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Octopus vulgaris

La parole aux mollusques !

5 min
À retrouver dans l'émission

Ce weekend se tient à Paris la 18e édition du festival antispéciste, avec en soirée d’ouverture, dès demain, deux conférences sur la question animale. L’occasion de donner la voix aux vivants non-humains…

Octopus vulgaris
Octopus vulgaris Crédits : P. Louisy - Maxppp

Et en particulier aux plus nombreux d’entre eux : ceux qui habitent les océans. Le conflit entre pêcheurs français et britanniques sur la coquille Saint-Jacques a récemment défrayé la chronique. Les pêcheurs français n’ont le droit de pêcher la coquille que du 1er octobre au 15 mai, pour permettre sa reproduction pendant l’été et protéger la ressource, une astreinte qu’ignorent les britanniques. Selon Éric Foucher qui recense chaque année la population de coquilles dans la baie de Seine, l’exploitation du gisement dans les eaux communautaires est trop intense. Le chercheur à l’Ifremer explique sur le site de La Croix que cette zone abrite un vivier exceptionnel de part et d’autre de la limite des douze miles nautiques qui marque la fin des eaux territoriales françaises. C’est juste à l’extérieur de cette limite qu’ont eu lieu les escarmouches, là où l’effort de pêche est trop important et où l’on observe, à la fin de la période de récolte, « que la population résiduelle a presque disparu : la biomasse de coquilles est tombée cette année à 8 000 tonnes, alors qu’elle était de 18 000 tonnes en 2017 ». 

Le souffle de la coquille Saint-Jacques

C’est sans doute la raison pour laquelle le chanteur brestois Miossec, rédacteur en chef invité desInrockuptibles, a ouvert les pages de l’hebdomadaire à la complainte des coquilles Saint-Jacques. Laurent Chauvaud, l’homme qui les entend respirer en déduit leur état de santé et l’impact du réchauffement climatique en rade de Brest. Le chercheur en biologie marine à l’Institut universitaire européen de la mer (IUEM) utilise des hydrophones de la défense nationale pour enregistrer le son des mollusques bivalves au cours de ses plongées. Tendez l’oreille : voici le résultat. Laurent Chauvaud s’apprête à ouvrir un nouveau champ de recherche sur le son dans les fonds marins, pour détecter notamment une raréfaction de l’oxygène dans l’eau, entraînant une respiration anormale des coquillages. Il a également mis au point un « accéléromètre » à fixer sur les coquilles Saint-Jacques pour suivre leur parcours. Et en analysant les stries présentes sur leurs structure calcifiées, comme pour un arbre, il parvient déterminer leur âge, mais aussi, sur le temps long, à mettre en évidence de façon rétroactive le changement climatique. 

Le baiser de la pieuvre

Autre mollusque très symbolique des océans : la pieuvre, objet immémorial de répulsion voire de terreur par son aspect tentaculaire. Les descriptions qu’en fait Victor Hugo dans Les Travailleurs de la mer sont célèbres : « souple comme le cuir, solide comme l’acier, froide comme la nuit »… La journaliste américaine Sy Montgomery s’est passionnée pour cette créature étrangement familière à la pupille noire et aux tentacules truffées de neurones, avec ses 1600 ventouses capables, chacune d’entre elles, de soulever 15 kilos. Dans un livre publié chez Calmann Lévy sous le titreL’Âme d’une pieuvre, elle raconte ses étonnantes interactions avec des mollusques aux caractères très marqués et différents, dont la caresse tout en souplesse tactile dénote une curiosité et un élan naturel pour franchir la barrière des espèces. En particulier Athéna, pieuvre géante du Pacifique, rencontrée dans le grand bassin de l’aquarium de Boston, « fougueuse, très active et encline à l’excitation – sa peau devenait alors bosselée et rouge » : avant d’être littéralement happée, la journaliste raconte l’émotion de la première approche. « Lentement elle détacha ses petites ventouses extérieures, placées au sommet de ses bras, pour me saisir de ses ventouses plus grandes et plus fortes, proches de sa tête », tout en rivant ses pupilles noires sur son visage. Conquise, Sy Montgomery est allée retrouver la créature dans son habitat naturel, au large des côtes du Mexique ou dans les récifs coralliens de Polynésie. 

L'écosystème corallien

Les récifs coralliens, aujourd’hui menacés, abritent plus du tiers de toutes les espèces connues en milieu marin, alors qu’ils ne représentent que 1% de la surface totale des mers. Comme le rappelle Gilles Bœuf dans la revue Reliefs, ils appartiennent à cet écosystème si particulier du littoral, entre terre et mer, comme les mangroves ou les herbiers, ces prairies sous-marines. C’est là que la vie est passée de l’élément liquide au milieu aérien, les plantes d’abord puis les organismes vivants. Une véritable révolution physiologique que le biologiste décrit en détail. Non sans déplorer la terrible menace qui pèse aujourd’hui sur ces paradis de la biodiversité.

Par Jacques Munier

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