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La procès dit "du groupe de Tarnac", Tribunal de Paris

L'affaire Tarnac

5 min
À retrouver dans l'émission

La qualification de terrorisme écartée, les principaux inculpés de l’affaire dite « de Tarnac » sont poursuivis pour « association de malfaiteurs », concernant les dégradations d’une ligne SNCF.

La procès dit "du groupe de Tarnac", Tribunal de Paris
La procès dit "du groupe de Tarnac", Tribunal de Paris Crédits : Th. Padilla - Maxppp

Le procès qui se déroule en ce moment pourrait bien s'avérer être celui des dérives d'une enquête sous influence politique. Yildune Lévy en a résumé sur France Inter les graves incohérences et le vain acharnement. Mais c’est aussi l’occasion de prêter l’oreille à cette contestation intransigeante, argumentée de l’ordre établi que mène la nébuleuse un temps regroupée sous la bannière du « Comité invisible » et de L’insurrection qui vient

Le Comité invisible, dix ans de subversion

Dans Le Monde, Nicolas Truong observe une évolution à l’égard du « ton péremptoire » et du « style comminatoire » hérités des situationnistes et de Guy Debord. « Voir la gueule de ceux qui sont quelqu'un dans cette société peut aider à comprendre la joie de n'y être personne », écrivaient-ils encore récemment pour justifier une forme militante de clandestinité. Aujourd’hui le collectif s’affiche pour organiser des débats, comme le 27 janvier autour du thème « Tout le monde déteste le travail », ou encore le 8 mars à Montreuil, où Julien Coupat a exprimé sa volonté de « ne pas s'enfermer dans un ghetto radical ». Ce soir-là, Frédéric Lordon ou l’écrivain Serge Quadruppani étaient présents. Le quotidien consacre sa double page Débats & analyses aux dix ans de subversion du Comité invisible, soulignant son indéniable empreinte. Un collectif d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes signe une tribune de soutien aux « inculpés de Tarnac », parmi lesquels Giorgio Agamben, Olivier Cadiot ou Rony Brauman, Eric Fassin, Marielle Macé ou Jean-Luc Nancy… Ils dénoncent une justice « d’exception » qui incrimine les intentions et contamine le droit commun. Selon eux, les services de renseignement ont désormais les coudées franches et fonctionnent sous le régime de l’état d’urgence comme une « police politique ». 

« L'antiterrorisme est devenu, pour l'Etat, une technique permettant de mobiliser des moyens démesurés pour empêcher la contestation ».

On verra ce que le procès des 8 inculpés de Tarnac ajoutera ou retranchera à ces analyses. 

La "politisation de l'esthétique"

Nathalie Quintane, autre signataire de la tribune du Monde, insiste sur l’aspect littéraire de l’aventure. « L'histoire des avant-gardes historiques en poésie et l'influence qu'elles ont exercée ont toujours été minimisées, en France », estime-t-elle. « Les textes du Comité invisible sont très écrits… Très conscients de ce que peut une littérature critique… Leur essai L'Insurrection qui vient (2007) a eu un effet social certain, en particulier sur les jeunes générations. J'ai rencontré pas mal d'ex-lycéens qui se sont " politisés " en le lisant, et qui ont un usage autre que simplement esthétique de cette prose-là. Il y a une efficacité indéniable de ces livres, de ces choix d'écriture. » Des choix qu’on retrouve de la revue Tiqqun au site Lundimatin, où Nathalie Quintane intervient. Le site Lundimatin, souligne Nicolas Truong marque un tournant. C'est d'abord une réussite éditoriale. Le journal électronique rassemble toute la mouvance autonome, libertaire et révolutionnaire. Un article sur la ZAD de Bure y côtoie une lecture du talmudiste Ivan Segré, un appel au blocage des universités jouxte un reportage sur un campement de réfugiés. » Le cercle des lecteurs, comme celui des contributeurs, s'est élargi. On peut y retrouver l'écrivain Eric Vuillard, auteur de romans dans lesquels " l'Histoire apparaît comme une puissance dévorante et absurde ". Une ligne ferme est maintenue sur des sujets qui divisent la gauche radicale, comme la Syrie, avec les récits de Pierre Torres, les entretiens avec des exilés kurdes, les analyses de Catherine Coquio sur la Ghouta « qui témoignent d'une fidélité à la révolution syrienne et à l'opposition au régime de Bachar Al-Assad ».

Textes et documents relatifs à l’affaire dite « de Tarnac ».

Lundimatin a aussi sa version papier. Sa dernière livraison rassemble une série de textes et documents relatifs à l’affaire dite « de Tarnac ». On peut y retrouver la tribune cosignée Maka Kanté et Benjamin Rosoux, l’un des co-inculpés du procès qui se tient en ce moment – en l’occurrence pour « refus de se soumettre à un prélèvement biologique ». Le texte publié dans Le Monde en 2009 s’intitule « Fallait pas nous mettre dans la même prison ! » Il est le fruit de la rencontre improbable d’un jeune de banlieue arrêté dans les émeutes de Villiers-le-Bel et d’un jeune diplômé interpellé dans le cadre de l’affaire Tarnac, tous deux en détention préventive. 

Nous nous sommes trouvés dans une petite cour de promenade humide et glauque de la prison de Fresnes

écrivent-ils, « sur foi de réquisitoires aussi peu fondés l’un que l’autre, où le bon vieux témoignage anonyme, pour ne pas dire délation crapuleuse, dispense opportunément de la charge de la preuve », « dans des affaires d’Etat où les enjeux politiques dépassent largement le sort de nos petites personnes ». Des histoires qui se sont croisées « au hasard d’une désertion des voies tracées pour nous dans le grand cirque de la reproduction sociale ». On retrouvera également dans le volume de lundimatin le texte cosigné Giorgio Agamben et Yildune Lévy, sur l’agent britannique infiltré au sein des mouvements altermondialistes et qui aurait joué un rôle important dans l’enquête sur les jeunes de Tarnac, lui donnant d’emblée son allure éminemment « barbouzarde ».

Par Jacques Munier

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