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La Terre vue depuis Apollo 11

Lever de Terre

5 min
À retrouver dans l'émission

Les initiatives citoyennes se multiplient en faveur de la planète : les jeunes pour le climat, le projet de banque européenne pour financer la transition écologique, la pétition « l’Affaire du siècle » qui attaque l’État pour inaction climatique…

La Terre vue depuis Apollo 11
La Terre vue depuis Apollo 11 Crédits : AFP

La dernière livraison de la revue We Demain fait le point. Corinne Lepage évoque notamment la judiciarisation du combat écologique : Damien Carême, le maire de Grande-Synthe – construite sur des polders et menacée de disparition – a engagé un « recours gracieux » contre l’État au terme duquel, en l’absence de réponse, le juge administratif sera saisi. L’avocate engagée dans cette affaire dénombre également plus de 1200 procès dans le monde, en particulier ceux de villes comme New York, Los Angeles ou San Francisco qui ont assigné des sociétés pétrolières. Paris et Madrid ont saisi le tribunal de l’Union européenne d’un recours contre la décision de la Commission de remonter les normes de pollution après le dieselgate. La revue met en valeur 25 projets parmi les 80 recensés par l’ONG Climate Chance : Au Kenya, dans la baie de Gazi, on restaure la mangrove – qui stocke 50 fois plus de CO2 que la forêt tropicale – en vendant près de 3000 tonnes de crédits-carbone. En Irak, le Fonds d’adaptation aux changements climatiques investit 10 millions de dollars pour relancer l’agriculture paysanne dans trois gouvernorats les plus pauvres. Au Guatemala, la ville maya San Pedro la Laguna fait zéro plastique pour préserver le lac Atitlàn : retour aux pratiques ancestrales et durables avec l’utilisation de serviettes en tissu, paniers tissés ou feuilles de bananier… Fabrice Nicolino salue dans Charlie Hebdo « une bouffée d’oxygène » : Alexandria Ocasio-Cortez, la plus jeune élue du Congrès américain a présenté son projet de Green New Deal. La représentante du 14e district de New York « entend réduire à zéro en dix ans les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis ». Un plan qui devrait donner du travail à des millions d’Américains grâce à un programme de grands travaux, notamment pour contenir le carbone dans d’immenses réservoirs souterrains. Mais qui ne remet pas en cause le modèle d’hyperconsommation américain. Dans l’hebdomadaire Le 1, consacré au glyphosate et aux moyens de s’en passer, Fabrice Nicolino revient sur les liens consubstantiels entre l’industrie chimique et l’agriculture industrielle. Il rappelle le rôle des firmes allemandes BASF et Bayer qui vient d’absorber Monsanto, dans l’invention et la production de gaz comme le Zyklon pendant la Grande Guerre. Plus tard, Monsanto produira et fournira à l’aviation américaine l’agent orange pour détruire la forêt tropicale vietnamienne, avec encore aujourd’hui des millions de malades. Les usages agricoles posent de graves problèmes de santé publique. « Le glyphosate est l’arbre qui cache une forêt de molécules problématiques », affirme le spécialiste des questions environnementales. Mais face aux études qui incriminent ces produits, « le mensonge, la désinformation, la fabrication du doute et la manipulation dominent l’activité de l’agrochimie ». Les Monsanto Papers ont notamment révélé « des opérations ciblées contre des scientifiques non corrompus. La rédaction d’articles par les équipes de Monsanto, signés ensuite par des scientifiques dûment rétribués. »

Lever de Terre

Face à l’urgence climatique, le philosophe Timothy Morton invite à modifier nos manières de penser. Dans un livre qui vient de paraître chez Zulma sous le titre La Pensée écologique, il estime notamment que nous devons dépasser le concept de Nature : « La Nature était un genre particulier de propriété privée sans propriétaire, exposée dans une galerie d’art prévue à cet effet » écrit-il en évoquant le mythe romantique du « pittoresque » - autrement dit qui a l’aspect d’un tableau, et qui continue de nourrir nos représentations. « La Nature – écrit-il – est devenue une contrefaçon en plastique de la chose réelle. » Il cite Emmanuel Levinas dans une controverse qui l’a opposé à Martin Heidegger, « le philosophe préféré de l’écologie profonde » : notre conception « d’une nature, mère généreuse sans visage est fondé sur les sociétés agricoles sédentaires et leur idée de possession. Le mythe de la mère sans visage est à la source même de notre exploitation de la Terre vue comme « matière inépuisable des choses ». C’est dans Totalité et infini. Commentaire de Timothy Morton : « Les étendues sauvages sont des versions gigantesques et abstraites des produits exposés dans les vitrines des centres commerciaux. » Face à l’écologie des petits pas et du greenwashing, l’écoblanchiment, il exhorte à Penser grand, relevant ironiquement qu’il nous est plus facile d’imaginer l’effondrement de la calotte glaciaire que celui du système bancaire. « Voir la terre depuis l’espace, c’est le début de la pensée écologique », affirme-t-il en évoquant la photo devenue iconique prise par la mission Apollo 11 le « Lever de Terre ». Et il évoque le rapport au monde des Tibétains et leur esprit nomade : « Les Tibétains vivent tout près du cosmos, ce n’est donc pas étonnant qu’il soit inscrit dans leur culture ». Laquelle s’oppose à la conception occidentale obsédée par le lieu, l’enracinement, une vision de « bonsaï rabougri ». 

Par Jacques Munier

Chroniques
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