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L'Aquarius dans le port de Valence

Crise migratoire : le défi européen

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Face à la montée des populismes autoritaires, assumer sereinement la question migratoire pourrait être une façon de relancer le projet européen.

L'Aquarius dans le port de Valence
L'Aquarius dans le port de Valence Crédits : D. Duart - AFP

C’est un signe que nous adresse la rencontre franco-allemande de mardi, destinée dans un premier temps à évoquer le projet d’un budget européen et qui a débouché, dans le contexte actuel, sur un examen de la politique migratoire de l’Union dans la perspective du sommet des 28 et 29 juin : aborder posément la question des flux migratoires permet d’écarter l’hystérie qui s’est emparée du sujet, et sa récupération par l’extrême-droite en campagne éléctorale permanente. Sur le fond, les discussions entre Angela Merkel et Emmanuel Macron peuvent être au mieux considérées comme « inaugurales ». Les deux dirigeants – résume le site de L’Obs – ont annoncé « qu'ils travaillaient à un accord entre plusieurs pays de l'espace Schengen pour refouler tout demandeur d'asile vers l'Etat où il a été enregistré en premier. Même si les contreparties pour les pays concernés, comme l'Italie ou la Grèce, restent encore floues ». Pas de remise en cause à cette heure des règles dites de Dublin mais le projet d’un Office européen de l'asile visant à harmoniser les pratiques et qui gérerait les "procédures d'asile aux frontières extérieures". 

Le règlement de Dublin

« Si l’Union européenne met en place des mécanismes de solidarité financière » et si – par exemple – « la France et l’Italie s’entendent pour ne pas appliquer le règlement de Dublin, peut-être peut-on sortir de l’ornière », suggère Jean-Paul Tran Thiet, de l’Institut Montaigne, dans L’Express, à l’occasion d’un débat avec Thierry Pech, directeur de Terra Nova qui plaide quant à lui pour « une unité de droit, et pas 27 déclinaisons locales ; une unité d’action – créer une agence commune en charge de la politique européenne en la matière », et une police des frontières communes, Frontex – il faut le rappeler – ayant été considérablement renforcé. Et il suggère de repenser la migration, non plus comme un parcours dont la finalité serait la sédentarisation, mais la « circulation », par exemple en vue d’une formation professionnelle pouvant bénéficier en retour au développement du pays d’origine. Tous deux rappellent également que l’essentiel des migrations se produit du Sud vers le Sud, que l’Europe enregistre 700 000 demandeurs d’asile par an, soit 0,13% de sa population, et qu’à l’échelle de la France les flux restent modestes. 

Il faut en finir avec ce vent de panique et les fantasmes de submersion qui l’accompagnent.  Thierry Pech

Et répéter inlassablement que les pays ayant ratifié la Convention de Genève sur les réfugiés sont engagés par leur signature, à un moment où respecter la parole donnée peut être considéré comme un acte de résistance face au délitement des valeurs fondatrices de la démocratie.

Des corridors humanitaires

Pour autant « Il ne faut pas confondre le devoir d'humanité, qui nous enjoint d'accorder notre protection aux réfugiés, et une politique d'immigration et d'intégration dans le cadre de laquelle nous sommes entièrement fondés à déterminer qui peut entrer et qui peut demeurer sur notre territoire » estime Stéphane Perrier dans le Figarovox. L’auteur de La France au miroir de l'immigration (Gallimard, coll. «Le Débat», 2017) ajoute que 

La critique légitime de la décision du gouvernement italien ne saurait exonérer les autres dirigeants européens de leur autocritique. 

Et qu’ « il ne faut pas confondre le nécessaire respect des personnes – y compris des personnes en situation irrégulière – et le droit que nous avons, en tant que peuple, de fixer des limites aux flux d'immigration ». Pour le collectif qui signe une tribune dans Le Monde, avec Alain Mabanckou ou Pierre Rabhi, et demande la suspension du règlement Dublin III, « les solutions sont connues : 

faire face à l’urgence en ouvrant des lieux de mise à l’abri équitablement répartis et en organisant des corridors humanitaires depuis les pays d’où fuient les réfugiés afin d’éviter ces naufrages humanitaires et ainsi couper court au marché qui engraisse les passeurs ; 

préparer l’avenir en créant une agence européenne de l’asile qui harmonise (par le haut) les standards d’instruction des demandes d’asile, en garantissant un accueil digne des migrants tout le long de leur parcours migratoire en Europe, et en rendant opposable la solidarité entre Etats européens ». Gabriel Grésillon confirme dansLes Echos : « Derrière les postures et l’hystérie collective qui embrasent l’Europe, le sujet des migrants reste un dossier gérable. D’abord parce que le nombre d’arrivées est en recul. Ensuite parce qu’un compromis européen est possible, pour peu que l’on abandonne la règle des quotas imposée par Angela Merkel. » Il rappelle la réalité du terrain au moment où le débat s’enflamme : « celle d’une accalmie. 

En 2017, le nombre global d’arrivées en Europe était en baisse de 44 % sur un an. Et l’Italie, avec ses 15.000 personnes arrivées sur ses côtes depuis le début de l’année, connaît une chute de près de 80 % sur un an, à période comparable.

Volonté collective, données chiffrées, perspectives politiques : les conditions sont réunies pour aborder ce débat nécessaire d’une manière sereine.

Par Jacques Munier

Chroniques

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