole… C’est le délai légal pour l’ouverture aux chercheurs de la mémoire de l’Elysée, de Matignon, du ministère de l’Intérieur, des RG, à l’exception de l’armée et du Quai d’Orsay, qui ont un régime dérogatoire. Philippe Artières et Emmanuelle Giry ont dirigé un travail d’enquête dans les kilomètres linéaires de cartons où se serrent les traces multiples de la veille étatique, du sommet à la base, et notamment de la frénésie de la police, dès qu’elle investit un lieu occupé ou un domicile, à tout photographier, ramasser et ordonner en dossier : tracts, affiches, agendas, répertoires, comme celui d’Alain Geismar, perdu, lors de l’évacuation des Beaux-Arts et qui sera récupéré par les RG, avec les coordonnées des militants. Les pages idées de Libération donnent un aperçu de l’ouvrage tiré du dépouillement de ces archives par les historiens, publié à L’Iconoclaste sous le titre 68 Les archives du pouvoir, alors que s’ouvre aujourd’hui aux Archives nationales l’exposition qui en présente les pièces les plus significatives. Parmi elles, l’agenda du général de Gaulle, avec, tous les soirs à 18h une mention sibylline : « maison ». Il ne s’agit évidemment pas du dîner avec Yvonne, mais de la réunion des quatre grands services de la présidence: le Cabinet, l’état-major, le Secrétariat général et Jacques Foccart, M. Afrique et puissant conseiller auprès du Général. Figure également dans l’ouvrage le tapuscrit du discours prononcé le 30 mai, avec ses ratures et ses ajouts, et diffusé à la radio car le chef de l’état craignait que les grévistes de la télé ne lui coupent l’image. « Je ne me retirerai pas » assène le Général. « Je dissous aujourd’hui l’Assemblée nationale. » Comme on peut le voir sur le document, la phrase initiale était : « Je ne dissoudrai pas en ce moment le Parlement qui n’a pas voté la censure. » Tout s’est joué peu avant lors d’une entrevue avec le premier ministre. « Celui-ci – explique Emmanuelle Giry – l’a convaincu de reporter le référendum annoncé le 24 mai, d’organiser des élections législatives et d’accepter un remaniement ministériel. » 

Continuité de l'Etat

Ce qui a frappé les chercheurs, c’est la souveraine continuité de l’Etat dans la tourmente. D’autant que jusqu’au 18 mai, ses deux plus hauts représentants sont en voyage : Pompidou en Iran (du 2 au 11 mai), De Gaulle en Roumanie (du 13 au 18 mai). Commentaire de Philippe Artières : « alors qu’aujourd’hui, un Premier ministre reviendrait immédiatement à Paris pour acter de la solennité du moment, ces voyages d’Etat désamorcent la gravité de la crise. » La République tient le cap, confirme Michelle Perrot dans sa préface : 

Alors que le pays est à l’arrêt, l’Etat continue à fonctionner. Il s’informe, notifie, réagit, surveille, gère le quotidien, collecte, consigne, reprend la main en négociant et en réprimant.

C’est même une sorte d’épreuve du feu pour la Vème République, qui s’avère « un outil redoutable pour gérer les crises ». Les deux historiens soulignent par ailleurs que « Le plan essence est d’une grande ingéniosité. Et sur le protocole d’accord de Grenelle pas d’en-tête, pas de signature, presque du bluff. » 

Les archives du PCF

Ça n’avait pas échappé aux syndicalistes de l’époque. À l’issue de ce que la CGT s’obstine à désigner comme un « constat » et malgré la déclaration de Georges Séguy au petit matin devant les caméras de télévision, lâchant que « la reprise du travail ne saurait tarder », la grève continue. Roger Martelli a exploré les archives à l’autre bord des événements de mai 68, celles du pouvoir ouvrier constitué par le PCF. Entre débordement et alignement, la stratégie des communistes reflète un « grand malentendu ». C’est le sous-titre de son ouvrage publié aux Éditions sociales, Communistes en 1968. Dans un premier temps, c’est l’obsession des « gauchistes » qui s’impose, dans un cadre typiquement léniniste. Contrer leur influence dans les milieux intellectuels, régler le cas des sections dissidentes de l’UEC (Union des étudiants communistes), notamment celle de la rue d’Ulm, dominée par les althussériens maoïstes, faire en sorte « de leur rendre toute activité politique impossible » dans le monde ouvrier : un responsable est même désigné pour suivre le dossier, c’est un certain Georges Marchais… Le 3 mai il publie en première page de L’Humanité un article dénonçant « l’aventurisme gauchiste » qui « porte le plus grand préjudice au mouvement révolutionnaire », et « l’agitation qui va à l’encontre des intérêts de la masse des étudiants et favorise les provocations fascistes ». Citant Marcuse – « qui vit aux Etats-Unis » précise-t-il – il fustige les « fils de grands bourgeois qui rapidement mettront en veilleuse leur flamme révolutionnaire pour aller diriger l’entreprise de papa ». Manque de bol, l’article paraît le jour de l’évacuation de la Sorbonne quand la répression s’abat sur les manifestants et que les soi-disant « fils de bourgeois » apparaissent déjà comme les porte-voix « d’une jeunesse méprisée ».

Par Jacques Munier

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