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Manifestation contre l'acquittement d'Asia Bibi

Liberté pour Asia Bibi

5 min
À retrouver dans l'émission

Plus de 40 personnalités, dont Elisabeth et Robert Badinter, ont signé une tribune dans Le Figaro appelant à la libération de la Pakistanaise Asia Bibi.

Manifestation contre l'acquittement d'Asia Bibi
Manifestation contre l'acquittement d'Asia Bibi Crédits : AFP

Et parmi elles également, le Président de l'Institut du Monde Arabe Jack Lang, l’historienne Michelle Perrot ou l’islamologue Rachid Benzine. Je rappelle que c’est pour avoir bu de l’eau à une fontaine publique qui lui était théoriquement interdite que cette mère de famille chrétienne s’est vue accusée de blasphème, qu’elle encourait la peine de mort et qu’elle est incarcérée depuis 9 ans. Or, la Cour suprême de la République islamique du Pakistan concluant à un « dossier vide » et à de « fausses accusations », l’a acquittée fin octobre, ce qui a déclenché les violentes protestations des islamistes dans tout le pays, amenant le gouvernement à « repousser », voire « annuler » la libération d’Asia Bibi. Selon Le Monde, Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, après avoir reçu la secrétaire générale du Comité international Asia Bibi, a affirmé que la France « [étudiait], avec [ses] partenaires européens et internationaux, quelle forme de soutien ou d’accueil pourrait lui être apportée ainsi qu’à sa famille selon les vœux qu’ils exprimeront ».

Le verdict de la Cour suprême

Menacé de mort, son avocat a dû s’exiler. Il rappelle dans Libération.fr que le verdict de la Cour suprême stipule que ceux qui accusent à tort quelqu’un de blasphème pourront désormais être poursuivis, ce qui a mis le feu aux poudres. Saïf ul-Malook s’est félicité que les juges aient établi « de nouvelles règles en matière de preuves dans ces affaires » et ajoute : « Quand je l’ai vue pour la dernière fois, le 10 octobre, Asia Bibi était très forte, mentalement et physiquement. Sa famille va bien, elle attend de pouvoir enfin mieux vivre en Occident. » Gilles Boquérat, spécialiste du Pakistan, revient dans La Croix sur l’accord conclu entre le gouvernement et le groupuscule extrémiste à l’origine des violentes manifestations, le mouvement Tehrik-i-Labbaik Pakistan (TLP) : il prévoit le déclenchement d’une procédure d’interdiction de sortie du territoire à l’intention d’Asia Bibi, et un recours en appel devant la Cour suprême. Du coup, « ce qui aurait pu être un jugement historique est devenu un pétard mouillé ». 

Les islamistes pakistanais

Ce parti récent, le TLP « a fait de la lutte contre tout affaiblissement de la loi sur le blasphème son fonds de commerce », et il « célèbre en héros l’assassin (pendu en 2016) d’un gouverneur qui avait pris la défense d’Asia Bibi ». Depuis son acquittement, il « a appelé au meurtre de trois juges ayant prononcé le verdict, et a demandé aux militaires de se révolter contre leur chef. Le TLP  est devenu le 5e parti du Pakistan aux législatives de juillet ». L’ensemble des partis islamistes ne fait pas plus de 10%, mais « ils ont un pouvoir d’agitation considérable ». Gilles Boquérat rappelle que « des voix au sein du gouvernement ont dénoncé l’arrangement avec le TLP, qu’une ministre a même comparé aux accords de Munich » et qu’un « plan national de lutte contre l’extrémisme religieux a été adopté après le massacre de l’école militaire de Peshawar en décembre 2014, dans lequel 132 enfants ont perdu la vie » mais que jusqu’à présent « ce programme n’a été appliqué que mollement ». Dans le Figarovox, Jean-François Colosimo explique pourquoi le sort d'Asia Bibi déchaîne les passions des islamistes. 

Le blasphème tient une place centrale dans l'islam politique, en particulier dans un pays où la charia est au centre du système juridique.

Pour l’historien des religions, ce « ressort anthropologique à l'intersection entre le religieux et le politique, le blasphème permet de sacraliser l'unité transcendante du corps social en posant des interdits absolus dont la transgression se traduit par la mort physique ou civile. » C’est le même principe qu’applique l’imam Khomeyni avec Salman Rushdie : « réveiller l'Oumma pour qu'elle se purifie, qu'elle entre dans la lutte finale et convertisse le monde requiert de désigner l'ennemi. Or, pour l'islamisme, il est universel. Hors les soumis à la charia, il n'y a que des sacrilèges ou des apostats. La terreur en devient, sur un mode totalitaire, un devoir d'État. » Les Pakistanais sont musulmans à 95 % et sunnites à plus de 75 %, de tradition hanafite : « dominante en Asie, en apparence libérale pour s'être édifiée dans un contexte culturel complexe, cette école juridique porte précisément une grande attention à l'endiguement des "Infidèles" ». Jean-François Colosimo décrit les courants qui divisent cette écrasante majorité sunnite, dont la moitié, les barelvis, « se revendiquent du soufisme, lequel comporte certes des accents mystiques et piétistes mais consiste d'abord en un maillage serré et contraignant de la population par les confréries ». Dans « la guerre civile latente » qui les opposent aux 15 à 20 % de chiites, « et dont le bilan se monte à plusieurs milliers de morts sur ces vingt dernières années », ces courants se montrent « unanimes dès lors qu'il s'agit d'opprimer les 3 % d'hindous et de chrétiens ». À noter l’influence grandissante du wahhabisme saoudien, « mettant à profit la délégation massive de l'instruction primaire aux écoles coraniques que sont les madrasas ».

Par Jacques Munier

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