LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Thomas Piketty, 17 avril 2015

La croissance des inégalités

4 min
À retrouver dans l'émission

Le Rapport sur les inégalités mondiales 2018, coordonné par cinq économistes, dont Thomas Piketty, paraît aujourd’hui au Seuil.

Thomas Piketty, 17 avril 2015
Thomas Piketty, 17 avril 2015 Crédits : E. Fougere - Getty

Il est le fruit du travail d’une centaine de chercheurs du monde entier, puisant dans une gigantesque base de données statistiques et fiscales (WID.World) qui permettent d’établir des mesures inédites des inégalités, et d’en tirer des enseignements décisifs sur les grandes évolutions de notre temps. Lucas Chancel et Thomas Piketty en résument les grandes lignes dans les pages Débats de L’Obs. S’il est vrai que la pauvreté recule au niveau mondial, les inégalités augmentent à l’intérieur de chaque pays, mais à des rythmes différents. Pour les auteurs, l’enjeu est de taille : « L’inégalité économique est un phénomène complexe, multidimensionnel et, dans une certaine mesure, inévitable – écrivent-ils. Néanmoins, nous avons la conviction que si l’aggravation des inégalités ne fait pas l’objet d’un suivi et d’un remède efficaces, elle pourrait conduire à toutes sortes de catastrophes politiques, économiques et sociales. » 

Réduction de la pauvreté, augmentation des inégalités

C’est la croissance des pays émergents qui est à l’origine de la réduction de la pauvreté et des inégalités à l’échelle planétaire, cependant les économistes montrent qu’elle peut se moduler différemment en interne : la sortie du communisme, par exemple, a entraîné une hausse des inégalités mais le choix des stratégies a induit des différences considérables. « La dérégulation de l’économie extrêmement brutale en Russie, qui en moins d’une décennie, est passée du pays le plus égalitaire au monde au pays le plus inégalitaire » provient du fait que « tout un pan de la richesse publique est passée aux mains de quelques oligarques », alors qu’en Chine « la transformation a été plus progressive », les inégalités moins importantes et aujourd’hui en stagnation. Au niveau mondial, le modèle social redistributif adopté de longue date en Europe – où les inégalités ont nettement moins augmenté qu’ailleurs – pourrait faire la différence pour les plus pauvres. « Si l’on suit au contraire un chemin dans lequel on attise la concurrence fiscale, dans lequel on réduit la progressivité de l’impôt – comme c’est le cas actuellement en France ou aux Etats-Unis – on portera alors une lourde responsabilité vis-à-vis des autres pays (l’Inde, les pays africains, le Brésil…) Car cela les incitera à aller plus loin encore dans cette voie dangereuse, afin de rester concurrentiels sur le plan fiscal – prévient Thomas Piketty. 

Il faut être cohérent : on ne peut pas à la fois jurer qu’on va se battre contre les paradis fiscaux et ajouter une couche de dumping fiscal. 

Or c’est exactement ce que font aujourd’hui les gouvernements respectifs de ces deux pays, les Etats-Unis et la France : « Trump entend baisser l’impôt sur les sociétés de 35% à 20%, Macron entend passer graduellement de 33% à 25% ; les deux créent un régime dérogatoire au sein de l’impôt sur le revenu, au profit des revenus des propriétaires d’entreprise aux Etats-Unis, au profit des dividendes en France ; Trump souhaite supprimer l’impôt sur les successions, Macron met fin à l’ISF… » Une « fuite en avant » d’autant plus incohérente « que les groupes de contribuables que Donald Trump et Emmanuel Macron essaient de favoriser fiscalement sont ceux qui ont accaparé une part disproportionnée de la croissance au cours des vingt ou trente dernières années » estime Thomas Piketty, qui ajoute que « De telles réformes ne peuvent qu’aggraver le sentiment d’abandon, face à la mondialisation, qu’ont les classes populaires et moyennes. » 

Comment réduire les inégalités ?

L’économiste préconise des solutions pour y remédier : « L’éducation, les impôts, l’organisation du marché du travail. » L’éducation pour améliorer le niveau de formation et faire grimper les salaires et l’emploi, l’impôt pour la financer et l’organisation du travail pour assurer « une meilleure intégration des salariés à la gouvernance des entreprises », notamment dans les instances de gouvernance, comme en Allemagne ou en Suède. 

Cela permet de limiter les rémunérations des dirigeants. Quand il s’agit d’adopter des grilles de salaire, les représentants des salariés calment un peu le jeu.

Notre pays, auquel un chapitre du livre est consacré, ne fait pas figure d’exception quant à la hausse des inégalités. Mais j’insisterai sur un aspect auquel nous sommes devenus à juste titre particulièrement sensibles : celui des inégalités de revenus entre les hommes et les femmes qui, même si elles se réduisent depuis les années 1970, restent importantes. Par ailleurs, la loi Copé-Zimmermann oblige désormais les grandes entreprises à compter au moins 40% de femmes dans leurs conseils d'administration. Marlène Schiappa, Secrétaire d’état à l’égalité entre les femmes et les hommes, était hier l’invitée des Echos, une interview à retrouver sur le site du journal. Elle estime qu’il faut davantage contrôler son application pour assurer et garantir la part des femmes dans la gouvernance des entreprises et évoque les expérimentations sur les biais de genre des dirigeants d’entreprises pour jauger une candidate et attribuer des postes, ainsi que la mise en place d’un logiciel qui permettra de mesurer au cas par cas les inégalités de genre. 

Par Jacques Munier

Chroniques
6H45
10 min
Les Enjeux internationaux
Pacifique sud : la Chine joue-t-elle son Vanuatu ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......