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Traite des êtres humains : 1 victime sur 4 est un enfant

L’esclavage moderne

5 min
À retrouver dans l'émission

C’est aujourd’hui la 11ème journée européenne contre la traite des êtres humains, un fléau qui touche dans le monde plus de quarante millions de personnes.

Traite des êtres humains : 1 victime sur 4 est un enfant
Traite des êtres humains : 1 victime sur 4 est un enfant Crédits : Daniel Berehulak - Getty

Sous des formes diverses : travail forcé, exploitation sexuelle, mariage servile, mendicité contrainte, servitude pour dettes… Comme le rappelle Julien Bisson dans l’hebdomadaire Le un, ces nouveaux esclaves seraient près de 129 000 en France selon l’Organisation internationale du travail. Un chiffre qui ne devrait pas baisser si l’on en juge par la crise migratoire de ces dernières années, laquelle « n’a fait que précariser davantage ces populations, placées sous le joug d’organisations mafieuses qui ont bien compris les profits à tirer de la traite humaine ». Cette année, le Groupe d’experts du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains (GRETA), qui est à l’origine de cette journée européenne, l’a placée sous le signe de l’enfance, car 1 victime sur 4 est un enfant. 

Selon une étude menée par l’OIM (l’Organisation internationale pour les migrations) et l’Unicef en 2017, sur 11 000 jeunes migrants interrogés (14-24 ans), 77 % affirmaient avoir été victimes d’exploitation ou de traite sur la route migratoire méditerranéenne. L’hebdomadaire a rassemblé plusieurs cas impliquant des mineures sur notre sol, de l’exploitation sexuelle au travail forcé domestique. S’il peut s’avérer plus facile de repérer certaines pratiques comme la prostitution de rue ou le travail agricole, qui se déroulent à ciel ouvert, d’autres, comme l’esclavage domestique ou le mariage servile, ont lieu à l’abri des regards, ce qui contribue à occulter le phénomène, notamment aux yeux de l’opinion. 

La qualification juridique de l'esclavage

Sylvie O’Dy est la présidente du Comité contre l’esclavage moderne (CCEM), une association née dans les années 1990 qui assure un suivi général des victimes, notamment une aide juridique et un soutien social et administratif. Elle insiste sur la vulnérabilité de ces personnes qui le plus souvent ne parlent pas notre langue, sont menacées de représailles sur les familles restées au pays, séquestrées et maltraitées, leurs papiers confisqués et cette vulnérabilité qui explique leur consentement forcé ne concerne pas que les mineurs. Parmi les victimes on compte 70% de femmes. Afrique et Maghreb, Europe de l’est, Asie, « en 2017, les 170 victimes soutenues par le CCEM venaient de 40 pays ». Côté exploiteurs, tous les milieux sociaux sont concernés. Sylvie O’Dy retrace la progressive prise de conscience des juristes pour qualifier le délit, depuis les premières plaintes en 1998 où étaient retenus « l’abus de vulnérabilité, le travail non rémunéré et les conditions d’hébergement contraires à la dignité humaine » jusqu’en 2003, où la première loi sur la traite des êtres humains définit le délit de « recruter, transporter, héberger des personnes contre de fausses promesses en vue de leur exploitation ». À l’époque ce sont surtout les réseaux de proxénétisme qui étaient visés. Et puis « en 2013, à l’occasion de la transposition d’une directive européenne, la réduction en esclavage, la servitude et le travail forcé sont entrés dans le Code pénal ». 

Le facteur migratoire

Reste l’ampleur du problème à l’échelle mondiale, aggravé par les mouvements migratoires. On se souvient des images tournées en Libye, il y a moins d’un an, montrant un véritable marché aux esclaves où des migrants étaient vendus à l’encan. Aujourd’hui, depuis la quasi-fermeture de la route migratoire allant de la Libye vers l’Italie, une partie des candidats au voyage s’est reportée vers le Maroc et l’Espagne. Sous la pression de l’Union Européenne, le Maroc a intensifié la répression contre les migrants. _Courrier international_relaie un article d’Al Jazira qui décrit des conditions d’existence inhumaines. L’archevêque Santiago Agrelo Martinez, qui recueille dans la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption à Tanger, des dizaines d’entre eux témoigne : 

Le plus dur est de voir les humiliations qu’ils subissent au quotidien, mendiant dans les rues, tremblant de peur et ne sachant pas où ils finiront.

Là, on s’occupe « de tous leurs besoins : nourriture, vêtements, hygiène corporelle, santé physique et mentale, logement, scolarité des enfants, développement des compétences, et emplois dans de petites entreprises tangéroises. » Heba Morayef, directrice d’Amnesty International Afrique du Nord et Moyen-Orient, juge choquante la répression contre les migrants et les réfugiés au Maroc. 

Elle représente un recul inquiétant pour un gouvernement qui, en 2013, avait annoncé une nouvelle politique migratoire pour mettre le Maroc en conformité avec les normes internationales. 

Selon elle, quelque 5 000 personnes ont été arrêtées dans ces opérations depuis juillet, entassées dans des bus et abandonnées dans des zones isolées proches de la frontière algérienne ou dans le sud du pays. Pour Le Monde.fr, Charlotte Bozonnet a mené l’enquête sur ces « arrestations massives, parfois violentes, touchant de manière indiscriminée les personnes noires, sans prise en compte de leur statut, et sans cadre légal établi ». Mais là, l’hospitalité des citoyens marocains a permis d’éviter le drame de l’esclavage.

Par Jacques Munier

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