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Viktor Orban et Matteo Salvini, Milan, 28/08/2018

Le moment populiste

5 min
À retrouver dans l'émission

Selon l’ONG américaine Freedom House, la démocratie a connu en 2017 « sa plus sérieuse crise depuis des décennies ».

Viktor Orban et Matteo Salvini, Milan, 28/08/2018
Viktor Orban et Matteo Salvini, Milan, 28/08/2018 Crédits : M. Bertorello - AFP

Pour la douzième année consécutive, le nombre de pays où elle recule (113) est largement supérieur à celui où elle progresse (62). Le rapport est cité dans L’Express, par Charles Haquet à propos du départ de la fondation de Georges Soros de Hongrie. Menacée par la croisade anti-migrants du gouvernement Orbán, Open Society ne consacre pourtant qu’une faible part de son budget aux demandeurs d’asile, l’essentiel étant dévolu à des projets d’éducation et de santé, à l’Université d’Europe centrale de Budapest, ou à des bourses d’études à l’étranger, dont Viktor Orbán lui-même avait bénéficié en son temps. Mais le journaliste rappelle que la démocratie représentative reste le modèle dominant dans le monde et pour 78% des personnes interrogées dans 38 pays par le centre de recherches américain Pew, elle reste le meilleur système de gouvernance. Pour autant, la menace est réelle et elle s’étend, notamment dans ses pays d’origine, en Europe et aux Etats-Unis. D’autant que les jeunes générations, nées dans l’évidence du système démocratique, semblent moins attachées à ses valeurs et à leur défense, comme le souligne le politologue Yascha Mounk. Auteur d’un ouvrage qui vient de paraître à L’Observatoire sous le titre Le Peuple contre la démocratie, il décrit dans la page Débats de La Croix le scénario immuable qui conduit les populistes à confisquer la démocratie qui leur a pourtant permis d’accéder au pouvoir. S’estimant seuls dépositaires de la légitimité populaire, ils s’attaquent à la presse critique, aux libertés publiques, à l’opposition ou aux institutions indépendantes, dont « ils finissent par prendre le contrôle, de telle manière qu’ils ne peuvent plus être chassés du pouvoir de manière démocratique. » Le jeune professeur à Harvard avance une explication à la montée des populismes : « la stagnation des standards de vie des classes moyennes ; la transformation de sociétés homogènes, mono-ethniques, en sociétés multiculturelles ; le développement d’Internet et des réseaux sociaux. 

Ce cocktail est d’autant plus destructeur pour nos démocraties libérales qu’elles sont nées à la faveur de circonstances exactement inverses, c’est-à-dire l’augmentation rapide du pouvoir d’achat, la domination d’une seule catégorie ethnique et une communication de masse contrôlée par les élites politiques et économiques.

Le moment populiste serait ainsi l’expression de la décomposition de la démocratie libérale qui « prétendait protéger les libertés individuelles et traduire la volonté populaire en politiques publiques », alors qu’elle est devenue « antidémocratique, tant les représentants politiques, notamment du fait de la puissance des lobbys, se sont éloignés du peuple ». 

Société ouverte contre société fermée.

Dans ce contexte, si le président français « sait revendiquer les valeurs de la République » et promouvoir une forme de « nationalisme inclusif » face aux populistes, il n’apparaît « pas assez énergique sur le plan de la redistribution et la limitation du pouvoir des plus riches ». On peut donc craindre, aux prochaines élections, le champ libre pour un affrontement des populismes de droite et de gauche, qui évacuerait la question de la démocratie. C’est aussi l’analyse de Jean-Yves Camus dans Charlie Hebdo. Macron a raison d’assumer le rôle d’adversaire que lui ont décerné Orbán et l’italien Salvini : soit l’affrontement de « deux conceptions de l’Europe, société ouverte contre société fermée. Mais le choix qui nous sera donné en mai prochain est-il vraiment binaire ? » Car s’il reste le seul à pouvoir défendre la démocratie libérale du fait du déclin de la social-démocratie et d’une droite conservatrice « destinée, par myopie ou complaisance, à imiter platement, et plutôt mal, le discours identitaire de l’extrême-droite », les élections européennes risquent de mettre en difficulté le « en même temps » macronien d’un discours « progressiste » et d’une réponse au réflexe identitaire alimenté par la crise migratoire. Dans Le Figaro, Jean-Pierre Chevènement envisage la question à un niveau global, dans le contexte du néoprotectionnisme américain et d’une conception où la nation reste « le cadre de la démocratie et de l’affirmation de la volonté politique des peuples ». L’Union européenne pourrait selon lui tirer parti de le situation à condition de surseoir au principe de l’intégration : « la défense de l’État social en effet exige des frontières. Une certaine régionalisation de l’économie mondiale permettrait une meilleure régulation sociale au plan intérieur ». Et en matière migratoire, « la prise en compte de tous les facteurs (développement des pays d’origine qui ont besoin de leurs élites, capacité d’intégration des sociétés d’accueil) pourrait conduire à un consensus entre pays du Nord et pays du Sud, autour de formules équilibrées, cohérentes avec le maintien des valeurs universelles : il faudrait pour cela aider les pays du Sud à devenir de véritables États nations. »

Par Jacques Munier

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