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14 juillet 2018

L’An II de la macronie

5 min
À retrouver dans l'émission

Le président Macron présente aujourd’hui son plan pauvreté, alors qu’il affronte une désaffection record dans l’opinion publique.

14 juillet 2018
14 juillet 2018 Crédits : Ph. Wojazer - AFP

La plus brutale, la plus soudaine de toute l’histoire de la Ve République, souligne Alain Duhamel dans Libération. Avec 27% de satisfaits, selon Ipsos, Emmanuel Macron tombe au même niveau que François Hollande à pareille époque. Le politologue rappelle la loi d’airain du calendrier politique de l’ancien monde depuis que le quinquennat est en place : après « le temps de la victoire dans le sillage de l’élection » vient celui du « désamour, généralement durant la deuxième année » puis celui du « recentrage, pour tenter d’inverser la tendance », avant d’entrer dans les marges mouvantes de l’évaluation, « par les prétendants à l’Elysée, les médias et surtout les Français ». Aujourd’hui, dans le temps venu du recentrage, « la priorité se situe, de toute évidence, sur le front social – observe Alain Duhamel. C’est là que la déception a été la plus aiguë, lorsque l’image délétère du "Président des riches" s’est installée. » Ce n’est donc pas un hasard s’il présente lui-même « solennellement » le plan pauvreté, cinq jours avant celui sur la réorganisation du système de santé… 

Corps intermédiaires

Mais ce « recentrage » ne portera ses fruits que si le président « cesse de ferrailler avec les corps intermédiaires (syndicats, élus locaux, associations) pour engager le dialogue, que ce soit à propos de l’assurance chômage ou, plus encore, de l’immense réforme des retraites ». C’est aussi le sens de l’analyse d’Olivier Mongin dans la dernière livraison de la revue Commentaire. La vision « jupitérienne » d’un pouvoir « vertical », « aux dépens des institutions intermédiaires et de la démocratie sociale », ne peut que susciter des réactions tous azimuts car 

un pays en mal de médiations entre le haut et le bas ne peut qu’entamer une joute permanente avec son président. Olivier Mongin

Et mieux vaudrait éviter pour le premier magistrat la posture symétrique – je cite : « à vouloir passer en force, à contourner sans états d’âme les médiations syndicales et parlementaires, il s’installe dans la joute verbale chère au populisme ». C’est que – ajoute Olivier Mongin - le « nouveau monde politique ne s’institue pas naturellement et qu’il ne se résume pas au démantèlement de l’ancien ». Et « aujourd’hui, Emmanuel Macron ne semble pas disposer d’autre scénario que celui d’un passage en force vis-à-vis des réfractaires aux réformes ». Dans Les Echos, en pages idées & débats, Etienne Lefebvre insiste sur les conditions de la réussite du plan pauvreté : la mobilisation des acteurs concernés, notamment les départements et les associations. 

Car s’il est vrai que « grâce à un niveau de prestations élevé, le taux de pauvreté est contenu à 14 % de la population en France », il stagne alors que « la grande pauvreté se répand et les personnes pauvres le restent, souvent de génération en génération ». Mettre l’accent sur la prévention, via l’école, le soutien aux familles, par exemple les crèches, et sur l’accompagnement vers le retour à l’emploi va dans le bon sens. Mais, encore une fois, rien ne pourra se faire sans l’engagement des pouvoirs locaux et des associations. 

Les "institutions de l’interaction"

L’affaire Benalla, dans sa phase terminale, est symptomatique d’une forme de mépris à l’égard des corps intermédiaires – que Pierre Rosanvallon désignait comme les « institutions de l’interaction » – et avant tout des corps constitués comme l’Assemblée nationale ou le Sénat. Nourri au lait de l’arrogance élyséenne, le nervi de la sécurité rapprochée du président donne de la voix pour exprimer son dédain à l’égard des élus du Parlement, à propos d’une convocation parfaitement légitime devant une commission d’enquête du Sénat, après la baston de la place de la Contrescarpe et l’usurpation d’insignes de la police dont il s’est rendu coupable. En termes de communication autant que d’éthique républicaine c’est un fâcheux raté, analysé comme tel par Arnaud Benedetti dans le Figarovox. « Les effets risquent d'être d'autant plus toxiques que le storytelling de secours déployé par les marcheurs avait d'abord relativisé le côté bad boy de l'impétrant pour ramener les incidents du 1er Mai à une quasi-faute de jeunesse. Le plan média doucereux qui avait accompagné les prestations de Monsieur Benalla n'avait d'autre objet que d'accréditer la représentation d'un profil culturellement compatible avec la macronie rêvée. » L’auteur du Coup de com’ permanent (Cerf) et professeur associé l’université Paris-Sorbonne rappelle aux différents protagonistes de la série estivale qu’en dépit de leur volonté de tourner la page politico-médiatique, le « temps institutionnel, à la fois judiciaire et parlementaire » ne pouvait que se rappeler à eux… « Monsieur Benalla, agent free-lance de la marque "Macron", ne l'aura pas supporté : refusant dans un premier temps de déférer à sa convocation, étrangement soutenu par des déclarations pour le moins étonnantes de la Garde des sceaux, il se résigne enfin à une audition devant des parlementaires dont il dit à haute et intelligible voix qu'ils ne les respectent pas. » Pas plus, dans le fond, qu’il n’aura respecté la police ou la gendarmerie dans cette affaire. Et l’on sait qu’elles le lui rendent bien…

Par Jacques Munier

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