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Un rond-point, près de Lyon

Le Grand débat

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Organisé à la suite du mouvement des « gilets jaunes », il devrait se dérouler au niveau local, puis à l’échelle nationale autour des thèmes du pouvoir d’achat, de la justice fiscale, de l’exercice démocratique et du rapport entre réforme et progrès.

Un rond-point, près de Lyon
Un rond-point, près de Lyon Crédits : AFP

Si les élus locaux, en particulier les maires, sont partants – ils sont nombreux à avoir déjà engagé la consultation avec les cahiers de doléances – ils ne souhaitent en être ni les organisateurs, ni à fortiori les animateurs. Et ils attendent les détails de ses modalités, définies par la Commission nationale du débat public, une instance créée en 1995 par la loi Barnier sur la protection de l'environnement et qui a pour mission de « veiller au respect de la participation du public au processus d'élaboration des projets d'aménagement ou d'équipement d'intérêt national de l'État, des collectivités territoriales, des établissements publics et des personnes privées ». Dans la page Débats de La Croix, deux élus locaux de bords politiques opposés s’accordent là dessus. Nicolas Soret, conseiller départemental PS et adjoint au maire de Joigny, dans l’Yonne, ajoute qu’il compte apporter sa propre contribution « et témoigner des difficultés des communes rurales face aux grands enjeux du moment, comme la transition énergétique, la mobilité ou le vieillissement de la population. 

En quelques années, Joigny a perdu sa maternité, son service de chirurgie, son tribunal d’instance, son tribunal de commerce et son régiment ». 

Des décisions qui « ont conduit à jeter les usagers sur les routes ». Quant à Gaël Perdriau, le maire LR de Saint-Étienne, il s’inquiète de l’efficacité des consultations régionales prévues avec tous les élus locaux. Les treize régions et 36 000 maires formeraient des réunions de 3000 personnes… Difficile d’imaginer des échanges dans ces conditions. 

La presse internationale

Un autre débat se déroule à l’échelle internationale par voie de presse. Courrier international relaie un article du Financial Times au titre suggestif : « Pourquoi les médias en ont trop fait sur les “gilets jaunes” ? » Pour Simon Kuper, c’est notamment le fait qu’il a lieu chez nous qui explique la présence de ce mouvement à la une des journaux du monde entier. 

Une manifestation de masse en France, c’est comme une représentation à la Scala de Milan ou à l’Opéra de Vienne pour une cantatrice : on se doit d’en parler. 

Mais c’est surtout parce que la révolte gronde non pas « contre l’establishment libéral d’hier mais bien contre le président Macron, qui se targue de représenter le monde progressiste de demain ». Or, ce qui intéresse les gilets jaunes, c’est le présent de leur situation, et « ce mouvement qui regroupe avant tout des travailleurs blancs, des gens qui doivent compter chaque euro, est interprété comme étant le prochain populisme à la Trump ou le prochain Brexit ». Les médias ne veulent surtout pas être pris de court comme ils le furent alors, du coup « ils surinterprètent l’importance politique de n’importe quel mouvement, dès qu’ils y voient la marque de la classe ouvrière blanche ». Et de nouveau, « ils passent à côté d’autres mouvements politiques, peut-être plus importants », par exemple les écologistes : « les deux tiers des Français disent soutenir les gilets jaunes, mais 85 % se préoccupent du changement climatique ». Et s’il est vrai que le président est dans la ligne de mire, que dire de Marine Le Pen – plébiscitée par plus de 40 % des “gilets jaunes” – s’ils présentaient une liste aux élections européennes ? « Ils cannibaliseraient les voix du RN. » 

Démocraties "illibérales"

Dans les pages Champs libres du Figaro, le politologue bulgare Ivan Krastev « inscrit le mouvement des  gilets jaunes  dans une recomposition politique qui traverse toutes les démocraties occidentales, en particulier sur le Vieux Continent. Les peuples européens ont cessé de croire que le libre-échange et l’ouverture des frontières pouvaient profiter à tous. » Mais « la démocratie illibérale n’est pas la solution », comme le montrent les manifestations « dans les rues de Budapest pour protester contre la législation promulguée par le gouvernement hongrois (que l’opposition qualifie de « droit à l’esclavage ») qui relève le nombre d’heures supplémentaires autorisées à 400 heures par an et repousse leur délai de paiement par les employeurs à trois ans ». C’est la pénurie de main-d’œuvre en Europe centrale qui justifie cette mesure. 

M. Orban a réussi à construire un mur qui empêche les travailleurs étrangers de venir en Hongrie, mais il a échoué à dissuader ses compatriotes de quitter le pays.

Leur nombre est désormais supérieur à celui des Hongrois qui ont fui leur pays après l’écrasement de la révolte de 1956. Pour ce qui concerne notre pays, le politologue reste sceptique sur les chances des gilets jaunes  de transformer la sympathie exprimée en suffrages. Et il rappelle l’exemple de l’Italie, où des deux partis populistes émergents – le Mouvement 5 étoiles, « horizontal », opposé aux mesures d’austérité, et un parti antimigrants organisé autour d’un dirigeant – celui qui domine est le plus vertical « parce qu’il est plus facile de stopper la course d’un bateau de migrants afin de prouver sa fermeté que de proposer de vraies solutions qui bénéficieront à des pans entiers de la société ».

Par Jacques Munier

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