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Camp de réfugiés de Kyangwali, Ouganda

Droit d’asile et immigration

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Ce jeudi à 18 heures François Héran, directeur de recherches à l’Ined (l’Institut national d’études démographiques) prononce au Collège de France la leçon inaugurale de la nouvelle chaire Migrations et Sociétés dont il est titulaire.

Camp de réfugiés de Kyangwali, Ouganda
Camp de réfugiés de Kyangwali, Ouganda Crédits : Jack Taylor - Getty

Une chaire dévolue aux migrations internationales dans leur toute diversité : volontaires ou forcées, du Sud vers le Nord, Sud–Sud ou Nord–Sud, et aux politiques migratoires, traitements administratifs, mobilisations citoyennes… Cécile Deffontaines fait le portrait de François Héran, agrégé de philo et anthropologue dans les pages Débats de L’Obs. Parti à 23 ans en Andalousie étudier les migrations intérieures des travailleurs saisonniers, il s’envole ensuite pour les Andes, en Bolivie, auprès des Indiens Aymara. Devenu démographe, le chercheur estime aujourd’hui que l’immigration ne devrait plus être un problème « car elle est là ». Première, seconde, troisième… les générations d’immigrés « infusent » dans la société française. « Notre attention est attirée par la grande crise migratoire commencée à la fin de l’été 2015. Mais, sous cette grande vague, il y a un puissant courant régulier, ancien, avec sa palpitation naturelle, explique-t-il. Aujourd’hui, un quart de la population française est immigrée ou enfant d’immigrés. Et si l’on incluait les grands-parents, nous en serions au tiers. » François Héran n’est donc « ni pour ni contre » l’immigration, ajoute la journaliste de L’Obs, mais « avec », comme l’indique le titre de son dernier ouvrage : Avec l’immigration. Mesurer, débattre, agir (La Découverte)

Le projet de loi Asile et immigration

La création de cette chaire Migrations et Sociétés au Collège de France coïncide avec la discussion à l’Assemblée nationale du projet de loi Asile et immigration. « Les lois se succèdent tous les deux ans depuis 1993 – rappelle le démographe. Or le discours qu’Emmanuel Macron a prononcé devant les préfets ne diffère pas de celui de Nicolas Sarkozy, si ce n’est que lui ne défend pas une immigration choisie – qui n’a d’ailleurs jamais fonctionné. » On sait que l’impétrant a prévu de citer Rousseau dans sa leçon inaugurale : 

Tous les hommes ont le droit de quitter leur pays.

Dans la dernière livraison de la revue Études, Antoine Paumard étudie dans le détail le projet de loi Asile et immigration. Les associations engagées dans l’assistance aux migrants « soulignent quelques point positifs : l’augmentation des places d’hébergement, la volonté de raccourcir la procédure d’asile ou encore le prolongement de la carte de séjour d’un à quatre ans pour les apatrides ». Mais concernant la réduction des délais de procédure, leur mise bout à bout pour déposer une demande d’asile – ramenée de 120 à 90 jours – pour présenter un recours devant la Cour nationale du droit d’asile suite à une décision négative de l’Ofpra – passant de 30 à 15 jours – avec des convocations ou notifications transmises par texto ou courriel, « relèvent d’une entrave au droit d’asile et sont une manière artificielle de favoriser des rejets ». Les fonctionnaires de la CNDA, qui se sont mis en grève contre le projet de loi, estiment « qu’à trop vouloir diminuer ces délais, on perd la possibilité de la réflexion et la pondération ». 

Les associations au service de la cohésion sociale

Enfin, les avis convergent sur « les points aveugles que la loi laisse sans réponse et qui sont pourtant le quotidien des associations (les dublinés – ceux qui sont renvoyés en vertu du règlement de Dublin III au pays de l’UE par lequel ils sont entrés – les mineurs isolés, les déboutés) ou encore les problèmes particuliers spécifiques à certains lieux (Calais, la vallée de la Roya, Briançon) ». Et surtout Antoine Paumard dénonce le manque de considération des pouvoirs publics à l’égard du travail des associations, en première ligne sur le terrain. Le responsable du Service jésuite des réfugiés rappelle que son programme d’hospitalité et d’hébergement temporaire permet à l’Etat d’économiser plus d’un million d’euros et en appelle à un véritable dialogue avec les associations au service de la cohésion sociale. La revue Mouvements est consacrée à cette question : Les migrant.e.s dans l’impasse des gouvernances, avec plusieurs contributions sur les mobilisations citoyennes. L’édito souligne que l’engorgement des structures d’hébergement et d’accueil n’est pas tant dû à un nombre trop élevé de migrants qu’au manque de moyens attribués aux organismes et associations en charge de l’accueil. 

Il y a quelque chose d’absurde de la part du gouvernement à présenter une France submergée par l’arrivée des migrants alors même que les engagements pris d’accueillir 24 000 réfugiés syriens en deux ans n’ont pas été tenus et que, sur la même période, l’Allemagne a reçu plus de 800 000 demandeurs d’asile.

Et de rappeler que « les migrations du Sud vers le Nord ne représentent qu’un tiers des migrations mondiales », ce qui signifie que les pays du Sud en prennent la plus grande part contrairement aux « pays du Nord qui en parlent beaucoup mais font si peu ». La sociologue des quartiers populaires Isabelle Coutant les a vu débarquer dans son quartier de la place des Fêtes, dans le XIXe arrondissement de Paris, au plus fort de la crise migratoire de 2015. Habitante et parent d’élève du collège voisin, elle a vu son « terrain » venir à elle. Installés dans un lycée désaffecté, les migrants sont passés en trois mois de 150 à 1400 dans l’indifférence des pouvoirs publics et municipaux, abandonnant à leur débrouille associations et voisins solidaires. Elle raconte cette expérience forte où la sociologie se fait aussi « histoire du présent » dans un livre publié au Seuil sous le titre Les migrants sont en bas de chez moi. Nul doute que l’histoire aurait été bien différente dans d’autres quartiers de la capitale, moins mélangés socialement.

Par Jacques Munier

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