LE DIRECT
La statue de Karl Marx a Moscou

Marx, une pensée-monde

5 min
À retrouver dans l'émission

C’est le bicentenaire de la naissance de Karl Marx, le 5 mai 1818

La statue de Karl Marx a Moscou
La statue de Karl Marx a Moscou Crédits : T. Somerset - Maxppp

Plusieurs ouvrages reviennent sur sa pensée et s’emploient à en dégager l’actualité. D’autres, comme la biographie de Jonathan Sperber (Karl Marx, homme du XIXe siècle, Piranha) adoptent un angle opposé en relisant Marx à l’aune de son époque et de ses propres engagements. C’est que, résume Benjamin Caraco sur le site Nonfiction, pour Sperber, le contraste entre notre époque et celle de l’auteur du Capital « nous aiderait à mieux saisir les temps où nous vivons ». 

Jeune hégélien

Du point de vue biographique, un fait, par exemple, est frappant : lorsqu’en 1836 le jeune Marx rejoint l’université de Berlin, le mouvement des « jeunes hégéliens » en plein essor exerce une forte attraction sur l’étudiant, et surtout la mort de Hegel est encore toute récente (1831)… Même si Marx a pu dire, dans une formule célèbre du Capital, que la dialectique hégélienne marchant sur la tête, il lui a suffi « de la remettre sur les pieds », nul doute que la philosophie de l’Histoire comme réalisation progressive de la raison dans les sociétés humaines n’ait fourni un cadre durable à ses propres analyses. Marx devient journaliste, en opposition à l’Etat prussien, puis il quitte l’Allemagne pour échapper à la censure et s’établit à Paris sous la Monarchie de Juillet, période de relative liberté, et chapitre décisif de sa biographie intellectuelle : pour Jonathan Sperber, c’est là qu’il « inventa le prolétariat pour des raisons politiques : afin de réaliser les aspirations issues des brimades qu’il avait subies dans ses confrontations avec le pouvoir autoritaire prussien ». Et aussi parce que cette classe exploitée, n’ayant rien à perdre, avait intérêt à s’attaquer au capitalisme, et à symboliser l’émancipation de l’humanité. 

Paris-Bruxelles-Londres

C’est à Paris que Marx rencontre Engels et qu’il étudie les économistes. Lassalle résumera ainsi sa contribution à la théorie économique : « Ricardo devenu socialiste ; Hegel devenu économiste ». En 1848 l’Histoire le rattrape avec le Printemps des peuples, c’est l’année du Manifeste du Parti communiste. Nouvelle rencontre avec l’Histoire lors du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte : Le Dix-huit Brumaire affine sa pensée de la lutte des classes. Il y reproche notamment aux révolutionnaires de 1848, en s’incluant dans la critique, d’avoir voulu rejouer 1789. Et esquisse sa théorie d’une révolution déclenchée par la crise économique. Puis c’est la Commune et sa lecture dans La lutte des classes en France. Le grand œuvre de la période londonienne, c’est évidemment Le Capital, « après plus d’une décennie d’assimilation des grands économistes classiques (Smith, Ricardo, Say), avec lesquels il est globalement en accord », tout en prolongeant les tendances structurelles qu’ils dégagent dans un esprit hégélien de déterminisme historique. Si la perspective adoptée par Jonathan Sperber est éclairante sur la genèse de la pensée de Marx, il reste que celle-ci s’est ensuite détachée de son auteur pour inspirer des mouvements d’émancipation partout dans le monde. 

Actualité de Marx

Au-delà des réussites et des terribles échecs dont le marxisme est responsable, nombreux sont ceux qui pensent que la pensée marxienne est aujourd’hui plus féconde que jamais « pour comprendre le monde et ses dérives ». C’est le cas de notre président qui recommandait à la jeunesse il y a seulement un an dans le magazine Elle, de « lire Karl Marx ». Et c’est aussi le conseil lancé par l’économiste Cédric Durand et le sociologue Razmig Keucheyan dans les pages idées de Libération. A lire pour l’actualité de sa théorie critique : « Toute la démarche de Marx consiste à partir des dissonances entre la vie rêvée des êtres humains et nos histoires individuelles ou collectives prises dans les filets du capital. » Pour comprendre l’état du monde dans sa phase actuelle, où « le capitalisme a étendu son emprise sur toute la planète ». Et de rappeler que dans le Capital, « Marx déploie l’analyse implacable d’un système qui ne se développe « qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse: la terre et le travailleur ». Mais pour qui sait lire, 

Le changement technologique, nourri par la concurrence et le conflit capital-travail, ne se contente pas de recréer sans cesse de nouvelles opportunités de profits, ni d’accroître le pouvoir des détenteurs du capital ; il crée aussi les conditions d’une autre forme de vie sociale.

La dernière livraison de la revue Actuel Marx (PUF) porte sur L’exploitation aujourd’hui. L’édito rappelle que « l’exploitation n’est pas moins présente qu’à l’époque de Marx, de sorte que ce concept est toujours utile pour analyser certaines formes contemporaines de la domination et de l’inégalité structurelles ». Mais ses formes ont évolué, par exemple dans la sous-traitance qui permet de « contourner le droit du travail » et de « transférer un ensemble de risques des employeurs vers les travailleurs ». Trois économistes étudient « les cas du secteur forestier en Afrique du Sud, de la construction en Australie » et de la France. Et la juriste Barbara Gomes analyse les entorses à la régulation juridique des rapports de travail sur les plateformes numériques, qui instaurent une relation de service entre deux utilisateurs indépendants, l’opérateur et le client, en occultant les rapports de sujétion.

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

Trois ans de crise politique au Burundi : un équilibre de la terreur ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......